Quelques explications sur le crash du F-16 de mercredi
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Quelques explications sur le crash du F-16 de mercredi

L’armée enquête encore sur la cause du crash et la mort du major Ohad Cohen Nov, qui n’a vraisemblablement pas pu s’éjecter de son avion

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un F-16 israélien durant l'exercice "Drapeau bleu" qui rassemble les Armées de l’Air israélienne, américaine, grecque et polonaise contre un État ennemi fictif (Crédit : Armée de l'air israélienne)
Un F-16 israélien durant l'exercice "Drapeau bleu" qui rassemble les Armées de l’Air israélienne, américaine, grecque et polonaise contre un État ennemi fictif (Crédit : Armée de l'air israélienne)

Le jet F-16I qui s’est écrasé lors d’une tentative d’atterrissage dans le sud d’Israël mercredi, tuant son pilote, volait peut-être « asymétriquement », avec des munitions sur une aile mais pas sur l’autre, a déclaré un expert jeudi tandis que l’armée poursuit son enquête sur les motifs du crash.

Eran Ramot, un ancien pilote de chasse et un chercheur à l’Institut Fisher sur les études stratégiques et aériennes, a déclaré que l’asymétrie était actuellement la première théorie susceptible d’expliquer ce qui aurait pu causer l’accident qui a tué le major Ohad Cohen Nov, 34 ans.

Cependant, seule cette explication n’aurait pas pu causer un accident, car les avions et les pilotes volent régulièrement avec ce genre d’asymétrie, a expliqué Ramot au Times of Israël par téléphone.

Mercredi après-midi, un avion de chasse F-16 à deux places, connu en Israël sous le nom de « Storm », s’est écrasé alors qu’il se préparait à atterrir dans la base aérienne de Mitzpe Ramon dans le Néguev après avoir effectué un raid aérien dans la bande de Gaza en représailles à un tir de roquette venu de Gaza.

Le navigateur, qui est assis sur le siège arrière, s’est éjecté de l’avion et a été légèrement blessé. Cependant, Cohen Nov, le commandant adjoint de l’escadron, est mort dans l’accident.

Un communiqué de l’armée publié mercredi soir indiquait que le pilote et le navigateur s’étaient éjectés de l’avion, mais des questions ont été soulevées quant à savoir si Cohen Nov était réellement sorti de l’habitacle.
Le chef de l’armée de l’air, le général Amir Eshel a ordonné une enquête sur l’incident qui devrait être dirigée par un colonel, a indiqué l’armée.

Cependant, à la différence d’un accident qui s’est produit en 2013 lorsqu’un F-16 s’est écrasé dans la mer Méditerranée, les restes de l’avion avaient été temporairement retenus au sol par mesure de sécurité, Eshel n’a pas imposé une telle mesure dans cette affaire, selon le journal Haaretz.

« Il y a mille et une façons d’enquêter sur les accidents. Vous pouvez vérifier les enregistrements, parler avec le navigateur qui était dans l’avion jusqu’à ce qu’il soit éjecté. Je suppose que s’il est sorti, il sait pourquoi il l’a fait », a déclaré Ramot.

« Il existe différentes techniques et certaines technologies très avancées pour vérifier les systèmes de l’avion », a-t-il indiqué.

Tant que l’enquête n’est pas terminée, il n’est pas très utile de spéculer sur ce qui aurait pu causer l’accident, a souligné Ramot. Il ne semble pas avoir été abattu par un tir ennemi ni par aucune force extérieure, a-t-il ajouté.

« Mais tout est possible », a-t-il fait valoir.

« Les Russes ont juste envoyé en Syrie un système de défense antimissile S-300. Il aurait pu atteindre Gaza et heurté un avion. Qui sait ? », a spéculé Ramot.

Le Maj. Ohad Cohen Nov, 34 ans, tué dans un accident d'avion, le 5 octobre 2016 (Crédit : Autorisation)
Le Maj. Ohad Cohen Nov, 34 ans, tué dans un accident d’avion, le 5 octobre 2016 (Crédit : Autorisation)

Toutefois, l’ancien pilote d’essai et l’actuel chef du département de recherche de l’aviation de l’Institut Fisher propose une explication sur la façon dont l’asymétrie et le système d’éjection du F-16I auraient pu conduire à la mort de Cohen Nov.

