Pourquoi Tel Aviv est folle de ses chiens
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Pourquoi Tel Aviv est folle de ses chiens

Le festival pour chiens KelAviv présente des produits high-tech et de luxe pour les chiens et souligne les charmes canins de la ville

Mira Marcus, directrice de la presse internationale de la ville de Tel Aviv, avec son chien Shani au festival des chiens KelAviv à Tel Aviv, le 26 août 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)
Mira Marcus, directrice de la presse internationale de la ville de Tel Aviv, avec son chien Shani au festival des chiens KelAviv à Tel Aviv, le 26 août 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)

JTA – Ce n’est pas tous les jours que vous voyez un chien se faire masser. Mais dans cette ville israélienne, cela semble quelque part normal.

Au premier festival pour chiens de Tel Aviv, des centaines de chiens ont pris d’assaut le parc Yehoshua et son parc à chiens vendredi après-midi. Alors que les clients canins déambulaient parmi les vendeurs et leurs produits et services pour chiens, un DJ maintenait l’ambiance avec des tubes pop.

L’un des plus longs massages de la journée a été pour un Labrador mélangé sable. A côté, deux chiens bien entretenus déjeunaient de maki au thon et posaient pour des photos professionnelles.

Les acheteurs en laisse prenaient des échantillons de croquettes sans gluten, testaient des colliers et des laisses, et examinaient des plaques d’identification faites sur mesure et des œuvres d’art sur le chien.

Des bols orange marqués du nom de la ville étaient régulièrement remplis d’eau en bouteille.

Pendant ce temps, les propriétaires se mélangeaient et tendaient les nécessaires shekels, ne semblant pas perturbés par leurs rôles restreints dans toute cette affaire. Après tout, Tel Aviv est une ville de chiens. Les raisons pour cela sont à la fois locales et globales.

« Partout dans le monde on se bat pour les classes créatives, et l’un des moyens de faire cela est de rendre la vie meilleure pour ces gens dans la ville », a déclaré à JTA Mira Marcus, directrice de la presse internationale de Tel Aviv.

« Je pense que beaucoup de personnes créatives ont des chiens. Souvent, quand je rentre dans une start-up à Tel Aviv, il y a des chiens partout. C’est très, très commun de venir avec son chien au travail ici. »

La ville accueille 25 000 chiens enregistrés, et 400 000 habitants (1 personne sur 17). Avant le festival des chiens, appelé KelAviv (jeu de mots entre kelev, chien en hébreu, et Tel Aviv), Tel Aviv s’est autoproclamée ville la plus agréable pour les chiens du monde, avec le plus de chiens par habitant.

(La corporation du développement économique de New York ne semble pas d’accord, avec 600 000 chiens dans la ville pour 8,4 millions d’humains, soit 1 % de plus qu’à Tel Aviv, mais qui compte ?)

Les chiens remplissent les rues de Tel Aviv, encouragés par le soleil toute l’année et sa praticité à pieds. Ils sont autorisés dans la plupart des cafés, des magasins, et même des restaurants haut de gamme, ainsi que dans les bus de la ville, les trains, et même les taxis.

Tel Aviv se vante de 70 parcs à chiens et quatre plages pour chiens. Les parcs classiques et les plages légalement sans chien ont aussi leur lot de visiteurs canins, dont beaucoup n’ont pas de laisse malgré les régulations.

Certes, la plupart des presque 400 000 chiens d’Israël ne vivent pas à Tel Aviv. Mais comme partout dans le monde, un nombre croissant d’Israéliens migrent vers la ville, et beaucoup d’entre eux veulent un chien. Le nombre de chiens a plus que triplé à Tel Aviv depuis 1996, selon la ville.

Les experts israéliens sur les relations entre humains et chiens affirment que les animaux jouent le rôle des enfants dans les vies des jeunes urbains, qui attendent plus longtemps que jamais auparavant pour se marier. Pour les Israéliens, dont la culture nationale s’enracine dans l’ethos du kibboutz, les chiens peuvent aussi aider à adoucir l’isolement de la vie urbaine, disent-ils.

« Nous avons toujours un très fort souvenir de notre passé collectiviste, et les chiens peuvent nous aider à surmonter la solitude du présent postmoderne », a déclaré à JTA Orit Hirsch-Matsioulas, qui fait sa thèse en anthropologie à l’université Ben-Gurion du Néguev.

« Nous avons ouvert la porte de l’appartement aux chiens et ils font à présent partie de la famille. Les gens perçoivent leur chien comme leur propre enfant. »

Florencia Aventuriny, directrice médias de 27 ans, et Hod Kashtan, ingénieur logiciel de 31 ans, ont chacun un chien à remorquer à KelAviv. Pendant le mois où les deux Telaviviens ont commencé à se fréquenter, leurs chiens, Sandy et Chuni, ont fait partie de leur relation.

« J’ai grandi avec un chien en dehors de Tel Aviv, et c’était agréable, mais différent, a déclaré Aventuriny. A Tel Aviv, vous emmenez votre chien partout, et il fait partie de votre communauté. »

Hod Kashtan, à gauche, avec son chien Chuni, et Florencia Aventuriny avec son chien Sandy au festival des chiens KelAviv à Tel Aviv, le 26 août 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)
Hod Kashtan, à gauche, avec son chien Chuni, et Florencia Aventuriny avec son chien Sandy au festival des chiens KelAviv à Tel Aviv, le 26 août 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)

Peut-être plus que les autres urbains, les habitants de Tel Aviv demandent des services pour leurs chiens. Les commerces savent qu’interdire l’accès au chien signifie perdre des clients, et qu’ils en entendront probablement parler sur Facebook. Cela aide que Tel Aviv soit une ville informelle, dans un pays informel, où les t-shirts et les sandales sont une tenue appropriée dans la plupart des restaurants, sans parler des mariages. Même à l’hôtel Montefiore, hôtel et restaurant de luxe, les chiens sont bienvenus.

