Prière mixte au mur Occidental : un dirigeant jure de se battre pour un accord qu’il n’a jamais recherché
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Interview

Prière mixte au mur Occidental : un dirigeant jure de se battre pour un accord qu’il n’a jamais recherché

Le rabbin Steven Wernick dit que Netanyahu a recruté des Juifs progressistes afin de trouver un compromis sur le lieu saint et qu’à présent que le Premier ministre est revenu sur sa parole, le monde juif ne restera pas silencieux

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Les rabbins Amy Wallk Katz, à gauche, et Steven Wernick, tout à droite, au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 7 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Les rabbins Amy Wallk Katz, à gauche, et Steven Wernick, tout à droite, au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 7 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

La lutte pour une prière pluraliste au mur Occidental est une bataille déjà remportée par le mouvement conservateur juif. Depuis une vingtaine d’années, les Juifs conservateurs ont une maison spirituelle sur le lieu saint controversé, qu’ils ont remportée après une série de cas portés devant la Cour suprême. Cette maison est située dans une section allouée au parc archéologique Davidson.

La section dédiée à la prière selon le rite conservateur (le mouvement réformé n’était, à l’origine, pas intéressé par la possibilité de prier à cet endroit), voit affluer quelque 50 000 fidèles chaque année. Souvent appelée « Arche de Robinson », en référence à une structure liée au Deuxième Temple, datant du Ier siècle avant l’ère commune et construite par Hérode le Grand, la prière s’y effectue sur des plate-formes construites parmi les anciennes pierres.

Pourquoi donc cette récente saga accrocheuse mettant d’amers Juifs de Diaspora aux prises avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu au sujet d’un espace de prière égalitaire au mur Occidental ?

Lors d’une récente visite dans les bureaux de Jérusalem du Times of Israël, le président de la Synagogue Unie du Judaïsme Conservateur, le rabbin Steven Wernick, a expliqué quel était le point critique pour les quelque 600 communautés que compte ce mouvement en Diaspora : après avoir prié durant des années dans une zone qui est « cachée comme une entrée de service », le mouvement juif progressiste s’est vu promettre par le gouvernement israélien, en janvier 2016, un statut séparé mais égalitaire au mur Occidental.

Cette promesse a été gelée la semaine dernière par le Premier ministre Benjamin Netanyahu – la même personne qui leur avait initialement fait miroiter la possibilité d’une légitimation et d’une reconnaissance sur le lieu saint.

« Israël, depuis sa naissance, s’est présenté comme la patrie du peuple juif. S’il entend jouer ce rôle de manière légitime, alors c’est l’ensemble des manifestations du peuple juif qui doivent être reconnues par l’Etat juif comme étant une expression légitime du peuple juif », a déclaré Wernick.

Le rabbin Steven Wernick (Crédit : Ethan Weg)
Le rabbin Steven Wernick (Crédit : Ethan Weg)

Basé à New York, Wernick parle en tant que dirigeant d’un réseau de synagogues conservatrices à travers la Diaspora et Israël. Comme il l’exprime, bien que le rapport Pew de 2013 sur le judaïsme américain ait noté une perte des « parts de marché » du judaïsme conservateur, le mouvement centenaire a donné naissance à des générations de dirigeants spirituels qui influencent le judaïsme dans sa dimension de peuple, et ce des deux côtés de l’océan.

Tout en sirotant de l’eau tiède en ce jour torride, Wernick a déclaré que le mouvement allait prochainement célébrer 40 ans de présence en Israël, qui compte 80 différentes communautés conservatrices à travers le pays.

D’après les statistiques, le nombre combiné de Juifs réformés et conservateurs en Israël représente entre 5 et 8 % de la population totale – jusqu’à 500 000 personnes. Pour ces Juifs, ainsi que pour leurs bien plus nombreux frères se trouvant à l’étranger, la lutte pour la parité au mur Occidental est devenue un symbole de la division entre Israël et la Diaspora.

