Poutine appelle l’UE à participer à la reconstruction en Syrie
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Poutine appelle l’UE à participer à la reconstruction en Syrie

Merkel veut, elle, "éviter une catastrophe humanitaire", tandis que Washington retire des fonds tout en relançant ses efforts de paix

Le président russe Vladimir Poutine arrive au premier jour du sommet économique du G20 le 7 juillet 2017 à Hambourg en Allemagne (Crédit : Morris MacMatzen / Getty Images via JTA)
Le président russe Vladimir Poutine arrive au premier jour du sommet économique du G20 le 7 juillet 2017 à Hambourg en Allemagne (Crédit : Morris MacMatzen / Getty Images via JTA)

Le président russe Vladimir Poutine a appelé samedi les Européens à participer financièrement à la reconstruction de la Syrie pour permettre le retour chez eux de millions de réfugiés, lors d’une visite en Allemagne.

« Il faut renforcer la dimension humanitaire dans le conflit syrien et je veux dire par là avant tout l’aide humanitaire à la population syrienne, et aider les régions où les réfugiés se trouvant à l’étranger peuvent retourner », a-t-il déclaré avant un entretien avec la chancelière Angela Merkel.

Il y en a un million en Jordanie, autant au Liban, et 3 millions en Turquie, a-t-il énuméré.

L’Allemagne en a accueilli aussi plusieurs centaines de milliers depuis 2015, au plus fort de la crise migratoire, qui a ébranlé la cohésion de l’Union européenne et affaibli politiquement Angela Merkel.

« C’est potentiellement un énorme poids pour l’Europe », a-t-il mis en garde.

« C’est pourquoi il faut tout faire pour que ces gens rentrent chez eux », ce qui veut dire concrètement rétablir les services de base comme l’approvisionnement en eau ou les infrastructures médicales.

La chancelière a estimé de son côté que la priorité en Syrie était « d’éviter une catastrophe humanitaire », sans rentrer dans les détails.

La chancelière allemande Angela Merkel durant une interview accordée à la Dixième chaîne de la télévision israélienne, diffusée le 22 avril 2018. (Crédit : capture d’écran Dixième chaîne)

Washington retire des fonds mais relance ses efforts de paix

Washington a suspendu vendredi le financement des projets de stabilisation de la coalition internationale en Syrie, tout en essayant de reprendre l’initiative sur la scène internationale en chargeant un diplomate expérimenté de relancer le processus de paix sous l’égide de l’ONU, au point mort.

« Après les contributions de partenaires clés, le secrétaire d’Etat (Mike) Pompeo a autorisé le département d’Etat à réorienter environ 230 millions du fonds de stabilisation pour la Syrie », a indiqué la porte-parole de la diplomatie américaine, Heather Nauert.

Au cours d’une réunion le 12 juillet en marge d’une réunion de l’Otan, M. Pompeo a obtenu des contributions de 300 millions de dollars de plusieurs pays pour les projets de la coalition internationale conduite par les Etats-Unis destinés à stabiliser le nord-est de la Syrie autrefois occupé par le groupe Etat islamique (EI), a précisé Brett McGurk, envoyé spécial du président américain Donald Trump auprès de la coalition, au cours d’une conférence de presse.

Il a cité l’Australie, le Danemark, l’Union européenne, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Norvège, Taïwan, ainsi que les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite qui ont annoncé les deux plus grosses contributions pour respectivement 50 et 100 millions de dollars.

Les fonds sont destinés aux opérations de déminage et aux services publics essentiels (eau, électricité, etc.) et non à la reconstruction du pays, une entreprise bien plus vaste dont le coût a été évalué à plus de 300 milliards de dollars et qui reste, pour les Occidentaux, liée à un changement de régime.

Pour Mme Nauert, ces nouvelles contributions représentent un « succès » pour Donald Trump qui avait demandé à la communauté internationale de participer davantage aux efforts financiers pour la Syrie.

M. Trump a dit en avril qu’il voulait que les soldats américains « quittent » la Syrie, mais les principaux responsables militaires américains ont rapidement déclaré que l’objectif de la mission des Etats-Unis -éradiquer l’EI – n’avait pas changé et que les militaires américains resteraient sur place.

Le président américain Donald Trump durant une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, le 9 avril 2018 (Crédit : AFP PHOTO / NICHOLAS KAMM)

La suspension des versements américains « ne signifie pas un affaiblissement de notre détermination à atteindre nos objectifs stratégiques en Syrie », a souligné la porte-parole de la diplomatie américaine, précisant qu’elle n’affecte ni l’aide humanitaire ni le financement de la sécurité des zones libérées par la coalition, assurés par le ministère de la Défense.

« Nous sommes prêts à rester en Syrie jusqu’à la défaite complète de l’EI et nous restons déterminés à nous assurer du retrait des forces iraniennes et de leurs alliés », a-t-elle poursuivi.

De fait, le département d’Etat a annoncé simultanément la nomination d’un ancien ambassadeur à Bagdad, James Jeffrey, au poste de représentant spécial pour La Syrie.

M. Jeffrey, 72 ans, est notamment chargé de relancer les efforts diplomatiques américains pour tenter d’obtenir un règlement négocié de la guerre civile en Syrie, qui a fait plus de 350.000 morts et déplacés des millions de personnes depuis 2011.

Les Etats-Unis soutiennent les efforts de l’émissaire de l’ONU sur la Syrie Staffan de Mistura mais ils sont pour le moment au point mort, freinés notamment par la Russie, principale alliée du président syrien Bachar al-Assad, qui mène des négociations parallèles avec la Turquie et l’Iran, connues sous le nom de processus d’Astana.

M. de Mistura, qui cherche à organiser début septembre à Genève une réunion avec la Russie, l’Iran et la Turquie sur la formation d’un comité constitutionnel, chargé de doter la Syrie d’une nouvelle Constitution, a rencontré mercredi M. Pompeo à Washington.

« Nous avons toujours été très clairs : l’aide internationale pour la reconstruction de la Syrie ne sera pas débloquée tant que nous n’assisterons pas à des progrès irréversibles du processus de Genève, vers une transition politique », a noté vendredi M. McGurk.

Staffan de Mistura, envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, à Genève, le 3 mars 2017. (Crédit : Phillippe Desmazes/AFP)
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