« Quand un avion est en sortie opérationnelle, il porte ses munitions sur ses ailes. Au cours de l’opération, il a apparemment libéré des munitions d’une aile – vous ne relâchez pas les deux à la fois, vous les relâchez les unes après les autres – et il est resté avec des munitions sur l’autre aile », a expliqué Ramot.

« De là, il est revenu sur terre. Je ne sais pas pourquoi [il n’a pas laissé tomber les munitions de la deuxième aile], peut-être parce qu’il n’en avait pas besoin ou il y avait un problème avec sa sortie », a-t-il supposé.

Voler avec un poids supplémentaire sur une aile n’est généralement pas un problème, car les avions sont généralement capables de compenser l’asymétrie seuls et les pilotes ont également appris à voler dans un tel scénario manuellement.

C’est au cours de l’atterrissage que l’asymétrie peut être un peu plus problématique, alors que l’avion vole à une vitesse inférieure et a moins d’air qui le pousse aussi, a expliqué Ramot.

Toutefois, si l’avion ou le pilote éprouve des difficultés en vol ou s’il semble qu’il y aura un problème avec l’atterrissage à cause de l’asymétrie, la solution est assez simple – laisser tomber la munition, généralement sur un plan d’eau, a précisé Ramot.

Cela n’a pas été le cas dans cette affaire mais il semble que Cohen Nov et le navigateur n’ont pas éprouvé de difficultés au moment de l’atterrissage, comme l’indique un rapport, cité par la radio militaire.

C’est au cours de cette deuxième tentative d’atterrissage que l’accident est survenu.

L’autre interrogation encore sans réponse au sujet de l’incident est de savoir comment le navigateur a pu s’éjecter et s’en sortir avec des blessures légères alors que Cohen Nov n’a pas réussi à le faire à temps.

Le F-16A Netz 243 de l''Armée de l'Air israélienne piloté par le colonel Ilan Ramon dans l'Opération Opéra de bombardement du réacteur nucléaire de Saddam Hussein à Osirak en 1981 (KGyST / Wikipedia)
Le F-16A Netz 243 de l »Armée de l’Air israélienne piloté par le colonel Ilan Ramon dans l’Opération Opéra de bombardement du réacteur nucléaire de Saddam Hussein à Osirak en 1981 (KGyST / Wikipedia)

Les variantes entre les F-16I et les F-16B sont ce qu’on appelle des avions à deux places, qui sont pilotés à la fois par un pilote et par un navigateur, à la différence du F-16A et F-16C, qui sont pilotés par une seule personne.

Tous ces jets sont équipés d’une poignée, qui, lorsque l’on tire dessus, éjecte les membres de l’équipage des sièges éjectables et libère leurs parachutes pour les ramener au sol en toute sécurité.

Cependant, dans les avions à deux places, il y a deux options pour s’éjecter de l’avion : soit les deux personnes présentes à bords sont automatiquement éjectées – d’abord le navigateur puis « quelques secondes plus tard » le pilote – soit le navigateur peut s’éjecter seul, a indiqué Ramot.

On ne sait pas encore lequel de ces deux scénarios a eu lieu dans ce cas.

Le Maj. Ohad Cohen Nov, 34 ans, tué dans un accident d'avion, le 5 octobre 2016 (Crédit : armée israélienne)
Le Maj. Ohad Cohen Nov, 34 ans, tué dans un accident d’avion, le 5 octobre 2016 (Crédit : armée israélienne)

Cohen Nov, 34 ans, a été décrit comme un pilote capable et distingué, comme en témoigne le fait qu’il a récemment été nommé commandant adjoint du Atalef (l’escadron des chauve souris).

Il laisse derrière lui une femme enceinte et une fille, ainsi que deux soeurs et ses parents.

Ses funérailles auront lieu vendredi à 11 heures à Mazor, une petite communauté située à l’extérieur de Petah Tikva.

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