« Vous parlez du lieu le plus saint du peuple juif, un endroit que les Juifs nord-américains, lorsqu’ils se rendent en Israël, visitent toujours. C’est un endroit absolument incontournable pour les voyages Taglit et pour tout autre type de voyage communautaire ; or, non seulement nous n’avons pas la possibilité de prier et d’officier selon nos traditions, qui sont partie intégrante d’une vibrante communauté en Diaspora, mais lorsque nous nous y rendons, nous sommes très souvent harcelés pour cela. Voilà quel est le problème », a-t-il déclaré.

Petit retour en arrière pour ceux qui n’ont pas suivi tous les complexes tours et détours de la saga du mur Occidental : conscient du mécontentement ressenti parmi les Juifs de Diaspora au sujet de l’arrestation très médiatisée d’Anat Hoffman, dirigeante des Femmes du Mur, pour avoir prié avec un rouleau de la Torah au mur Occidental, Netanyahu a initié des pourparlers afin de consolider la présence de Juifs progressistes dans cette section « alternative » du mur Occidental.

Un compromis a été atteint après trois ans et demi de négociations, présidées par le directeur de l’Agence juive Natan Sharansky et incluant des membres du gouvernement israélien, les Femmes du Mur, les dirigeants des principaux courants non-orthodoxes en Israël et en Diaspora, la Fondation pour l’Héritage du mur Occidental (qui supervise l’espace de prière alloué au « courant dominant ») et les fédérations juives.

Le gouvernent d’Israël a adopté une décision, en janvier 2016, relative à l’élargissement des plate-formes de prière, à la création d’une entrée servant à la fois au « courant dominant » et aux espaces de prière pluralistes, à la création d’un conseil conjoint composé de membres de ces mêmes partenaires de négociation, à qui le contrôle – et un budget – serait donné sur la portion sud du mur Occidental.

A présent, avec le gel, le 25 juin, du plan concernant le mur Occidental, les communautés représentées par Wernick se sentent, dit-il, trahies et délégitimées par ce même gouvernement qui avait pris l’initiative de les accueillir.

« Je pense certainement que le Kotel [le mur Occidental] est plus important pour les Juifs de Diaspora, malheureusement, qu’il ne l’est pour les Juifs d’Israël, à l’exception des ‘haredim (NdT : ultra-orthodoxes). Lorsque des Juifs d’Amérique du Nord s’y rendent, c’est en pèlerinage », Wernick a-t-il déclaré.

Des rabbins réformés hommes et femmes prient ensemble à l'arche de Robinson, le site du mur Occidental qui devrait accueillir les futurs offices égalitaires, à Jérusalem, le 25 février 2016. (Crédit : Y.R/Reform Movement)
Des rabbins réformés hommes et femmes prient ensemble à l’arche de Robinson, le site du mur Occidental qui devrait accueillir les futurs offices égalitaires, à Jérusalem, le 25 février 2016. (Crédit : Y.R/Reform Movement)

Au cours d’une longue conversation avec le Times of Israël, Wernick a exposé les détails du plan concernant le mur Occidental – et les différentes réactions suite au gel de l’accord.

Le Times of Israël : Pouvez-vous nous résumer les principes de base du compromis concernant le mur Occidental adopté par le gouvernement israélien en janvier 2016 ?

Steven Wernick : Eh bien, l’accord comprenait trois éléments essentiels : il comprenait des modifications apportées au site, une modeste expansion, mais l’élément le plus important, plus que la taille, était l’accès direct au Kotel.

Du jour au lendemain, avant Rosh HaShana, [le ministre des Affaires religieuses de l’époque Naftali] Bennett a construit un beau jour la « terrasse du soleil » [une plate-forme temporaire en forme de gradins qui n’est pas adjacente au mur Occidental], comme l’appelle Anat Hoffman, et c’est laid. Et ce n’est pas digne d’un site national religieux historique du peuple juif.

Construisons donc quelque chose de beau, et de permanent, qui montre que ceci est véritablement un endroit où les Juifs sont les bienvenus pour prier en accord avec leurs traditions. Cela inclut le fait de débarrasser tous les détritus qui se trouvent en amont, et d’ouvrir une ligne de mire, afin que le site ne soit pas dissimulée telle une entrée de service mais qu’il fasse véritablement partie du complexe du Kotel.

