Retrait de la proposition de loi sur le ‘Dreyfus’ portugais
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Retrait de la proposition de loi sur le ‘Dreyfus’ portugais

La communauté juive dénonce le texte visant à réinstaurer Barros Basto dans les rangs de l'armée portugaise

Le capitaine juif de l'armée  portugaise, Arthur Carlos Barros Basto, (Crédit : Domaine Public / Wikipedia)
Le capitaine juif de l'armée portugaise, Arthur Carlos Barros Basto, (Crédit : Domaine Public / Wikipedia)

LISBONNE – La communauté juive de Porto, dans le nord du Portugal, a fait annuler une proposition de loi visant à réintégrer un capitaine de l’armée qui avait été renvoyé et calomnié car il avait tendu la main à des descendants de Juifs pour former une communauté juive.

Les législateurs, qui ont présenté la proposition de loi pour réhabiliter Arthur Carlos Barros Basto, l’ont retiré plus tôt ce mois-ci avant un vote à l’Assemblée nationale après que la communauté juive s’est plainte du fait que le texte était discriminatoire.

Le proposition de loi n’est pas rédigée en des termes permettant de clore l’affaire Barro Basto, ont affirmé la communauté et certains de ses descendants, car elle ne proposait aucune des compensations financières accordées aux officiers non-juifs qui avaient été réintégrés suite à la persécution subie sous la dictature pro-fasciste d’Antonio de Oliveira Salazar.

« Contrairement à la loi générale du territoire, applicable à tous les cas de ré-intégration », a récemment écrit la communauté aux membres du Parlement, « cette loi spéciale exclut de manière déplorable et scandaleuse un Juif et sa famille ».

En 1930 au Portugal, à l’époque où le régime de Salazar imposait le conservatisme catholique et le nationalisme, Barro Basto s’est fait de puissants ennemis en raison de ses efforts visant à établir une communauté juive composée des descendants Anusim – des juifs qui avaient été contraints de renoncer à leur foi pour échapper à la persécution religieuse due à l’Inquisition portugaise en vigueur au 16e siècle.

En 1937, accusé à tort d’abuser sexuellement des hommes qu’il circoncisait, il a été exclu de l’armée pour cause d’indignité, où il avait servi avec distinction. Il est mort en 1961.

Le ministère de la Défense portugais a refusé de réintégrer Barro Basto ainsi que d’autres personnes persécutées en 1974, quand la dictature de Salazar a été renversée.

Mais en 2012, l’Assemblée nationale a adopté une résolution déclarant que sa carrière dans l’armée a été interrompue « en raison d’un climat d’animosité générique » motivé par « le fait qu’il était Juif ».

L’année suivante, l’armée avait déclaré que son grade de colonel pourrait être rétroactivement rétabli. Mais le ministère de la Défense n’a jamais mis en œuvre cette décision en raison des règles qui auraient permis à sa famille d’obtenir une rémunération financière pour les salaires et les allocations non perçus en raison de l’injustice qui lui avait été causée.

La communauté se réfère à Porto Barros Basto sous le nom d’ « Alfred Dreyfus portugais » – une référence au capitaine de l’armée française qui a été condamné, de manière injustifiée, pour trahison et qui a donné naissance au sionisme moderne.

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