Retour sur les funérailles d’Amos Oz
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"Tu n'avais pas peur d'être qualifié de traître"

Retour sur les funérailles d’Amos Oz

La cérémonie était diffusée en direct à la télévision, chose rare en Israël pour l'enterrement d'un écrivain ; Mahmoud Abbas a écrit une lettre de condoléances lue par Oded Kotler

Le président israélien Reuven Rivlin prononce un discours lors d'une cérémonie à la mémoire de l'écrivain israélien Amos Oz, décédée le 31 décembre 2018 à Tel Aviv. (Crédit : Jack GUEZ / AFP)
Le président israélien Reuven Rivlin prononce un discours lors d'une cérémonie à la mémoire de l'écrivain israélien Amos Oz, décédée le 31 décembre 2018 à Tel Aviv. (Crédit : Jack GUEZ / AFP)

Le président Reuven Rivlin a rendu hommage lundi à l’auteur et militant de la paix israélien Amos Oz, décédé vendredi à l’âge de 79 ans des suites d’un cancer, lors d’une cérémonie hommage organisée en amont de son enterrement prévu plus tard dans la journée.

Une foule s’est massée pour entrer dans un petit théâtre du centre de Tel-Aviv. Des membres de la famille, des hommes politiques, et des Israéliens émus par l’œuvre et l’action d’Amos Oz se sont lentement succédés devant le cercueil noir avant le début de la cérémonie. Celle-ci était diffusée en direct à la télévision, chose rare en Israël pour l’enterrement d’un écrivain.

Amos Oz avait « la capacité de voir profondément les choses de l’intérieur, tout en gardant un pied à l’extérieur », a déclaré M. Rivlin.

« Notre très cher Amos. Je n’arrive toujours pas à choisir les mots », a déclaré Rivlin lors de l’hommage rendu dans un petit théâtre du centre de Tel Aviv. « Deux jours jours se sont écoulés et je ne sais toujours pas de qui parler – mon Amos ou notre Amos ? »

« Amos, mon ami des bancs du lycée de Jérusalem, que tu n’aimais pas trop. Amos mon voisin, le garçon qui ne jouait pas au foot. Mais quand j’ai eu la grippe, il est venu me rendre visite et m’a expliqué pendant trois heures la différence entre sionisme politique et sionisme mystique. Trois heures alors que nous n’avions que 14 ans – vous imaginez le mal de tête qu’il m’a donné. »

Également poète et essayiste, Amos Oz est né à Jérusalem le 4 mai 1939 dans une famille d’origine russe et polonaise.

Rivlin s’est également attardé sur l’influence de l’œuvre d’Oz sur la société israélienne et sur l’émotion qu’il suscitait aux lecteurs grâce à ses descriptions d’une vie qui leur paraissait si familière. « Quand Amos parle d’amour et de ténèbres, il parle de moi. Je suis là en filigrane. Car, Amos, non seulement tu m’écrivais mais tu écrivais aussi sur moi. »

Son roman autobiographique Une histoire d’amour et de ténèbres, publié en France en 2004, a été salué dans le monde comme un événement majeur de la littérature contemporaine. Le livre a été porté à l’écran en 2015 par Natalie Portman qui y joue le rôle de la mère du jeune Amos.

« Grâce à ton courage, ton regard – les plus intérieurs et extérieurs qui soient. Pour moi et pour beaucoup, tu as mis la lumière sur la réalité de nos vies ici », s’est ému Rivlin. « Parce que ton écriture était si personnelle et universelle à la fois, tu avais réussi à raconter notre histoire bien au-delà de notre petit Israël », a dit M. Rivlin dans son éloge funèbre.

« Ton empreinte la plus unique était ta capacité à voir les choses en profondeur, mais aussi un peu de l’extérieur », a ajouté le président.

L’acteur israélien Oded Kotler, qui a joué dans l’adaptation cinématographique d’un des premiers romans d’Amos Oz, a ensuite lu une lettre de condoléances écrite par le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas, provoquant les applaudissements des personnes présentes.

Abbas envoie un message de condoléances à l’épouse d’Amos Oz

Abbas a salué Oz comme « un défenseur des justes causes » et « un défenseur de la paix ». Abbas a fait ces remarques au sujet d’Oz dans une lettre que des membres du Comité pour l’interaction avec la société israélienne de l’Organisation de libération de la Palestine ont adressée à la famille de l’auteur lors d’une cérémonie commémorative à Tel Aviv aujourd’hui.

« C’est avec une grande tristesse que nous avons appris la nouvelle de la mort de l’excellent écrivain et penseur Amos Oz », a écrit Abbas dans sa lettre, ajoutant que l’auteur israélien était « un défenseur des justes causes et un défenseur de la paix et d’une vie digne ».

Ziad Darwish, membre du comité de l’OLP et cousin du poète palestinien Mahmoud Darwish, dit avoir remis la lettre et sa traduction en hébreu à Nily Zuckerman, la femme de Oz, au cours du service funéraire.

Abbas a aussi écrit : « Avec son décès, nous vous présentons nos condoléances, à vous tous et à ceux qui l’ont aimé. Nous prions pour que Dieu apporte la paix et la tranquillité à son âme. »

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas préside une rencontre du comité exécutif de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) au siège de l’Autorité palestinienne dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 28 juillet 2018. (Crédit : ABBAS MOMANI/AFP)

La mort d’Amos Oz a suscité de nombreux hommages à travers le monde, notamment celui de son confrère, l’auteur israélien David Grossman, qui a célébré sa « grandeur », ainsi que « sa générosité, sa chaleur et sa sagesse ».

« Non seulement tu n’avais pas peur de faire partie d’une minorité et d’avoir un avis minoritaire, mais tu ne craignais pas non plus d’être qualifié de traître, » poursuit-il sur l’écrivain à contre-courant, qui s’est souvent opposé à l’establishment. « Au contraire, pour toi, ce mot était un honneur. »

Ces dernières années, sa voix s’était élevée contre la politique de droite favorable à la construction dans les implantations, boycottant les événements officiels organisés par Israël à l’étranger pour protester contre l’ « extrémisme croissant » du gouvernement de M. Netanyahu. Il dénonçait également les discours prônant la destruction d’Israël.

Le dernier ouvrage d’Amos Oz, Judas, paru en français en 2016, explore la figure du traître, qualificatif dont Amos Oz a été affublé pour ses positions politiques. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, en visite au Brésil, a néanmoins salué l’écrivain disparu, « l’un de nos géants littéraires ». « Nous nous souviendrons toujours de sa contribution à la littérature hébraïque et à l’hébreu comme langage », a-t-il déclaré.

Les œuvres du romancier, qui explorent les êtres et leurs relations souvent complexes, ont été traduites dans plus de 30 langues. Lauréat du prestigieux prix Goethe 2005 en Allemagne, il a aussi reçu le prix d’Israël de littérature en 1998, le prix Méditerranée (étranger) en 2010 et le prix Franz Kafka en 2013.

Yona Kranz, 74 ans, se souvient très bien de la première fois où il a rencontré Amos Oz. L’auteur s’était rendu dans son kibboutz pour parler de son premier livre il y a des décennies. Il est venu de Givatayim (centre) pour faire ses adieux à Oz car « il incarnait parfaitement le mythe d’un Israël qui aurait pu exister et qui n’a peut-être pas existé, mais j’adorais ce mythe. »

« Si les sionistes existent vraiment, je pense qu’il en était un, » a ajouté Kranz. Les funérailles de l’auteur ont lieu à 15 h au kibboutz Hulda, où il a grandi après le suicide de sa mère.

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