Mais il était prévu qu’il y ait une entrée conjointe, n’est-ce pas ?

Eh bien, il s’agit du deuxième élément de l’accord. A présent, le Bureau du Premier ministre prétend que [l’entrée conjointe] et le troisième élément n’étaient que symboliques. En réalité, je pense que c’est l’inverse.

Le deuxième élément signifiait que nous aurions « un mur pour un peuple » [le nom de l’accord négocié] – ainsi, ce n’est pas uniquement une ligne de mire, et un endroit digne pour prier, que l’on devrait obtenir, mais également une seule entrée, afin que chacun puisse venir et choisir « son » lieu de prière, et que tous fassent partie du même complexe.

Et le troisième élément était que le gouvernement devait créer un comité de supervision pour l’esplanade sud. Tous les membres auraient dû être nommés par le Premier ministre, ce qui en aurait fait un comité gouvernemental, et celui-ci aurait également dû nommer le directeur de l’Agence juive à la tête du comité. Le mouvement conservateur israélien, le mouvement réformé israélien et les Femmes du Mur auraient chacun eu deux représentants siégeant au sein du comité, qui aurait également inclus un représentant des archéologues ainsi que trois ou quatre personnes nommées par le gouvernement pour mettre en place une supervision, s’occuper du budget et des autres tâches telles que la sécurité, le nettoyage et tout ce qu’implique la gestion du site.

La section pluraliste, en bleu, doublerait de taille en passant environ à 900 mètres carrés. La section orthodoxe, en violet, s'étalerait sur 2000 mètres carrés (JTA)
La section pluraliste, en bleu, doublerait de taille en passant environ à 900 mètres carrés. La section orthodoxe, en violet, s’étalerait sur 2000 mètres carrés (JTA)

Le mot « budget » que vous venez de mentionner – d’où devait-il provenir, qui était censé payer ?

Je pense que cela aurait dû être un mélange d’argent provenant du gouvernement. Je ne suis pas sûr de quelle caisse le Premier ministre l’aurait sorti – certainement pas de celle du ministère de la Religion [rires]. Le gouvernement paie [déjà], il y a un rabbin qui est payé par le ministère des Sports et de la Culture…

En fait, il y en a au moins six ; mais, oui…

Mais cela ne provient pas du ministère des Affaires Religieuses [rires]. Mais l’argent était censé provenir d’une caisse de l’Etat, d’une caisse de l’Agence juive, ainsi que de la levée de fonds.

La mise en place du plan aurait coûté 35 millions de shekels. Est-ce que cela aurait également impliqué l’allocation d’un budget annuel ?

Oui, car il y a une maintenance régulière. Ce que le gouvernement n’aurait pas accepté aurait été de financer le projet de la même manière qu’il finance la Fondation pour l’Héritage du mur Occidental, ce qui comprend un budget pour le marketing, un pour l’éducation, etc.

Le gouvernement n’a pas accepté cela, et nous savions que si nous voulions faire cela, nous devrions lever ces fonds nous-mêmes. Mais j’y pense à l’instant : donnez-moi seulement l’opportunité de lever ces fonds – « Je peux vous proposer une plaque sur un mur ! ». Laissez-moi lever ces fonds, comme ceci : « J’ai un mur sur lequel nous pourrions mettre votre nom ! » [rires].

Mais le gouvernement n’a pas accepté cela, le gouvernement a accepté de fournir un budget pour la maintenance et l’entretien de base. Nous avons compris qu’il ne s’agissait pas d’une reconnaissance officielle ; ce n’était pas dans le règlement, mais dans le stade précédant la mise en place du règlement que ceci allait devoir se passer.