Beaucoup de magasins laissent des bols d’eau devant pour les chiens. Certains vont même plus loin. Asaf Gorelik, 34 ans, était à KelAviv avec sa petite amie, Dana Galant, et ses deux chiens adoptés, Nelly et Rahat. Gorelik possède une chaîne de barbiers tendance appelée Barberia, où il vendra le mois prochain des posters de pitbulls assis sur ses chaises de barbier rétro pour récolter de l’argent pour une association qui aide les animaux.

« J’aime les chiens, et j’ai toujours voulu aider, a déclaré Gorelik à JTA. Les chiens sont une partie acceptée de Tel Aviv. Quand je quitte la ville, les gens me demandent, ‘qu’est-ce que tu fais avec ton chien ici ?’ »

De plus en plus d’entreprises basées à Tel Aviv existent spécifiquement pour servir les chiens. Il est impossible de parcourir quelques centaines de mètres sans trouver un magasin pour animaux. Beaucoup de ces entreprises étaient à KelAviv, dont des start-ups high-tech comme DogMen, un service de promenade pour chiens en pleine croissance qui envoie des photographies de leurs chiens aux propriétaires par WhatsApp, et Dogiz, une application qui aide les propriétaires à trouver des promeneurs de chiens dans leur quartier, et permet de suivre les promenades en temps réel.

« Le marché croît avec la population urbaine », a déclaré à JTA Alon Zlatkin, PDG de Dogiz, remarquant qu’il y a à présent six entreprises de promenade de chiens et de « crèche » pour chiens dans la ville. « Nos recherches montrent que la génération Y à Tel Aviv, comme en Europe, est plus concentrée sur sa carrière. Leurs chiens sont comme leurs enfants, et ils ont besoin d’une solution pendant leurs longues heures de travail. »

La ville de Tel Aviv doit aussi répondre aux propriétaires de chiens. Bien qu’il y ait plus d’un parc à chiens par kilomètre carré, selon la ville, certains habitants se plaignent de devoir marcher 15 minutes pour en atteindre un et ils aimeraient plus d’espace vert pour que leurs chiens puissent jouer. Les parcs à chien sont même devenus une partie de la campagne politique des élections municipales.

KelAviv est le projet de Tal Hollander, habitant de Tel Aviv qui était dans le parc Yehoshua avec son chien quand il a été frappé par l’inspiration. Il a contacté la ville, qui l’a aidé à planifier l’évènement pendant plusieurs mois.

« Beaucoup de personnes avaient des doutes à ce propos, a déclaré Hollander à JTA. Comment les chiens allaient-ils se comporter ? C’était la plus grande question. Mais j’ai fait confiance aux chiens, et j’ai eu de la chance de trouver une fille sympathique à la mairie qui voulait aider. »

En 2017, la ville prévoit de lancer un service appelé DigiDog pour donner aux propriétaires d’animaux de Tel Aviv des informations personnalisées sur les évènements et les services pour animaux, ainsi que des réductions sur des magasins spécialisés du coin. Le service sera basé sur Digitel, le service pour les habitants humains récompensés.

« Cela peut être un nouveau parc à chien qui ouvre dans votre quartier. Cela peut être un rappel du vaccin annuel contre la rage, obligatoire en Israël. Cela peut être une réduction sur de la nourriture pour chien dans un magasin de votre quartier qui participe au programme », a déclaré Marcus.

Les chiens ont aussi un cachet culturel à Tel Aviv. Les sauver d’un refuge est fréquent. Plusieurs refuges étaient représentés à KelAviv. Et au moins deux d’entre eux installent des stands dans les rues de la ville tous les week-ends, alignant les chiens pour qu’ils soient adoptés ou accueillis, ou pour recruter donations et volontaires. Dans le quartier de Florentine, au sud de Tel Aviv, que beaucoup considèrent comme l’enclave hipster de la ville, la municipalité estime qu’un tiers des habitants ont un chien.

« Les gens pensent que nous ne pouvons pas faire grand-chose à toutes les choses horribles qui se passent autour de nous, dont nous sommes parfois en partie responsables. Même si nous devenons militants, aidons les Palestiniens ou que sais-je, cela sera dur de faire changer » la situation politique, a déclaré à JTA Dafna Shir-Vertesh, anthropologue qui étudie les relations entre humains et animaux à l’université Ben-Gurion. « Mais peut-être que c’est notre façon de faire changer le monde. »

En exhibant leur amitié envers les chiens, les habitants laïcs de Tel Aviv se distinguent des communautés les plus pauvres d’Israël, les arabes et les juifs ultra-orthodoxes, qui ont rarement des chiens. C’est en partie à cause des tabous traditionnels sur les chiens dans le judaïsme et l’islam, selon Shir-Vertesh.

Mais n’allez pas dire ça à Uri Ariel, ministre de l’Agriculture et membre de Tkuma, la faction la plus religieuse du parti sioniste religieux HaBayit HaYehudi. Le long d’un tapis rouge pour chiens de KelAviv où bâtards et pures races pouvaient se renifler mutuellement, il faisait partie des politiciens qui étaient présents sur une série d’affiches pour l’adoption animale.

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