Rivlin se rend en « urgence » chez un éminent rabbin haredi
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Rivlin se rend en « urgence » chez un éminent rabbin haredi

Plusieurs importants rabbins ont demandé au public ultra-orthodoxe de se soumettre aux règles du confinement pendant la fête de Souccot sur fond de craintes d'une rébellion

Le président Reuven Rivlin, à gauche, se rend chez le rabbin  Shalom Cohen, à droite, le 1er octobre 2020 (Crédit : Koby Gideon/ GPO)
Le président Reuven Rivlin, à gauche, se rend chez le rabbin Shalom Cohen, à droite, le 1er octobre 2020 (Crédit : Koby Gideon/ GPO)

Le président Reuven Rivlin a effectué une visite « d’urgence » chez un important rabbin ultra-orthodoxe, lui recommandant vivement d’encourager ses fidèles à obéir aux restrictions mises en place dans le cadre de la lutte contre le COVID-19.

Ces communautés sont particulièrement éprouvées par le virus en Israël.

La visite de Rivlin chez le rabbin Shalom Cohen a eu lieu alors qu’un certain nombre de rabbins respectés de la communauté ont répété leurs appels à se soumettre aux limitations qui ont été mises en vigueur pour tenter d’entraver l’épidémie de coronavirus. Les ultra-orthodoxes représentent aujourd’hui une population disproportionnellement touchée par la maladie – ils comptent pour environ 40 % des nouveaux cas, selon des chiffres rendus publics jeudi.

Les haredim représentent seulement approximativement 10 % de la population israélienne.

Rivlin a déclaré à Cohen – à la tête du conseil séfarade du Shas – que les restrictions honoraient le commandement biblique portant sur la nécessité de sauver des vies et qu’elles n’étaient d’aucune manière « une tentative de forcer qui que ce soit à agir contre ses croyances ».

Selon un communiqué émis par le bureau de Rivlin, après cette « visite d’urgence », le président et Cohen ont « émis un appel public conjoint à lutter contre le coronavirus en s’appuyant sur le sens de la responsabilité mutuelle et sur l’abjuration totale des incitations ».

Les critiques visant les ultra-orthodoxes sont croissantes – avec de nombreuses informations laissant entendre que certains ne respecteraient pas les restrictions du confinement pendant cette saison de fêtes et notamment en continuant à se rendre à des rassemblements massifs. Des images diffusées à la télévision ont montré la construction, dans le quartier Mea Sharim de Jérusalem, qui est majoritairement ultra-orthodoxe, de grandes souccot susceptibles d’accueillir des centaines de personnes.

La fête de Souccot commencera vendredi soir.

« Que Dieu nous préserve de ce qu’à cause de cette maladie terrible, une haine sans fondement n’en vienne à se développer », a déclaré Rivlin à Cohen.

Le président a aussi demandé à l’éminent rabbin de « prier pour les Israéliens en ces temps difficiles et d’encourager ses élèves, ainsi que tous ceux qui viennent à lui, à rechercher et à trouver l’esprit de la responsabilité et de l’obligation mutuelles », a continué le communiqué.

Cohen a expliqué à Rivlin nourrir un sentiment de responsabilité et d’amour pour les Israéliens, indépendamment de leurs ethnies respectives, a continué le communiqué.

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, qui dirige le parti politique Shas, a nié que les taux de contamination élevés au sein de la communauté puissent résulter du manque de respect des règles qui ont été mises en place.

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri à la Knesset, le 3 mars 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Deri a indiqué à la Douzième chaîne que la plupart des nouveaux cas, chez les haredim, touchaient les jeunes parce qu’ils allaient se faire tester, affirmant que les jeunes issus des communautés laïques n’allaient guère, pour leur part, se faire dépister.

« Plus de 85 % des personnes testées positives dans les communautés ultra-orthodoxes, ces dernières semaines, étaient âgées de moins de 25 ans. Et pourquoi ont-elles découvert qu’elles ont été contaminées ? Parce qu’elles sont allées se faire dépister », a déclaré Deri. « Des chiffres à comparer à ceux de la population générale où les jeunes ne vont pas se soumettre à un test de dépistage, et je sais qu’ils présentent pourtant, eux aussi, un taux d’infection élevé. »

« Je me dis bien que j’ai un reproche à me faire : celui que je n’ai pas réussi, ou que je n’ai pas suffisamment œuvré à vous convaincre que la vaste majorité de la population haredi, presque toute, suit les règles et même davantage que d’autres communautés », a-t-il ajouté.