Le rabbin du mur Occidental, Shmuel Rabinovitch. (Crédit : Flash90)
Le rabbin du mur Occidental, Shmuel Rabinovitch. (Crédit : Flash90)

Toute l’affaire a été négociée avec le bien-être du Rav HaKotel [le rabbin du Mur occidental, Shmuel Rabinovitch] en tête, et celui des partis ‘haredim [NdT : ultra-orthodoxes] également. L’idée était d’avoir une reconnaissance tacite, non officielle.

Et c’était important pour nous. Parce que si on nous donnait un site, mais qu’ensuite on donnait au Rav HaKotel la possibilité de le superviser, eh bien, nous n’étions pas certains qu’il n’y aurait pas un jour où les ordures n’auraient pas été débarrassées ou les factures d’électricité payées ; tous ces problèmes restent ouverts.

Et ce qui est intéressant est que la plus difficile des choses à négocier était le comité de supervision. Le point d’entrée était moins difficile, parce qu’on nous a dit que la police désirait cela de toute façon. Pourquoi la police voudrait-elle s’occuper de deux points d’entrée ?

Mais encore plus dur à négocier fut le site physique. Pas à cause des ‘haredim, mais en raison des archéologues et du Waqf [la fondation islamique qui administre le mont du Temple].

Comment le Waqf est-il entré en scène durant ces années de négociations ?

D’après ce que j’ai compris, [l’ancien Secrétaire de Cabinet] Avichai Mandleblit, était en communication permanente avec lui au sujet de ce que nous faisions ; il voulait être sûr que nous étions sensibles à la situation géopolitique.

Parce qu’immédiatement après l’annonce du 31 janvier 2016, le lendemain, le Waqf l’a condamnée…

Oui, bien sûr qu’il l’a fait…

Mais ce que vous dites à présent est que c’était juste une condamnation pour la forme, un simple communiqué de presse ?

C’était pour la forme, de la même manière que lorsque les ‘haredim ont voté contre le règlement lors de la réunion gouvernementale de janvier 2016. Personne ne s’attendait à ce que les partis ‘haredim votent pour, mais l’idée générale à l’époque était – ce qui était brillant à propos du plan – ce que nous avions abandonné et ce que les partis ‘haredim auraient gagné, ce qui était très douloureux à faire, est que nous aurions codifié en accord avec les règles voulant que l’esplanade nord fonctionnerait comme une synagogue orthodoxe.

Ce n’est pas la loi actuellement, ce qui explique pourquoi, chaque fois que nous sommes allés devant la Cour suprême à ce sujet, celle-ci a soit réprimandé le gouvernement, soit jugé en notre faveur. Et par « notre », je veux dire : les Femmes du Mur et les mouvements réformé et conservateur.

Prière des Kohanim au mur Occidental à Jérusalem, le 30 septembre 2015 (Crédit : Flash 90)
Prière des Kohanim au mur Occidental à Jérusalem, le 30 septembre 2015 (Crédit : Flash 90)

C’est donc ce droit que nous abandonnions. En somme, nous acceptions que l’esplanade nord soit légalement considérée comme une synagogue orthodoxe. Et en échange de cela, ce que nous gagnions était le fait que l’esplanade sud deviendrait, d’après la loi, un espace synagogal pluraliste.

Ce qui était ironique à ce sujet était que nous allions permettre d’ajouter une me’hitsa [une barrière séparant les hommes et les femmes] une fois par mois pour les Femmes du Mur. Nashot haKotel [les Femmes du Mur] ne veulent pas de prière mixte ; Nashot haKotel veulent un mynian [NdT : le quorum de dix personnes nécessaire à la récitation de certains passages de la prière et à la lecture de la Torah] de femmes uniquement, qui permette même à des femmes orthodoxes de venir et de participer, en accord avec la soi-disant « Torah égalitaire » ou quoi que cela puisse être.

Lorsque j’écris à ce sujet, je l’appelle l’espace de prière « pluraliste ».

Parce que ce n’est pas nécessairement égalitaire, tout à fait, c’est pluraliste. Et c’était donc l’idée. Les orthodoxes auraient gagné quelque chose de significatif en termes de loi. Et cela aurait été codifié ; et les Femmes du Mur, et nous, serions sorti de leur pattes.

