Rechercher

Procès Netanyahu : Aviram Elad, ex rédacteur-en-chef de Walla, témoigne

Succédant, à la barre des témoins, à Ilan Yeshua , l'homme dit avoir démissionné en raison des interférences "brutales" visant à assurer une couverture favorable à Netanyahu

Le directeur de la Treizième chaîne Aviram Elad, ancien rédacteur en chef du site d'information Walla, arrive pour témoigner devant la cour de district de Jérusalem dans le procès de l'ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 11 octobre 2021. (Crédit : Flash90)
Le directeur de la Treizième chaîne Aviram Elad, ancien rédacteur en chef du site d'information Walla, arrive pour témoigner devant la cour de district de Jérusalem dans le procès de l'ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 11 octobre 2021. (Crédit : Flash90)

L’ancien rédacteur en chef du site d’information Walla a déclaré mardi que les interventions « brutales » dans la couverture médiatique des actions du Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, dans le cadre d’un accord présumé de compromis l’avaient tellement préoccupé qu’il avait démissionné de son poste de directeur du département d’information.

Aviram Elad a commencé à livrer son témoignage, lundi, après que l’ancien directeur de Walla, Ilan Yeshua, a témoigné lui-même devant la cour -il y a plus de 300 témoins – dans le cadre de l’Affaire 4 000. Le lancement de la phase de présentation des preuves dans le cadre du procès Netanyahu a eu lieu il y a six mois.

Dans l’Affaire 4 000, Netanyahu est accusé d’avoir abusé de son autorité lorsqu’il était à la fois Premier ministre et ministre des Communications, de 2014 à 2017. Netanyahu est accusé d’avoir privilégié de manière illicite et lucrative les intérêts de l’actionnaire majoritaire de la firme de télécommunications Bezeq, Shaul Elovitch, en échange d’une couverture positive des actions du Premier ministre sur le site d’information Walla, propriété de Bezeq.

Netanyahu est accusé de corruption, de fraude et d’abus de confiance, tandis qu’Elovitch et son épouse doivent répondre de corruption. Les trois accusés n’ont cessé de clamer leur innocence.

Prenant la parole devant la Cour de district de Jérusalem mardi, Elad, qui est actuellement directeur-général de la Treizième chaîne, a déclaré que « les interférences sur le sujet de la couverture médiatique de la famille Netanyahu m’ont vraiment beaucoup préoccupé. Elles ont nui à ma capacité de faire mon travail et, finalement, elles m’ont amené à démissionner de Walla ».

Elad a indiqué que le personnel du site internet avait compris que cette couverture favorable à Netanyahu devait être maintenue de manière à ne pas porter préjudice à Bezeq.

Une image composite du Premier ministre Benjamin Netanyahu (D) et de l’actionnaire majoritaire de Bezeq Shaul Elovitch. (Flash90 / Ohad Zwigenberg / POOL)

Elad avait été à la tête du département de l’information de Walla jusqu’à son départ, en 2014, suite aux interventions visant garantir une couverture médiatique positive de Netanyahu. Il a indiqué qu’en 2016, Yeshua lui avait demandé de revenir, cette fois au poste de rédacteur-en-chef, pour corriger la donne.

« J’ai fait part de mon étonnement parce qu’il savait pourquoi je l’avais quitté en 2014 », a continué Elad. « Il m’a dit que cela finissait par détruire Walla, et que c’est pour ça qu’il entrait en contact avec moi. J’ai établi clairement que je ne reviendrais que si les interventions prenaient fin. Cela avait été ma condition principale ».

Selon le témoignage, Yeshua avait déclaré au couple Netanyahu qu’Elad accepterait facilement l’orientation de la couverture médiatique du journal.
« [Yeshua] me l’a dit avec une sorte de sourire sur le visage, comme s’il les avait leurrés ».

