Quand les hôtels se tournent vers le passé dans leur nouvelle approche du luxe
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Quand les hôtels se tournent vers le passé dans leur nouvelle approche du luxe

Deux hôtels encore en construction, le W Tel-Aviv et l'Isrotel de Jérusalem Résidence, utilisent des bâtiments historiques

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

L'extérieur du W Tel Aviv t rénové et restauré (Crédit : Autorisation de W Tel-Aviv)
L'extérieur du W Tel Aviv t rénové et restauré (Crédit : Autorisation de W Tel-Aviv)

Avec des plafonds en voûte et des vitraux restaurés délicatement, vous ne devineriez jamais que le futur bar de l’hôtel W Tel-Aviv était autrefois la chapelle d’un ancien hôpital français du 19e siècle. Idem pour les salles de classe aux murs de pierre robustes du Jérusalem des Templiers maintenant remodelé en forme de chambres d’hôtel de luxe pour le nouveau complexe Isrotel de Jérusalem Résidence dans la colonie allemande de Jérusalem.

C’est ce genre de trésors historiques, intérieurs – et extérieurs – qui peuvent souvent améliorer la nouvelle construction dans un projet d’hôtel de luxe. Pour les développeurs et les architectes, cependant, le défi et la satisfaction viennent du fait de prendre quelque chose d’historique et de le rénover pour une utilisation contemporaine.

« Ça va être un plaisir de boire du vin à l’intérieur d’une chambre qui était autrefois une église », a déclaré Yotam Carmel, un partenaire de Arco Planning, Preservation and Restoration Ltd., la firme chargée du long processus de restauration de l’hôtel W. « Vous vous plaisez dans la structure d’origine, vous ne cachez pas le vieillissement et c’est un concept qui ramène de la vie. C’est toujours un compromis et c’est un bon comprmois ici ».

La restauration de la chapelle, une salle au plafond voûté de l’hôpital, était l’une des nombreuses modifications apportées par le W Tel-Aviv, dans un projet de plusieurs millions de shekels qui a commencé il y a huit ans. C’était à l’époque où le RFR Holding LLC, une société d’investissement immobilier, a acheté l’hôpital français datant du 18e siècle construit par un philanthrope français, avec l’intention de le transformer en un hôtel W.

C’était un achat inhabituel, étant donné que les hôtels W ne sont pas habituellement logés dans des projets de conservation compliqués. RFR a passé un contrat avec Starwood Hotels and Resorts, qui possède la marque W, pour gérer l’hôtel sous sa marque W.

Les vitraux et les murs épais peints de l'ancien hôpital, avant la restauration (Crédit : Autorisation Amit Geron)
Les vitraux et les murs épais peints de l’ancien hôpital, avant la restauration (Crédit : Autorisation Amit Geron)

C’était l’architecte de l’hôtel, Ramy Gill, qui a également conçu le port de Jaffa, l’ancien tronçon de front de mer qui est devenu une promenade populaire avec des restaurants et des galeries, qui avait les yeux rivés sur l’hôpital.

Situé dans un coin de la vieille ville de Jaffa, le quartier pittoresque restauré qui fonctionne comme une section préservée et touristique, Gill savait que l’hôpital proposait une pièce importante de l’histoire locale et un excellent emplacement dans le quartier sud de la ville qui se ‘gentrifie’.

Il y avait d’autres bon points également, les escaliers en marbre Carrera de l’hôpital intacts, des balustrades et des vitraux originaux. Pourtant, même Gill n’avait aucune idée que les étages supérieurs cachaient des murs de soutènement datant du 13e siècle des Croisés et un tronçon de voûtes antiques dans la cave inférieure.

L’hôpital avait été construit en 1879 par un philanthrope français et a plus tard été hérité par les religieuses qui vivaient là depuis des décennies, prenant soin des malades. Les religieuses l’ont plus tard vendu à la ville de Tel-Aviv, avec l’espoir qu’il serait utilisé pour un projet touristique.

Lorsque le RFR l’a acheté en 2007, ils ont d’abord passé trois saisons avec l’Autorité israélienne des antiquités, a déclaré Michal Shavit, un représentant du RFR Holding LLC, l’entreprise d’investissement immobilier qui va lancer le W Tel-Aviv, une obligation lors de l’excavation de construction ancienne.

Ils ont fini par trouver des restes datant du premier siècle, de l’époque romaine et de l’ère des Croisés du 13e siècle sous le bâtiment encore intact.

Les fenêtres hautes et extrêmement élevés et les plafonds voûtés de la chapelle (Crédit : Autorisation de Eldad Rafaeli)
Les fenêtres hautes et extrêmement élevés et les plafonds voûtés de la chapelle (Crédit : Autorisation de Eldad Rafaeli)

Ce qu’ils ont trouvé, a déclaré Gill, était incroyable dans sa géométrie, sa qualité et son caractère complet. Il s’attendait à trouver un fondement majeur sous le bâtiment, mais a fini par découvrir trois zones dans le sous-sol inférieure reliées par de grands piliers et des arcs.