Mais à présent, nous allons continuer à être présents dans cet espace, luttant pour ce que nous croyons être une question liée au judaïsme dans sa dimension de peuple.

Le mouvement conservateur utilise l’Arche de Robinson depuis…

Vingt ans. C’est pourquoi la présentation par le bureau du Premier ministre des deux derniers points comme étant uniquement symboliques est fausse. Parce que nous avons déjà cet espace. Il n’y a rien qui change pour nous, si ce n’est l’entrée et le fait que cet espace devienne permanent, peu de choses changent pratiquement pour nous.

Deux hommes et deux femmes juifs devant le mur Occidental de Jérusalem vers 1908. (Crédit : Underwood & Underwood/Library of Congress)
Deux hommes et deux femmes juifs devant le mur Occidental de Jérusalem vers 1908. (Crédit : Underwood & Underwood/Library of Congress)

Les horaires, cela a déjà été fait. L’espace est ouvert 24 heures sur 24. L’entrée : si vous venez de la Porte des Ordures, l’entrée est après celle du centre archéologique Davidson et avant d’arriver à la Porte Shokin. Vous devez la chercher. Elle est cachée dans un coin comme une entrée de service.

Mais c’est ouvert 24 heures sur 24 si vous savez où vous allez.

Si vous savez où vous allez, c’est ouvert 24 heures sur 24.

La signalisation a-t-elle posé problème ?

La signalisation a effectivement posé problème. C’est-à-dire : il existe un tout petit écriteau qui indique la direction. Une partie de l’accord prévoyait qu’il y aurait plus de signalisation. Si vous voulez en faire un réel site, les gens doivent savoir comment y arriver.

Si vous êtes un touriste et que vous n’êtes pas familier avec l’endroit ou avec toute la politique qui l’entoure, si vous vous tenez sur l’esplanade nord, vous ne savez pas du tout que vous pouvez continuer un petit peu au sud et arriver au très charmant… franchement, j’aime l’esplanade sud plus que l’esplanade nord, non pas en raison de la me’hitsa, que je n’aime évidemment pas, mais parce que c’est un peu plus calme, ce qui est mieux pour l’introspection ; de plus, le fait que le site se trouve au milieu de l’archéologie, pour moi, ne fait que lui donner un plus grand contexte. Mais si vous ne savez pas cela, vous vous tenez sur l’esplanade nord et pensez que votre seul choix est d’aller ici ou là [hommes ou femmes].

Est-ce quelque chose sur lequel vous travaillez actuellement, ou cette lutte pour une meilleure indication est-elle pour l’instant suspendue ?

A moins que l’esplanade sud, l’Arche de Robinson, ne soit réellement promue au rang de partie intégrante du complexe du Kotel, « d’un mur pour un peuple », il n’y aura pas d’impulsion de la part du gouvernement, ni de qui que ce soit d’autre, pour fournir plus de signalisation.

Car autrement, l’endroit est traité comme un site archéologique où les « reformim » [un terme hébreu désobligeant désignant les Juifs non-orthodoxes] peuvent aller et faire ce qu’ils veulent, loin de notre vue, loin de notre esprit.

Avez-vous une quelconque idée de combien le site est actuellement utilisé ?

Actuellement, durant les mois d’été, le site est bondé le matin, car tous les touristes de l’étranger viennent célébrer des bnei mitzvah ici. C’est bondé. Notre estimation est que 50 000 personnes y viennent chaque année, et des gens y viennent chaque jour. Nous en envoyons de la yeshiva conservatrice, qui est située au Centre Fuchsberg, à l’angle ; nous avons un mynian quotidien pour Sha’harit [la prière du matin] les mardis et jeudis, à l’Arche de Robinson. Le site est également utilisé pour Tisha beAv.

Au cours de la saison touristique, le site est bondé. Il y a probablement six, sept, huit bnei mitzvah en même temps.

