Raid sur le réacteur irakien : Des archives rendues publiques 40 ans après
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Raid sur le réacteur irakien : Des archives rendues publiques 40 ans après

Parmi les documents : les schémas de la centrale et une vidéo intime du pilote de l'opération menée à Osirak en 1981

Un schéma en couleur de l'usine nucléaire d'Osirak provenant d'un dossier des renseignements israéliens et rendu public le 22 juin 2021. (Crédit : Ministère de la Défense)
Un schéma en couleur de l'usine nucléaire d'Osirak provenant d'un dossier des renseignements israéliens et rendu public le 22 juin 2021. (Crédit : Ministère de la Défense)

Les archives de l’armée ont rendu publics, mardi, une série de documents liés au bombardement du réacteur nucléaire Osirak, en Irak, il y 40 ans – notamment des schémas du site et une vidéo de 2001, dans laquelle Ilan Ramon, pilote de combat et astronaute qui devait trouver la mort dans l’accident de la navette spatiale Columbia, déclare que sa mère, survivante de la Shoah, a été sa source d’inspiration lorsqu’il est monté dans son jet F-16A pour mener à bien sa mission.

Ces documents rares ont été diffusés dans le cadre d’un projet de numérisation entrepris par les archives de Tsahal, qui vise à mettre à disposition des futures générations des milliers d’heures de vidéos, a noté le ministère de la Défense dans un communiqué.

Le 7 juin 1981, huit avions-chasseurs israéliens ont parcouru plus de 3 000 kilomètres pour se rendre en Irak. Ils y ont détruit le réacteur nucléaire d’Osirak de Saddam Hussein à Bagdad, avant de regagner leur base. Moins de vingt-quatre heures plus tard, le Premier ministre de l’époque, Menachem Begin, avait reconnu que l’armée de l’air israélienne était à l’origine de la frappe et que l’État juif s’était efforcé d’empêcher un pays ennemi de se doter d’une arme atomique.

Même si l’attaque a été condamnée à l’international, elle a pris, à travers le temps, des proportions mythiques en Israël – où les autorités ont graduellement levé le voile sur le raid en révélant de nouvelles informations au compte-goutte, généralement aux abords de la date-anniversaire de la frappe.

Parmi les documents rendus publics mardi, des schémas représentant le site d’Osirak – Israël craignait que Hussein n’utilise ce site pour mettre en œuvre un programme consacré à l’arme atomique – avec un dessin montrant à quoi la structure ressemblerait pour un avion-chasseur à l’approche volant en escadron.

Le ministère de la Défense a fait savoir que ces ébauches appartenaient alors au dossier que les services de renseignement avaient préparé en vue de l’opération.

Un dessin du vol vers l’usine nucléaire d’Osirak en Irak, conçu par les services de renseignement israélien et rendu public en date du 22 juin 2021. (Crédit : Ministère de la Défense)

Un rapport partiellement rédigé sur le raid après l’opération a aussi été déclassifié. Il contient l’ordre écrit par le chef d’état-major d’exécuter la mission, la décision gouvernementale de programmer l’opération en 1980 et les délibérations sur la date qui devait finalement être choisie.

« L’opération dans plus d’une semaine à cause du sommet entre le Premier ministre et Sadate à Ophira », dit une note écrite par le chef d’état-major Rafael Eitan au responsable des forces de l’armée de l’air David Ivry, après qu’un document précédent a précisé que le raid aurait lieu le 31 mai. Le courrier fait finalement référence à une rencontre en date du 4 juin qui avait eu lieu entre le Premier ministre Menachem Begin et le président égyptien Anwar Sadate à Sharm el-Sheikh.

Le réacteur Osirak avant le bombardement israélien en 1981. (Crédit : Wikipedia)

Dans les documents précieux diffusés se trouve aussi une vidéo en hébreu de Ramon qui, selon le ministère de la Défense, n’a été que récemment découverte grâce au projet de numérisation des images d’archives.

Ramon, qui avait été intégré dans la mission au dernier moment parce qu’il connaissait très bien l’opération qu’il avait notamment aidé à cartographier, devait devenir le tout premier astronaute israélien. Il a péri lors de la catastrophe de la navette Columbia, survenue au retour d’une mission de 16 jours dans l’espace, en 2003. Il est devenu un héros national et des écoles et autres institutions portent dorénavant son nom.

