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Réactions au discours de Yair Lapid à la 77e AG de l’ONU

La droite et l'extrême droite ont fustigé les propos sur la solution à deux États; la gauche a soutenu le Premier ministre

Le Premier ministre Yair Lapid s'adressant à la 77e session de l'Assemblée générale des Nations unies au siège de l'ONU, à New York, le 22 septembre 2022. (Crédit : Timothy A. Clary/AFP)
Le Premier ministre Yair Lapid s'adressant à la 77e session de l'Assemblée générale des Nations unies au siège de l'ONU, à New York, le 22 septembre 2022. (Crédit : Timothy A. Clary/AFP)

Sans surprise, le chef du Likud Benjamin Netanyahu s’est insurgé jeudi contre le discours du Premier ministre Yair Lapid prononcé à l’Assemblée générale des Nations Unies, accusant Lapid de « mettre en danger » l’avenir d’Israël en relançant la discussion sur un État palestinien.

« Lapid ramène les Palestiniens sur le devant de la scène mondiale et place Israël directement dans le gouffre palestinien », a déclaré le chef du Likud dans un message vidéo.

Ces dernières années, les dirigeants israéliens se sont largement éloignés de la solution à deux États, mais Netanyahu lui-même avait appelé à une solution à deux États depuis la même tribune en 2016.

Netanyahu s’est éloigné de cette ligne ces dernières années et s’attribue désormais le mérite d’avoir « retiré l’État palestinien de l’agenda mondial ».

Les commentaires de Netanyahu surviennent à seulement 38 jours des élections israéliennes du 1er novembre. Netanyahu espère obtenir les 61 sièges nécessaires pour bâtir une coalition de droite, qui comporterait HaBayit HaYehudi d’Ayelet Shaked, Sionisme religieux dirigé par l’extrémiste de droite Bezalel Smotrich et Otzma Hayehudi d’Itamar Ben Gvir et les partis ultra-orthodoxes du Shas et de Yahadout HaTorah.

Ses partenaires sont résolument en faveur au mouvement des implantations et contre l’abandon de la revendication d’Israël sur des territoires pour un État palestinien indépendant.

Le chef du Likud a déclaré qu’un État palestinien serait une menace pour la sécurité, accusant Lapid « de leur donner un État terroriste au cœur du pays, un État qui nous menacera tous ».

Le député Itamar Ben Gvir et le député Bezalel Smotrich du HaTzionout HaDatit-Otzma Yehudit ont enregistré leur parti pour les prochaines élections législatives à la Knesset, le 14 septembre 2022. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)

Le chef du parti Sionisme religieux Bezalel Smotrich a critiqué le soutien de Lapid à une solution à deux États, affirmant qu’un État palestinien était une « capitulation honteuse face au terrorisme ».

Le dirigeant d’extrême droite a affirmé que Lapid « lutte pour le partage de la terre, la remise des territoires et l’expulsion de dizaines de milliers de Juifs de leurs foyers ».

Smotrich a accusé le fait de discuter d’un État palestinien et selon lui « insuffler de l’espoir dans les voiles du nationalisme palestinien » conduira à une augmentation des attaques terroristes contre les citoyens israéliens.

« Nous nous retrouverons à nouveau avec des bus qui explosent et la terreur dans tout le pays », a estimé Smotrich.

La ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked (HaBayit HaYehudi) a déclaré que le Premier ministre Yair Lapid avait tort lorsqu’il a déclaré à l’Assemblée générale des Nations Unies que la plupart des Israéliens étaient favorables à une solution à deux États.

« La plupart des Israéliens s’opposent à un État palestinien », a-t-elle déclaré à la Treizième chaîne.
Shaked a suggéré que les commentaires de Lapid sur le fait qu’Israël conditionne la création d’un État au pacifisme de l’État palestinien « expliquent pourquoi cela ne fonctionne pas ».

Elle ajoute que sa décision de critiquer le Premier ministre, en anglais, à propos du discours prononcé plus tôt jeudi était « légitime » car les partis avaient convenu lors des pourparlers de coalition qu’une solution à deux États ne serait pas sur la table.

