Quand l’opposition fait obstruction au projet de loi des recommandations
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Quand l’opposition fait obstruction au projet de loi des recommandations

Cherchant à retarder le vote, les députés à la tribune ont lu des messages de citoyens inquiets, lu du Shakespeare et même débattu sur le foot

Le député Eitan Cabel (Union Sioniste) à la Knesset, juin 2017 (Yonatan Sindel / Flash90)
Le député Eitan Cabel (Union Sioniste) à la Knesset, juin 2017 (Yonatan Sindel / Flash90)

Mardi, les députés de l’opposition se sont livrés pour la seconde nuit à une longue séance d’obstruction, dans leur démarche visant à faire retarder le vote sur le projet de loi controversé du gouvernement sur les recommandations de la police.

Les membres de la Knesset ont employé diverses tactiques à la tribune pour empêcher le vote sur le projet de loi, qui, selon l’opposition, est une tentative de protéger les fonctionnaires corrompus.

Le président du parti de l’Union sioniste, Yoel Hasson, a passé trois heures mardi à lire des textes qu’il avait reçus de ses électeurs, a rapporté le journal Haaretz. Parmi eux, celui d’une enseignante à la retraite disant qu’elle avait honte en tant que citoyenne de voir cette loi bizarre. Un autre a simplement demandé si le chiffre qu’il avait reçu pour Hasson était « réel ».

À un moment, Hasson a même fait venir le député de la coalition, Yisrael Eichler (YaHadout HaTorah), et lui a lu la prière juive de la Tefilat Haderech (la prière du voyageur), pour un homme qui lui a écrit qu’il voyageait.

Un autre député de l’Union sioniste, Eitan Cabel, a lu – et a chanté – des passages du Livre des Lamentations de la Bible sur la destruction de la Jérusalem antique. Plus tard, il a quelque peu compromis ce sentiment de gravité lorsqu’il a échangé ses pensées sur le match de football El Clasico de samedi entre le Real Madrid et le FC Barcelone avec le député Ahmad Tibi (Liste arabe unie).

Le député Yoel Hasson (Union sioniste) s’adresse à la Knesset israélienne, dossier (Miriam Alster / FLASH90)

Le député Ofer Shelah (Yesh Atid) a dit qu’il utiliserait son temps pour lire des extraits de Richard III de Shakespeare, « en profondeur, un homme peut sombrer à cause de sa soif de pouvoir » – une atteinte au Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Selon le site d’information Ynet, les députés de la coalition et de l’opposition ont reçu l’ordre de dormir à la Knesset ou dans les hôtels avoisinants au cas où un vote aurait lieu à brève échéance.

L’obstruction a débuté peu après 3 heures du matin mardi, les députés de l’opposition s’exprimant à tour de rôle devant une séance pleinière presque vide.

Cette obstruction devrait prendre fin à après 45 heures, autour de minuit. Les députés seront ensuite libres de voter sur le projet de loi controversé empêchant la police de recommander des mises en examens dans certains cas. Cette loi est considérée comme un moyen de protéger les politiciens corrompus.

Au début de la journée, le député Miki Levy (Yesh Atid), a tenté battre un record à la Knesset, en parlant pendant 7 heures d’affilées, mais n’a pas été jusqu’aux 10 heures de prise de paroles de Miki Eitan, en 1993.

Les phases de calme plat ont été rompues par la députée Hanin Zoabi (Liste arabe unie), qui a échangé des insultes avec des députés du Likud, notamment Oren Hazan, qui l’a taxée de traître.

L’obstruction parlementaire a été retransmise en direct sur le site de la Knesset.

En prévision de la session plénière de plusieurs jours, de nombreuses réunions de commission de mardi et de mercredi ont été annulées, les députés de l’opposition ayant juré de faire obstruction à l’adoption de la loi le plus longtemps possible.

Les leaders de l’opposition se sont élevés contre le projet de loi sur les recommandations, qui vise à empêcher la police d’indiquer si des éléments de preuve sont disponibles lors d’inculpation de fonctionnaires, de publier les conclusions de leurs enquêtes et de transmettre leurs demandes d’inculpation aux juges.

Cependant, le projet de loi du député du Likud, David Amsalem, stipule également que le procureur général, le ministère public ou d’autres juges peuvent demander à la police de communiquer leurs preuves, si cela s’avère nécessaire.

Ofer Shelah, député de Yesh Atid. (Crédit : Flash90)

La loi proposée ne s’appliquera pas aux affaires en cours, y compris les enquêtes en cours sur Netanyahu et l’ancien président de la coalition David Bitan.

Les votes finaux sur le projet de loi surviennent au moment où la police s’apprête à émettre des recommandations d’inculpation sur les deux affaires de corruption de Netanyahu.

Le Premier ministre est soupçonné d’avoir accepté des cadeaux coûteux de la part de bienfaiteurs milliardaires et d’avoir négocié avec un éditeur de journaux afin de bénéficier d’une couverture plus favorable. Netanyahu nie les méfaits dans les deux cas.

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