Quand Laurent Dassault revendique ses racines en Grèce
Rechercher

Quand Laurent Dassault revendique ses racines en Grèce

Le petit-fils du célèbre avionneur Marcel Bloch-Dassault accomplit "un devoir de mémoire" à Thessalonique

Lors de l’inauguration, de gauche à droite, Philippe Ray, consul général de France et directeur de l’Institut français de Thessalonique, Laurent Dassault, le gouverneur Apostolos Tzitzikostas, et l’artiste grecque Tnina Anastasiadou. (Crédit : Sandrine Szwarc)
Lors de l’inauguration, de gauche à droite, Philippe Ray, consul général de France et directeur de l’Institut français de Thessalonique, Laurent Dassault, le gouverneur Apostolos Tzitzikostas, et l’artiste grecque Tnina Anastasiadou. (Crédit : Sandrine Szwarc)

Quand Laurent Dassault foule la terre de ses ancêtres, à Thessalonique, la deuxième ville de Grèce, le petit-fils du célèbre avionneur Marcel Bloch-Dassault accomplit « un devoir de mémoire », car « pour se respecter soi-même, il faut d’abord respecter ses racines ».

Avec ses boucles grises et son regard rieur, le directeur général délégué du groupe industriel Marcel Dassault raconte à l’AFP comment son illustre grand-père, rescapé du camp de Buchenwald, lui parlait de ses vacances d’été en Grèce dans la maison natale de sa mère, Noémie Allatini.

Dans les jardins de cette belle bâtisse de Thessalonique, qu’on appelait alors Salonique, Laurent Dassault est venu inaugurer fin juillet le buste de son ancêtre Moïse Allatini, « entrepreneur génial et grand mécène pour la ville ».

« Pour moi, c’est un peu un retour aux sources », confie l’homme d’affaires. « C’est notre histoire, c’est notre fierté : Marcel Dassault a été en France ce que les Allatini ont été à la Grèce », s’enthousiasme le sexagénaire amoureux d’art, de vin et de chevaux.

Marcel Dassault
Marcel Dassault (Crédit : autorisation)

Pour lui, Marcel Dassault, décédé en 1986, « a pris exemple sur Moïse : il était universel comme l’était son aïeul ».

L’oncle de Noémie et par conséquent l’arrière-arrière-grand-oncle de Laurent, Moïse Allatini, « médecin de formation, grande figure de la communauté juive de Salonique à la fin du XIXe siècle, a œuvré toute sa vie en faveur du développement intellectuel et de la modernisation » de Salonique, à l’époque à majorité juive, a souligné le consul général de France, Philippe Ray, lors de l’inauguration.

Sur ses traces, « mon grand-père a fait plein de choses pour l’éducation, pour la recherche, la religion », poursuit Laurent Dassault, qui a rejoint le groupe en 1991.

« Comme Moïse, Marcel Dassault était un grand mécène », s’enorgueillit son petit-fils, les yeux embués par l’émotion. « Comme disait mon grand-père, la plus grande qualité qu’on peut avoir dans la vie, c’est la générosité », relate l’héritier d’une des plus grandes fortunes de France. « Surtout quand on a la chance de naître avec beaucoup de choses, il faut savoir redistribuer intelligemment, avec beaucoup d’humilité et dans la gratitude ».

« Thessalonicien et Grec »

Le second des quatre enfants de Serge Dassault, ancien PDG décédé du groupe, Laurent a « beaucoup appris » de son grand-père qu’il a « eu la chance » de côtoyer 33 années. En particulier « l’importance du sang, de nos origines, de notre histoire et de la Grèce dont il m’a beaucoup parlé », se souvient-il.

Mirage III Dassault israéliens au-dessus de la péninsule du Sinaï, à la frontière israélo-égyptienne, au premier jour de la guerre des Six Jours, le 5 juin 1967. (Crédit : AFP)

Aujourd’hui, à l’âge de 67 ans, le gérant du Saint-Emilion grand cru classé Château Dassault, se « sent Thessalonicien et Grec, aussi bien que Français ».

« Le plus extraordinaire », confie-t-il, « c’est que je suis le seul de la 3e génération à avoir été touché par cette histoire, mes frères et sœur sont assez loin de tout cela ».

Sans être pratiquant, Laurent « est le seul à revendiquer son héritage juif, c’est la manifestation de quelque chose de très personnel », sans doute issue de « sa proximité avec son grand-père », a expliqué à l’AFP l’historien Pierre Assouline, biographe de Marcel Dassault et ami de Laurent.

Grâce à lui, « le nom Allatini trône à nouveau dans Salonique », a-t-il noté, « c’était une famille juive séfarade » et « Laurent a hérité du judaïsme en tant qu’identité ».

Sur sa carte d’identité figure encore le nom de son grand-père Bloch-Dassault. Interné à Drancy puis déporté à Buchenwald et sauvé grâce au soutien de communistes qui tenaient le camp, Marcel Bloch avait choisi le pseudonyme de son frère résistant Darius Bloch, l’un des théoriciens du char d’assaut, dont il avait fait disparaître l’apostrophe pour son identité d’après-guerre.

Serge Dassault à Paris, le 17 octobre 2013 (Crédit : AFP/Archives Francois Guillot)

« Il faut que je sois digne de cette légende, j’ai un devoir de mémoire et de réussite », estime Laurent, aujourd’hui chargé de la diversification des investissements du groupe.

« Sans Moïse, sans Noémie Allatini, mon arrière grand-mère de Grèce, je ne serais pas là aujourd’hui », revendique Laurent.

Dassault Aviation sera à la Foire internationale de Thessalonique en septembre.

« La Grèce fait partie de l’histoire industrielle de Dassault Aviation et de l’histoire familiale, et j’espère que cela va continuer », ajoute Laurent qui « aimerait continuer à investir en Grèce », comme le groupe l’a déjà fait dans des fermes d’élevage de poissons. « C’est un devoir pour un client qui vous fait confiance ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...