« Le premier ou le deuxième jour déjà, des contacts intenses ont commencé concernant toutes les informations liées à Netanyahu », a poursuivi Elad. « Je crois qu’il y avait eu un rapport du contrôleur de l’État qui avait été critique à l’égard de Netanyahu et qu’on nous avait dit de le censurer ».

L’ancien PDG du site d’information Walla Ilan Yeshua arrive pour son témoignage dans l’affaire contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu au tribunal de district de Jérusalem, le 12 avril 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

Les interférences avaient connu un nouveau pic, a noté Elad, quand l’information portant sur l’affaire dite « des sous-marins » avait émergé – il s’agit du plus grand scandale de corruption de toute l’Histoire d’Israël – portant sur un plan de corruption qui avait influencé l’acquisition par Israël de sous-marins et autres navires auprès du fabricant naval allemand Thyssenkrupp. Ce dossier a éclaboussé de nombreux proches de Netanyahu, mais pas le chef du parti du Likud lui-même.

« A mes yeux, c’était une information spectaculaire et j’ai ordonné à mes journalistes de préparer un article », a dit Elad. « Ilan [Yeshua] m’a téléphoné et il m’a dit que c’était un article susceptible de renverser tout un gouvernement. Il m’a dit : ‘OK, fonce’. Quelques minutes plus tard, il m’a demandé d’arrêter et d’attendre. J’étais absolument sidéré ».

« On a continué à se disputer pour ça toute la soirée. Je lui ai dit que c’était totalement contradictoire avec ce que nous avions convenu », a poursuivi Elad, disant qu’il avait accusé Yeshua de « censure agressive ».

Le directeur de la Treizième chaîne Aviram Elad, ancien rédacteur en chef du site d’information Walla, arrive pour témoigner devant la cour de district de Jérusalem dans le procès de l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 11 octobre 2021. (Crédit : Flash90)

Il a expliqué que le matin suivant, il avait décidé de publier un article quoi qu’il en soit, puis un article de suivi qui s’était intéressé à l’appel lancé par le procureur Gonen Ben-Yitzhak en faveur de l’ouverture d’une enquête. Elad a précisé que Yeshua lui avait dit qu’il avait entraîné une « grosse pagaille » par ses publications et que les articles avaient aussi soulevé des interrogations sur ses liens personnels avec Ben-Yitzhak.

« Ilan m’a dit : ‘En ce qui concerne le couple Netanyahu, c’est fini’. Il m’a dit qu’il m’avait décrit d’une certaine manière et qu’ils avaient dorénavant compris que je n’étais pas celui qui leur avait été dépeint, et que la famille Netanyahu réclamait mon renvoi », a indiqué Elad.

Il n’avait pas été limogé finalement. Il avait présenté lui-même sa démission en 2018.

Elad a expliqué que Yeshua lui avait dit qu’il y avait « des milliards de shekels en jeu », établissant expressément à plusieurs occasions que Walla devait flatter l’ex-Premier ministre parce que Bezeq et Elovitch dépendaient du bon vouloir de ce dernier en termes de prise de décision régulatoire.

Les procureurs ont présenté des preuves indiquant que Yeshua avait lancé un groupe sur WhatsApp au mois de novembre 2016 avec Elad et avec la cheffe du département de l’information de l’époque, Michal Klein, leur donnant l’ordre de lui envoyer les articles consacrés à Netanyahu pour approbation de façon anticipée, et renvoyant les articles agrémentés de modifications favorables au leader.

« Parfois, cela nous retardait de plusieurs heures. Sur internet, c’est un crime parce que votre travail se base sur la retransmission d’information en temps et en heure », a expliqué Elad.

Le procès a officiellement commencé au mois de mai 2020 mais il a subi une série de reports et des mois de pause. La phase de présentation des preuves a débuté au mois d’avril, cette année. De son côté, Netanyahu a largement brillé par son absence dans la salle d’audience.

Raoul Wootliff et l’équipe du Times of Israël ont contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...