« Nous avons réalisé que cela couvrait beaucoup d’espace et que nous pourrions utiliser la superficie à notre avantage », a-t-il dit.

L’étendue du projet « est très inhabituel pour un W », a permis Gill. « La direction a du mal à comprendre comment le gérer. Mais dès qu’ils ont débarqué, ils ont réalisé combien c’était unique et a obtenu que le W sera créé par ce que nous avons ici, en donnant aux clients une expérience de qualité locale et de la nature ».

Pourtant, ces sortes de trouvailles peuvent devenir de légers freins dans certains problèmes de construction, a déclaré Shavit.

« Nous avons dû changer certains plans en raison des antiquités », dit-elle. « Voilà la vie en Israël ».

Les hôtels et leurs histoires

Il n’y a pas eu autant de surprises historiques pour Isrotel, la société locale d’hôtel qui a planifié son entrée dans Jérusalem avec un hôtel et une résidence attenante située à la pointe de la colonie allemande de Jérusalem. Il voulait se connecter au quartier, connu pour sa collection de bâtiments des Templiers datant du 19e siècle, construits par les pèlerins allemands qui se sont installés dans plusieurs villes, dans le but d’apporter le christianisme à la population locale.

Après l’établissement des colonies de Haïfa et de Jaffa, les membres de la secte du Templier sont arrivés à Jérusalem en 1873 et ont acheté une parcelle de terrain dans la vallée Refaim – d’où la rue principale de la colonie allemande, Emek Refaïm, ou Vallée des Esprits – de la communauté arabe dans la ville voisine de Beit Safafa. Ils ont construit des fermes traditionnelles et des bâtiments communautaires avec des toits obliques en tuiles et des fenêtres closes, mais faites de pierre de Jérusalem à la place du bois et des briques utilisés habituellement.

Une image de 1882 des bâtiments construits par les Templiers chrétiens allemands qui se sont installés dans la colonie allemande de Jérusalem (Crédit : Autorisation de David Kroyanker, la colonie allemande et rue Emek Refaïm Keter" et l'Institut de Jérusalem)
Une image de 1882 des bâtiments construits par les Templiers chrétiens allemands qui se sont installés dans la colonie allemande de Jérusalem (Crédit : Autorisation de David Kroyanker, la colonie allemande et rue Emek Refaïm Keter » et l’Institut de Jérusalem)

Le complexe templier qui forme le centre historique de l’hôtel servaient autrefois de centre culturel et éducatif pour la communauté des pionnier allemands. Maintenant, il va être utilisé comme une chambre d’hôtel, avec son extérieur soigneusement préservé. Ils ont même gardé les fenêtres et les volets en bois d’origine, ainsi que certains détails intérieurs, tels que les sols carrelés typiquement persans de l’époque, les plafonds et les arcs intérieurs voûtés.

Le projet final du complexe Isrotel, qui a été combattu par les résidents locaux pendant de nombreuses années, sera une structure de 11 étages avec 240 chambres (deux étages sont en sous-sol) avec deux résidences de 11 appartements privés gérés par l’hôtel. La plupart des acheteurs sont des États-Unis, en Europe et au Royaume-Uni, a déclaré Jonathan Shebson, un agent immobilier local qui gère la vente des résidences.

Le plan de l’hôtel était de bénéficier des bâtiments historiques et de créer une structure qui ne dépasserait pas dans le quartier, a expliqué Shebson. Ils visaient à avoir un bâtiment qui ne surplomberait pas les maisons aux toits rouges à proximité, en ajoutant deux étages en sous-sol, mais avec un accès à une cour en plein air qui donne accès à la rue Emek Refaïm, la route principale dans le quartier avec sa collection de maisons de l’époque des Templiers.

« Il y avait un besoin de faire des ajustements entre les bâtiments historiques et les besoins modernes », a déclaré Eyal Ziv, l’architecte en charge de la conservation du projet.

Une image de l'Isrotel de Jérusalem et de la Résidence prévu, en face de la rue Emek Refaïm dans la colonie allemande (Crédit : Autorisation de Isrotel)
Une image de l’Isrotel de Jérusalem et de la Résidence prévu, en face de la rue Emek Refaïm dans la colonie allemande (Crédit : Autorisation de Isrotel)

Ils devaient être méticuleux dans leur préservation des façades d’origine, a-t-il dit, de les rénover dans leur apparence d’origine. Les changements intérieurs ont inclus un repartage des chambres, l’ajout de l’électricité, la plomberie et les ascenseurs ainsi que des solutions acoustiques, a déclaré Ziv.

La préservation des bâtiments historiques tout en les rendant utilisables dans les temps modernes est un processus qui a eu lieu dans plusieurs nouveaux hôtels en Israël, y compris le Waldorf Astoria de Jérusalem, qui a utilisé ce qui était à l’époque le Palace Hotel, construit par un sheik arabe dans les années 1920, comme le point central de sa rénovation qui se serait élevé à 150 millions de dollars.

Le Waldorf a également ajouté les bâtiments résidentiels et a été un projet de trois ans qui a nécessité d’importants travaux de restaureration pour le mélange d’architecture romaine, mauresque et arabe de l’immeuble.