La cheffe du Meretz, Zehava Galon, s’exprime devant ses partisans après l’annonce des résultats des primaires du parti de gauche à Tel Aviv, le 23 août 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

La chef du parti de gauche Meretz, Zehava Galon, a écrit que les propos de Lapid en faveur d’un État palestinien étaient « historiques ». « Enfin, la vision de la paix est à l’ordre du jour », a tweeté le dirigeant de gauche.

« Pour mettre fin au cycle des effusions de sang, pour mettre fin au contrôle sur des millions de Palestiniens et à des années de douleur et de deuil des deux côtés. »

L’ambassadeur américain Tom Nides interviewé par le Times of Israel à l’ambassade américaine à Jérusalem, le 7 janvier 2022. (Crédit : David Azagury/ambassade des États-Unis)

L’ambassadeur des États-Unis en Israël, Tom Nides, a lui qualifié la décision de Lapid d’exprimer son soutien à une solution à deux États dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations Unies, de « courageuse ».

« La coexistence pacifique n’est qu’une voie à suivre. Comme POTUS l’a exhorté ici en juillet, « deux peuples, avec des racines profondes et anciennes dans cette terre, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité », a tweeté Nides.

« Le statu quo insoutenable et qui se détériore rapidement rend encore plus vital pour les dirigeants israéliens de se réengager en faveur de la solution à deux États, de prendre des mesures concrètes pour en faire une réalité et d’exposer les véritables enjeux pour les électeurs israéliens avant le scrutin du pays en novembre », a déclaré l’organisation juive américaine de gauche J Street. « Le discours du Premier ministre Lapid aujourd’hui a été un pas important dans la bonne direction. »

Le discours avait fuité dans la journée et les réactions n’étaient pas différentes. Le Premier ministre d’alternance, Naftali Bennett, qui fait une pause dans sa carrière politique mais qui reste membre du cabinet, avait écrit « qu’il n’y a aucune logique, aucun espace disponible pour faire émerger une nouvelle fois l’idée d’un État palestinien ».

« Nous sommes en 2022, pas en 1993 », avait ajouté Bennett, se référant à la période de la signature des accords d’Oslo entre Israël et les Palestiniens. « Même les vrais amis d’Israël n’attendent pas de nous que nous compromettions notre sécurité. Il n’y a pas de raison pour que nous nous portions volontaire à une telle compromission », avait-il ajouté, notant « qu’il n’y a pas de place pour un autre pays entre la Jordanie et la mer Méditerranée ».

Le Premier ministre Yair Lapid, à droite, et le Premier ministre suppléant Naftali Bennett lors d’une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 31 juillet 2022. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool)

Bennett avait été Premier ministre du mois de juin 2021 jusqu’au mois de juin de cette année. Au cours de cette période, il avait promis de ne jamais rencontrer le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas, tandis que Lapid n’avait pas exclu de son côté la possibilité d’un tel entretien. Lapid est devenu Premier ministre dans le cadre d’un accord de rotation avec Bennett, un accord qui est entré en vigueur quand le gouvernement s’est effondré et que de nouvelles élections ont été décidées. Elles sont prévues le 1er novembre prochain.

La ministre de l’Environnement, Tamar Zandberg, qui appartient au parti du Meretz de gauche, a indiqué que Lapid menait « la bonne démarche » et qu’Israël « doit prendre la tête de cette initiative et retourner chaque pierre » jusqu’à ce qu’un accord soit conclu.

Mossi Raz, lui aussi du Meretz, a fait part de son soutien à la déclaration attendue de Lapid « en faveur de la paix et de la solution à deux États, qui mettra un terme au cycle des effusions de sang ». Raz a appelé Lapid dans cette publication parue sur Twitter à faire un premier pas dans cet objectif en rencontrant Abbas.

La ministre de l’Environnement, Tamar Zandberg participant à une discussion sur la violence dans la société arabe, le 23 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

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