Procès Netanyahu: Un député Likud demande la récusation d’une juge
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Procès Netanyahu: Un député Likud demande la récusation d’une juge

La magistrate Rivka Friedman-Feldman est accusée de conflit d'intérêts

Rivka Friedman-Feldman, juge au tribunal de district de Jérusalem. (Autorité judiciaire israélienne)
Rivka Friedman-Feldman, juge au tribunal de district de Jérusalem. (Autorité judiciaire israélienne)

Un élu du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu a demandé la récusation de la magistrate en charge des trois dossiers pour corruption visant le chef de gouvernement, une initiative qui pourrait retarder la phase de présentation des preuves lors du procès, selon un reportage qui a été diffusé mercredi à la télévision.

Shlomo Karhi, allié du Premier ministre, a adressé un courrier à la cheffe de la Cour suprême du pays, Esther Hayut, pour lui demander que la juge Rivka Friedman-Feldman, de la Cour de district de Jérusalem, soit écartée du procès – une démarche qui aurait été apparemment coordonnée avec Netanyahu, a fait savoir la Douzième chaîne.

L’appel se fonde sur le fait que le fils de Friedman-Feldman a travaillé au sein du cabinet d’avocats qui avait conseillé Ilan Yeshua, ancien directeur-général de Walla et témoin essentiel dans l’Affaire 4000.

Le fils de Friedman-Feldman avait quitté le cabinet à la fin de l’année 2018.

Dans l’Affaire 4000, le Premier ministre est accusé d’avoir approuvé des mesures régulatoires au bénéfice de l’actionnaire principal de la firme de télécommunications Bezeq, en échange d’une couverture médiatique positive de ses actions sur le site Walla.

Netanyahu, qui n’a cessé de clamer son innocence, est accusé de pots-de-vin, de fraude et d’abus de confiance dans ce dossier.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre) s’entretient avec les avocats Micha Fettman (à gauche) et Amit Hadad (à droite) dans la salle d’audience lors de l’ouverture de son procès pour corruption au tribunal de district de Jérusalem, le 24 mai 2020. (Ronen Zvulun/ Pool Photo via AP)

L’autre argument avancé par Karhi est que Hayut a récemment formulé des règles de récusation pour spécifiquement garantir que Friedman-Feldman n’aurait pas besoin de se retirer. Il a indiqué que dès lors que le fils du juge avait quitté le cabinet d’avocats, lui et sa mère avaient pu, en théorie, discuter du dossier.

Selon la chaîne de télévision, Hayut devrait rejeter la requête. Le reportage a précisé que ce courrier était une tentative de la part de Netanyahu et de son équipe d’ôter toute légitimité aux juges et de retarder la prochaine phase du procès – si la demande était prise en compte, il faudrait au moins compter une année pour remplacer un magistrat à la tête d’un dossier aussi important et sensible.

La phase de présentation des preuves doit commencer au mois de janvier.

Ce n’est pas la première fois que Friedman-Feldman s’attaque à des politiciens et, en 2015, elle avait fait partie d’un panel qui avait renversé des jugements rendus antérieurement, condamnant dans la foulée l’ex-Premier ministre Ehud Olmert pour corruption.

En 2001, Friedman-Feldman avait aussi été l’une des trois magistrates qui avaient reconnu coupable le ministre Yitzhak Mordechai d’agression sexuelle et de harcèlement à l’encontre de deux femmes.

Netanyahu, son équipe et ses proches ont été accusés d’avoir recouru à un certain nombre de stratagèmes pour tenter de retarder ou de bloquer le procès, notamment en fermant les tribunaux au début de la pandémie et en changeant à de multiples reprises les représentants de sa défense, dans un contexte de conflits judiciaires portant sur les personnes qui seraient autorisées à assumer les frais induits par la défense du Premier ministre.

Le député Likud Shlomo Karhi lors d’une réunion d’une commission de la Knesset, le 13 janvier 2020. (Hadas Parush/Flash90)

Le mois dernier, lors de la deuxième audience du procès, l’un des avocats de Netanyahu avait demandé un report de la procédure jusqu’à la fin de la pandémie de coronavirus en raison de la gêne entraînée par le port du masque à l’occasion des contre-interrogatoires.

Le procès de Netanyahu, accusé de pots-de-vin, de fraude et d’abus de confiance a ouvert au mois de mai à la Cour de district de Jérusalem. Il n’a cessé de clamer son innocence, accusant les tribunaux, la police, les procureurs et les médias d’avoir lancé « une chasse aux sorcières » à son encontre.

Netanyahu avait lancé, le mois dernier, une attaque d’une virulence sans précédent contre le procureur-général Avichai Mandelblit – qu’il avait lui-même nommé à son poste et qui avait assumé, dans le passé, la fonction de secrétaire de cabinet du Premier ministre – l’accusant d’avoir intégré un complot de « l’Etat profond » ayant pour objectif d’écarter du pouvoir le Premier ministre pour des raisons politiques.

Par ailleurs, la cour de district de Rishon Lezion a ordonné, mercredi, à une activiste du Likud de supprimer une vidéo qui avait été publiée sur les réseaux sociaux et qui affirmait à tort que le fils de la principale procureure dans ce procès pour corruption avait agressé un agent de police.

La vice-procureur d’Etat Liat Ben-Ari arrive à la cour de district de Jérusalem avant le procès du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 24 mai 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le magistrat a menacé Orly Lev d’émettre une ordonnance de restriction à son encontre si elle ne supprimait pas la vidéo. Pour sa part, l’activiste a affirmé avoir agi de bonne foi et avoir été convaincue que l’individu présenté dans la vidéo était le fils de la vice-procureure d’Etat au parquet financier, Liat Ben-Ari.

Les défenseurs du Premier ministre ont fréquemment critiqué, avec beaucoup d’âpreté, Ben-Ari et les autres membres de la communauté judiciaire qu’ils accusent sans preuve de tenter d’écarter Netanyahu du pouvoir pour des raisons politiques.

La sécurité a été renforcée de manière significative autour de Ben-Ari en raison des menaces croissantes à son encontre, ont indiqué les médias au début du mois, quelques jours après la mise en examen d’un homme qui avait menacé le fils mineur de la procureure et à l’issue de plusieurs semaines de rassemblements de protestation organisés aux abords de chez elle.

Selon la Treizième chaîne, la police aurait reçu l’information que le danger visant la procureure avait augmenté d’un cran, entraînant la décision de lui assigner la présence de gardes du corps 24 heures sur 24. Ben-Ari bénéficiera aussi d’un certain nombre de systèmes issus de la technologie non-précisés qui seront installés dans son habitation, a ajouté la chaîne.

Le ministre de la Sécurité intérieure Amir Ohana, proche allié du Premier ministre, a réclamé la démission de Ben-Ari suite à des informations accusant cette dernière et son époux d’avoir divisé un bâtiment en deux appartements séparés sans avoir demandé un permis au préalable. Le couple devrait être interrogé par des inspecteurs municipaux à ce sujet.

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