Jeudi également, le grand rabbin de Jérusalem, Aryeh Stern, a émis un jugement appelant le public à respecter les instructions données par le ministère de la Santé et à s’abstenir de prendre part à des rassemblements massifs pendant la fête de Souccot.

Stern a appelé les habitants de Jérusalem à prendre en compte la sécurité de leurs voisins.

« Si nous agissons de manière unie, en partageant le fardeau, avec un esprit de solidarité, alors je suis absolument sûr que le Seigneur mettra un terme rapide à cette situation malheureuse », a-t-il écrit.

Le rabbin Chaim Kanievsky, testé positif aujourd’hui, et le rabbin Gershon Edelstein, leaders de la communauté ultra-orthodoxe d’origine lituanienne en Israël – ils comptent des centaines de milliers de fidèles – ont également appelé mercredi ces derniers à favoriser les prières en plein air.

Le rabbin Chaim Kanievsky (devant à droite) et le rabbin Gershon Edelstein (devant à gauche) lors d’un rassemblement du parti YaHadout HaTorah, le 25 octobre 2018. (Crédit : Aharon Krohn/Flash90)

Un courrier rédigé par les deux hommes, qui a été rendu public par le ministère de la Santé, a ainsi demandé aux responsables des synagogues « de faire tout ce qui sera possible pour permettre les prières en plein air ».

La missive n’a toutefois pas réclamé la fermeture des synagogues.

Kanievsky avait été critiqué pour sa manière d’appréhender la crise au début de la pandémie.

Il avait fait les gros titres, le 12 mars, lorsqu’il avait insisté pour que les yeshivot et les écoles restent ouvertes malgré les appels du gouvernement qui voulait les faire fermer, prenant ainsi ouvertement le contrepied du bureau du Premier ministre et de la police israélienne. Il avait émis un avis statuant que « l’abandon de l’étude de la Torah est plus dangereuse que le coronavirus ».

Mais tous les rabbins ne pressent pas leurs fidèles à se conformer aux règles mises en vigueur.

Le rabbin Moshe Sternbuch, chef des tribunaux rabbiniques de la communauté antisioniste Edah Haredit, a déclaré jeudi à ses fidèles : « Ne craignez pas les autorités, les synagogues doivent rester ouvertes. Ne craignez pas les arrestations : au contraire, je suis prêt moi-même à me faire arrêter » – des propos repris par la chaîne Kan.

Pour sa part, le directeur-général du ministère de la Santé, Chezy Levy, a averti que certains groupes marginaux, au sein des communautés haredim, tentaient de se faire délibérément contaminer par le virus, tentant de créer une « immunité de groupe » au sein de leurs populations, selon la Douzième chaîne.

Des Souccot dans le quartier de Nachlaot, à Jérusalem, le 1er octobre 2020. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

« Ce n’est pas notre doctrine en termes de politique de santé et nous ne cherchons pas à obtenir l’immunité de groupe, avec les infections et le nombre de morts que cela entraînera. Je suis extrêmement peiné par ce comportement et c’est un moment de vérité pour la sensibilisation nécessaire ainsi que pour les responsables de la communauté », aurait déclaré Levy.

La crise chez les Haredim représente une inquiétude majeure chez les responsables de la Santé, qui attribuent la représentation disproportionnée des ultra-orthodoxes dans les nouveaux cas, au sein de l’Etat juif, aux rassemblements ayant lieu dans le cadre des fêtes, aux yeshivot bondées ainsi qu’à des conditions de vie en promiscuité.

Des informations font aussi état du non-respect des directives de la part de nombreux ultra-orthodoxes.

Pendant Souccot, qui dure une semaine, de nombreux Juifs religieux prennent leurs repas et prient dans des cabanes spécialement construites pour la fête. Ce sont habituellement des baraques rudimentaires qui sont, en général, partiellement ouvertes sur l’extérieur, avec des toits poreux conçus à l’aide de végétaux et des ouvertures pour les portes et les fenêtres.

Un grand nombre de mouvements haredim construisent de grandes cabanes pour y accueillir des repas communautaires et autres. Certaines peuvent héberger des milliers de personnes.

La Treizième chaîne a fait savoir, jeudi soir, que le confinement avait entraîné une rébellion dans certaines franges de la communauté. Certains membres prévoient de continuer les fêtes comme prévu et des dizaines de vastes souccot, qui peuvent accueillir des centaines de personnes, ont été construites dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Sharim, à Jérusalem.

