Poursuivi pour injures, Raphaël Enthoven dénonce « l’antisémitisme d’ambiance » de LFI
L'essayiste est poursuivi pour un tweet où il qualifiait LFI de "mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément antisémite" ; il revendique de "livrer une guerre acharnée depuis 2015" au mouvement de gauche radicale

Le philosophe Raphaël Enthoven a entendu démontrer « l’antisémitisme d’ambiance » de La France insoumise (LFI), mardi, devant le tribunal correctionnel de Paris, récusant le délit d’injure pour lequel le parti mélenchoniste le poursuit en raison d’un tweet.
LFI, « un mouvement détestable, violent, complotiste, passionnément antisémite », avait considéré l’essayiste qui revendique de « livrer une guerre acharnée depuis 2015 » au mouvement de gauche radicale.
Devant le tribunal, Raphaël Enthoven a fait l’exégèse de chacun de ses mots, écrits « sous la colère », après l’expulsion sous les jets d’œufs de Raphaël Glucksmann d’un cortège du 1er mai 2024 à Saint-Etienne.
Celui qui était alors en pleine campagne pour les élections européennes avait lui-même pointé la responsabilité indirecte de LFI dans l’incident. Le parti n’a toutefois pas été formellement mis en cause dans l’exfiltration, qu’il a condamnée.
Antisémites? « Quand Jean-Luc Mélenchon présente le peuple juif comme déicide », « j’estime qu’on est antisémite », développe l’essayiste.
Le triple candidat malheureux à la présidentielle avait expliqué en 2020 ne pas savoir « si Jésus était sur la croix, mais, paraît-il, ce sont ses propres compatriotes qui l’y ont mis ».
Passionnément? « Parce qu’ils sont convaincus de ne pas l’être », « mais on peut être aisément antisémite à l’abri de la loi », estime encore Raphaël Enthoven, en développant l’idée d’un « antisémitisme d’atmosphère ».
C’est, selon lui, David Guiraud, député LFI, qui évoque les « dragons célestes ». « Dans les mangas, ce sont les figures de l’ennemi, très riches, très puissants et, dans la langue codée de l’antisémitisme contemporain, c’est devenu synonyme de juif », éclaire à la barre le journaliste spécialiste du complotisme, Rudy Reichstadt.
C’est encore un visuel publié sur les réseaux sociaux ciblant l’animateur Cyril Hanouna, « sous les traits du juif Süss », et « des milliers d’initiative de cette nature qui créent cet antisémitisme (qui) vit à l’abri de la loi ».
« Mais puisqu’il ne peut être combattu par la loi, il doit l’être sur le terrain de l’opinion », estime-t-il: « Qu’au moins la possibilité de dire ‘Vous êtes antisémite’ nous soit donnée ».
« Débat d’intérêt général »
« Quand on parle d’antisémitisme, on parlerait d’opinion, de jugement de valeur? Mais c’est beaucoup trop grave pour que ce ne soit plus une injure », lui a répondu l’avocat de LFI Mathieu Davy.
Un peu plus tôt, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Yonathan Arfi, appelé à la barre comme témoin, avait estimé que certains propos de Jean-Luc Mélenchon avaient « une résonance avec ceux de Jean-Marie Le Pen ».
« Lorsqu’un parti politique exprime de l’antisémitisme, il est poursuivi et condamné », lui a rappelé Me Davy. Ce qu’a éprouvé le fondateur du Front national, « mais ni LFI, ni aucun de ses cadres ».
En appelant à « revenir au sujet du procès d’injure » dont le parti de gauche radicale est « victime », l’avocat a pointé « l’animosité personnelle, criante, violente » de Raphaël Enthoven, dont le tweet employait des termes « extrêmement blessants, humiliants, méprisants ». LFI lui réclame 10 000 euros de dommages et intérêts.
Pour le procureur, le terme « antisémite » a bien une connotation injurieuse, de même que deux autres phrases du tweet de Raphaël Enthoven visée par LFI: « Ils sont vraiment trop cons » et « On n’en peut plus de ce club de déficients ».
Mais, a rappelé le représentant du parquet sans formellement réclamer condamnation ou relaxe, « les propos, même à caractère injurieux, peuvent être admis dès lors qu’ils ont une base factuelle » et « qu’on est dans un contexte où il y a un débat d’intérêt général ».
Ce qui ne fait pas de doute pour l’avocat de Raphaël Enthoven, Richard Malka, qui s’indigne qu’on « poursuive un intellectuel » qui a formulé « une critique démocratique ».
« Ils cherchent à obtenir une condamnation, et après ils la déclineront, viendra la déferlante de poursuites pour empêcher le débat, réduire au silence ».
« C’est un procès monstrueux qui est engagé aujourd’hui, (celui) visant à ce que vous leur décerniez un brevet de non-antisémitisme », a encore déploré Me Malka, pointant l’absence de représentants de LFI à l’audience, « parce qu’ils avaient peur et auraient été incapables de répondre ».