Avec des plafonds peints et des sols en marbre, il offre un accès à la maison d’un homme riche de la haute saison des Ottomans, a expliqué Carmel, dont la firme a également géré la restauration de l’hôtel. « C’est un palais, vraiment ».

La combinaison de la cave à vin de l’ère des Croisés, des hauts plafonds et d’un hammam turc d’origine à Efendi a montré comment faire en sorte que les deux périodes vivent ensemble. Maintenant, il y aura une troisième ère, plus actuelle et plus contemporain dans l’espace, a noté Carmel.

C’est un dilemme similaire au W ​​Tel-Aviv, où les clients pourront dîner sous les arches de l’époque des Croisées, tout en mangeant dans de la porcelaine ultra-moderne et assis dans un mobilier contemporain conçu par le célèbre architecte John Pawson. Idem pour le Isrotel de Jérusalem, où de hauts plafonds et des fenêtres archées se disputeront avec les intérieurs feutrés et modernes favorisés par les concepteurs de l’hôtel.

Le hall d'entrée prévue du W Tel-Aviv, où le design contemporain se fond avec les trouvailles datant du 13ème et du 18ème siècle. (Crédit : Autorisation de W Tel-Aviv)
Le hall d’entrée prévue du W Tel-Aviv, où le design contemporain se fond avec les trouvailles datant du 13ème et du 18ème siècle. (Crédit : Autorisation de W Tel-Aviv)

« Vous ne pouvez pas incruster ou forcer l’une sur l’autre », a déclaré Gill, en se référant aux différentes périodes architecturales qui se partagent l’espace. « Et vous ne pouvez pas également ne pas embellir l’un ou créer une sorte de douce histoire ou fausse qui oblige les ères à aller ensemble ».

Restauré à son ancienne gloire

Les groupes hôteliers ont aussi les budgets nécessaires pour ce genre de projet de restauration, a ajouté Carmel, se référant au W Tel-Aviv.

« Si vous ne traitez pas bien la construction, cela ne va jamais être un projet réussi », a déclaré Carmel. « Un bâtiment de cette envergure ne tolérera pas l’ingénierie moderne ou des matériaux modernes, il va simplement les refuser avec le temps. C’est un carrefour délicat, mais cela est l’endroit où vous avez besoin d’équipes professionnelles pour faire le travail ».

Étant donné que l’hôpital français a été construit dans un style européen, « c’est comme s’il a atterri du ciel », a déclaré Carmel. L’architecture, la maçonnerie, les proportions, l’ingénierie et les matériaux, ont été pour la plupart importés de France et d’Italie.

L'une des colonnes de l'hôpital restaurés dans le W hôtel rénové (Crédit : Autorisation de Amit Geron)
L’une des colonnes de l’hôpital restaurés dans le W hôtel rénové (Crédit : Autorisation de Amit Geron)

Les escaliers ont été fabriqués en marbre avec des sculptures latine. La rampe d’escalier a été fabriquée à Paris et les fenêtres en vitraux ont été probablement fabriqué à Lyon. Les tuiles en terre cuite sont venus de Marseille et les carreaux de porcelaine émaillée venaient d’Italie, tous au-dessus des vestiges archéologiques des Croisés à travers la période ottomane.

« Ce n’est pas un bâtiment typique de la région ou de la période », a-t-il ajouté.

En fait, normalement un musée ou un parc national devraient reprendre ce genre d’immeuble.

Mais, a souligné Carmel, la restauration est très coûteuse, en particulier lorsque l’on manipule des pièces en bois scuplté à la main qui date d’il y a 130 ans.

« Il n’y a aucun moyen mécanique pour le faire », a-t-il expliqué. « J’ai ma propre équipe de très bons artisans, un travailleur en métal qui a étudié en Angleterre et des tailleurs de pierre qui ont étudié en Allemagne, en France et en Italie ».

L’hôtel W, qui aura 127 pièces, et qui sera achevé en 2016, possède également 35 résidences ultra modernes, privées conçues par John Pawson.

Une partie du sous-sol inférieur de l’hôtel est transformé en parking automatisé avec un ascenseur, une première en Israël. C’est un système de fabrication allemand qui ramène les voitures du garage dans un ascenseur. Il est à cinq minutes à pied du marché branché de Jaffa, le quai pittoresque, et offrira un service de navette pour la plage privée de l’hôtel.

Au Isrotel, qui sera fin prêt dans environ 12 mois, les clients seront en mesure de quitter leurs suites à l’hôtel – où certains seront installés dans les « suites du patrimoine » dans les deux bâtiments des Templiers – et traverser la gare de l’époque ottomane restaurée juste en face de la voie. Tout cela est fait pour joindre les époques et les architectures de la ville avec des espaces contemporains de Jérusalem.

« Ces types de projets sont le point de rencontre de quelque chose de très historique et très moderne », a déclaré Carmel, l’expert en restauration. « Quand ils se rencontrent correctement, lorsque l’architecture est bien fait, vous pouvez vraiment créer un bijou ».

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