L'association des Femmes du Mur dans la section féminine du mur Occidental, le 25 juin 2017. (Crédit : Michal Fattal/autorisation des Femmes du Mur)
L’association des Femmes du Mur dans la section féminine du mur Occidental, le 25 juin 2017. (Crédit : Michal Fattal/autorisation des Femmes du Mur)

Quelle est, selon vous, la plus grande conséquence du gel du plan concernant le Kotel ?

Ce qui rend tout ceci si décevant, et ce qui se trouve à la pointe de toute cette colère, est que c’est le Premier ministre qui a initié toute cette affaire. Il a demandé à Natan Sharansky de s’engager, il a mis de sérieuses ressources à la disposition d’Avichai Mandelblit afin de négocier pendant trois ans et demi.

Nous avons atteint un accord, chacun savait ce dont il était question – il n’y avait pas de surprises à propos de ces trois éléments. A aucun moment ils n’ont dit : « Nous ne pouvons garantir tel élément ». Et ensuite, l’accord est passé devant le cabinet, qui l’a accepté.

Puis, il a été entièrement gelé, et à présent, la source de la colère est qu’il ne s’agit pas d’un gel : l’accord est mort. S’il nécessite un vote du cabinet pour revenir à la vie, il est mort, ce n’était pas un gel. Il était déjà gelé, les choses n’allaient nulle part, il n’y a donc aucune signification pratique à ce gel, si vous avez besoin d’un nouveau vote à présent, si ce n’est que l’accord est mort.

C’est donc cette sensation d’avoir été trahi qui fait si mal. On doit dépasser la douleur et la trahison, et voir ce qui vient après. Et d’une certaine manière, ce dont le Premier ministre fait actuellement l’expérience, c’est ce que nous lui avions dit durant tout le processus. Que la communauté de Diaspora est en train de devenir de plus en plus impatiente sur ces questions, et n’accepte pas la ligne historique israélienne au sujet du statu quo.

Le statu quo n’est pas une politique, ce n’est pas un progrès. Le statu quo consiste en réalité à dire la même chose, mais le monde progresse de nombreuses manières différentes, donc le statu quo n’est plus une option acceptable en ce qui concerne la communauté de Diaspora, sur les questions de pluralisme religieux au Kotel etc.

Ce qu’il entend à présent est donc la colère à tous les niveaux de la communauté juive américaine – Je veux dire : c’est une chose inouïe que l’AIPAC et que des philanthropes viennent dire ce qu’ils sont en train de dire. Nous n’avons jamais vu cela auparavant. Et personne ne demande à ces gens de faire cela.

Des jeunes du mouvement conservateur Noam pendant une prière devant le mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 7 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Des jeunes du mouvement conservateur Noam pendant une prière devant le mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 7 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Mais pour aller de l’avant, je pense qu’en ce qui concerne le Kotel, le temps est venu d’approfondir notre engagement et de nous battre plus fort. Je ne pense pas que les Juifs conservateurs vont se désengager. Je pense que le message que nous allons leur donner est que nous avons besoin de nous réengager.

Je pense que nous avons besoin d’un plus grand investissement dans le mouvement afin de créer une alternative viable encore plus grande au judaïsme au sein de l’Etat juif. Nous avons besoin d’un plus grand investissement dans une campagne d’éducation afin que l’Israélien lambda comprenne combien ces questions sont stratégiques pour Israël, mais également combien elles sont liées aux questions qui tiennent à cœur aux Israéliens.

A ce point, vous parlez donc de changer le cœur et l’esprit des Israéliens.

Au bout du compte, la politique est locale. Donc je pense qu’au bout du compte, nous allons devoir construire de plus fortes alliances avec les alliés politiques que nous pouvons trouver, et que nous devons redoubler nos efforts afin de construire des mouvements en Israël, et continuer à nous battre à chaque opportunité qui se présente à nous devant les tribunaux, à la Knesset, et devant l’opinion publique.