Sur les images, Ramon explique la manière dont sa mère, survivante de la Shoah, a été pour lui une source d’inspiration dans la préparation de cette dangereuse opération. Il n’était pas certain que les avions israéliens auraient suffisamment de carburant pour faire le voyage retour de l’Irak, et les militaires avaient envisagé la possibilité que les pilotes soient abattus ou bloqués dans ce pays hostile.

« Ma mère est une survivante de la Shoah, elle a été à Auschwitz et elle y a difficilement survécu. Avant que je ne décolle pour mener l’opération en Irak, j’avais parfaitement conscience qu’il y avait une bonne chance que j’y sois bloqué », dit Ramon dans la vidéo.

Ilan Ramon évoque l’attaque sur le réacteur nucléaire d’Osirak, en 1981, dans une vidéo publiée le 22 juin 2021. (Capture d’écran)

Ramon explique qu’un jour, après s’être fait insulter au volant de sa voiture, il s’était interrogé sur la raison pour laquelle il était décidé à risquer sa vie « pour tous ces gens qui m’injurient et qui me crachent dessus ici, sur la route ».

« Mais je me suis rappelé d’où je venais – ma mère, Auschwitz, les souffrances traversées par la nation juive – et je me suis dit : ‘Et puis zut, cela ne peut pas se répéter et si je dois y rester, j’y resterai.’ Et c’est ce qui m’a aidé à effectuer cette mission », dit-il.

« Je pense qu’ici, en Israël, nous sommes tellement focalisés sur notre propre marasme que nous oublions souvent la raison pour laquelle nous avons ce pays – et peut-être que cela a finalement été un honneur pour moi de faire partie de quelque chose qui a été d’une telle importance pour tous les Juifs, ce raid que nous évoquons ici », continue-t-il.

La vidéo avait été tournée au domicile de Yiftach Spektor, qui avait lui aussi pris part à l’opération, au 20e anniversaire du raid.

Ramon, qui se trouvait dans le dernier avion de l’escadron, s’inquiétait du fait que son appareil était probablement le plus vulnérable face aux tirs ennemis, avait expliqué le colonel Zeev Raz dans un entretien diffusé en 2016.

« Tout le monde sait que c’est le dernier avion qui est le plus en danger », avait dit Raz à l’époque. « C’est comme dans un troupeau d’antilopes pris en chasse par un tigre. Les autres se moquaient de Ramon, disant que si un pilote devait se faire intercepter, ce serait lui… Il n’avait pas d’expérience non plus [Ramon n’avait jamais effectué un bombardement lors d’une mission], mais il devait s’en sortir de façon remarquable et frapper sa cible. »

Ilan Ramon, the first Israeli astronaut, stands in front of an F-16 fighter jet. Ramon perished in the disintegration of the Space Shuttle Columbia on February 1, 2003, while re-entering the atmosphere. (file photo; photo credit: Flash90)
Ilan Ramon, le premier astronaute israélien, devant un avion de combat F-16. Ramon est mort dans la désintégration de la navette spatiale Columbia, quand elle a pénétré l’atmosphère terrestre le 1er février 2003. (Crédit : Flash90)

Dans la vidéo, Ramon partage aussi le contenu d’une lettre reçue d’un survivant de la Shoah, qui lui suggérait d’emmener avec lui dans l’espace une poupée fabriquée par sa fille de sept ans à partir d’une serviette sale avant qu’elle ne soit envoyée à Auschwitz – une poupée portant également les cendres de l’enfant.

« Ilan, vous serez proche des cieux – ouvrez-les et puissent-ils vous demander pardon de ne pas avoir répondu à nos supplications », disait le courrier, selon Ramon.

Ilan Ramon, premier astronaute israélien. (NASA)

Il montre aussi, sur les images, la copie d’un dessin de la Terre aperçue depuis l’espace réalisé par un adolescent de 14 ans tué dans un camp de la mort nazi, une Torah miniature offerte par un survivant de la Shoah et une mezuzah en fils barbelés offerte par un autre groupe de survivants.

Lui et les six membres de l’équipage de Columbia ont péri dans l’explosion de la navette lors de son entrée dans l’atmosphère, en 2003.

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