Une large soucca dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Sharim à Jérusalem, le 1er octobre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un résident de Mea Sharim a déclaré devant les caméras de la Douzième chaîne que « ceux qui vivent ici iront prier dans les synagogues comme d’habitude – mais seulement ceux qui résident dans le secteur, pas les gens qui viennent de l’extérieur. Mais la majorité, ici, a déjà été malade et a guéri – on ne comprend donc pas pourquoi on n’a pas le droit de se regrouper. La police ne nous fait pas peur ».

« On paiera l’amende de 50 000 shekels, c’est tout », s’est-il exclamé.

De plus, un important marché qui permettait d’acheter les quatre espèces végétales utilisées pendant la fête a été organisé dans le quartier Gueula de Jérusalem dans la journée de mercredi, a indiqué le quotidien Yedioth Ahronoth. De tels marchés – habituels avant la fête – ont été interdits cette année par le gouvernement.

Le ministère de la Santé a émis une série de règles complexes, jeudi, en lien avec la fête de Souccot, qui commence vendredi soir. Ces règles autorisent notamment de petits rassemblements dans les huttes traditionnellement érigées pendant cette période.

Israël est soumis à un confinement national alors que la deuxième vague de l’épidémie de coronavirus semble devenir de plus en plus incontrôlable. Les autorités de la santé craignent que les regroupements, pendant les fêtes, n’aident le virus à se propager davantage. Les régulations limitent les rassemblements en espace clos à dix personnes et les rassemblements en plein air à vingt – notamment pour la prière et pour les manifestations.

Les Israéliens ont aussi l’interdiction d’accueillir chez eux des membres de leurs familles ne vivant pas dans leur foyer.

Le gouvernement a été critiqué de manière répétée pour avoir adopté des mesures confuses, contradictoires et changeantes dans ses efforts de lutte contre la pandémie.

Des ultra-orthodoxes construisent une soucca dans le quartier Mea Sharim de Jérusalem, le 1er octobre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un responsable de la police a indiqué à la Douzième chaîne, jeudi, que la police ne serait pas en capacité de démanteler toutes les cabanes contrevenant aux directives et que la responsabilité de se conformer aux régulations relevait du public.

Les forces de l’ordre ont déclaré que si elles n’avaient pas l’intention d’entrer dans des souccot privées et de contrôler les éventuels contrevenants, elles afficheront une tolérance zéro à l’égard des importantes huttes conçues pour accueillir de nombreuses personnes.

Des Juifs ultra-orthodoxes parmi des branches de palmier pour la prochaine fête de Souccot dans le quartier de Mea Sharim à Jérusalem, le 30 septembre 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Les ministres ont approuvé le principe d’amendes à hauteur de 500 shekels pour toute personne surprise dans une soucca ne lui appartenant pas. Il est difficile de dire si le propriétaire de la soucca écopera lui-même d’une amende, ou la manière dont la règle s’appliquera aux baraques communautaires.

Jeudi matin, une affiche de campagne partagée sur les réseaux sociaux par le parti du Meretz de gauche a accusé les politiciens ultra-orthodoxes d’avoir « du sang sur les mains ». La publication a été rapidement supprimée.

L’affiche, sur laquelle figuraient Deri ainsi que le leader de Yahadout HaTorah, Yaakov Litzman, voulait critiquer la gestion par les deux hommes de la crise du coronavirus au sein de la communauté ultra-orthodoxe.

Elle a été condamnée par Yair Lapid, leader de l’opposition, qui l’a qualifiée « d’insupportable et illégitime ».

Après une hausse massive des cas de coronavirus, l’Etat juif est entré, le 18 septembre, dans son deuxième confinement national. Dans ce cadre, la majorité des commerces et des entreprises ont été fermés et la plus grande partie des Israéliens sont sommés de rester dans un périmètre d’un kilomètre autour de leurs habitations – sauf pour répondre à des besoins essentiels, comme acheter des produits alimentaires et des médicaments.

Ce confinement restera en vigueur jusqu’au 14 octobre.

Jeudi soir, le ministère de la Santé a annoncé que 9 015 nouveaux cas de coronavirus avaient été confirmés dans la journée, avec environ 70 000 tests de dépistage réalisés. C’est la première fois que le chiffre des nouveaux cas dépasse les 9 000, même si certains relèveraient d’un retard entraîné par Yom Kippour – fête pendant laquelle les tests de dépistage ont été largement revus à la baisse et où les laboratoires étaient fermés.

Le bilan des décès s’élevait, jeudi soir, à 1 622 – ce qui signifie que 70 personnes ont succombé des suites du COVID-19 depuis mercredi soir.

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