Etant donné que le mouvement conservateur a réellement été à la pointe dans l’établissement de l’Arche de Robinson comme espace de prière, si Netanyahu n’avait pas rouvert les négociations autour de l’Arche de Robinson, y aurait-il moins de douleur à ce sujet – en raison d’un accord qui a été promis et gelé – s’il n’y avait tout simplement pas eu d’accord, et si vous aviez continué là où vous en étiez ? Le Kotel serait-il même un problème pour les Juifs conservateurs en Amérique ?

La réponse est oui, il serait un problème et la raison en est que, au cours des 15 dernières années, alors que de plus en plus de femmes rabbins étaient ordonnées – cela fait 30 ans que des femmes sont ordonnées en tant que rabbins au sein du mouvement Massorti [conservateur] -, alors qu’elles montaient en chair et prenaient d’autres rôles dans la direction au sein du mouvement, alors que l’égalitarisme est devenu fermement établi au sein du judaïsme conservateur, avec des femmes portant le talit et les tefilin et lisant dans la Torah etc., il y a eu une augmentation des femmes et des hommes conservateurs alliés des Femmes du Mur. Et ce qui a déclenché tout ceci est l’arrestation d’Anat Hoffman pour avoir apporté un rouleau de la Torah au Kotel…

Des policiers escortent Anat Hoffman qui tient un rouleau de la Torah au mur Occidental, le 12 juillet 2010 (Crédit photo: Miriam Alster/Flash90)
Des policiers escortent Anat Hoffman qui tient un rouleau de la Torah au mur Occidental, le 12 juillet 2010 (Crédit photo: Miriam Alster/Flash90)

C’était en 2012 ?

Oui. Et elle a été arrêtée pour avoir porté la Torah, et traitée comme une vulgaire criminelle. Et dans l’esprit des Juifs conservateurs et réformés, on se demande comment il est possible qu’en 2012, n’importe quel Juif, et à plus forte raison une femme, soit arrêté pour avoir publiquement démontré son judaïsme dans l’Etat juif. C’est ce qui a fait monter les enchères, pour ainsi dire, et la photo d’Anat arrêtée en première page du New York Times est ce qui a décidé le Premier ministre à demander à Natan Sharansky de s’occuper de ceci.

Je pense donc qu’un plus grand changement de paradigme est en train d’advenir. C’est un changement de paradigme global, mais certainement en Amérique du Nord, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase sur cette question.

Je pense donc que Netanyahu est venu avec l’exigence d’essayer de résoudre ce problème, en raison de l’importance que cette question a prise dans l’esprit des Juifs de Diaspora. Donc, qu’il ait conclu un accord sur lequel il est revenu ou non, actuellement nous avons un sentiment de trahison parce qu’il y avait un accord, mais même s’il n’y avait pas eu d’accord, cette question serait toujours l’un des trois plus grands problèmes du judaïsme de Diaspora dans sa relation avec Israël.

Quels sont les deux autres ?

Je pense que les Juifs de Diaspora sont inquiets au sujet de la sécurité et du bien-être d’Israël. Les Juifs de Diaspora sont très inquiets au sujet de la sécurité d’Israël, ils sont très inquiets au sujet du mouvement BDS [Boycott, Désinvestissement, Sanctions] et de la délégitimation de l’Etat juif, et ils sont très inquiets au sujet du pluralisme religieux au sein d’Israël. Voici quelles sont les trois problèmes majeurs pour les Juifs de Diaspora.

Et la délégitimation des Juifs de Diaspora rend les deux autres problèmes bien plus délicats pour ceux-ci. Parce que nous sommes ceux qui devons expliquer à ceux qui ne le comprennent pas forcément, à ceux qui ne sont pas forcément aussi liés à l’Etat juif que les gens de ma génération et les plus âgés, pourquoi cela compte.

Ainsi, non seulement nous devons lutter contre ce qui devient une politique de plus en plus gauchiste, mais à présent nous devons également expliquer ce qui a trait à des sujets religieux etc.

Ainsi, Israël ne représente pas uniquement votre vision politique en termes « d’occupation », cela représente également tout judaïsme que vous reconnaissez. Et il semble qu’Israël se permette de plus en plus d’être sous le contrôle restrictif d’une politique juive fondamentaliste.

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