Un début des fêtes marqué par un nouveau confinement
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Un début des fêtes marqué par un nouveau confinement

7 000 policiers et soldats vont faire appliquer ce confinement controversé qui a commencé à 14h vendredi et qui doit durer au moins trois semaines

  • Des Juifs ultra-orthodoxes portent le masque pendant la prière du matin dans une synagogue agrémentée de séparations en plastique, à Bnei Brak, en Israël, le 18 septembre 2020 (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)
    Des Juifs ultra-orthodoxes portent le masque pendant la prière du matin dans une synagogue agrémentée de séparations en plastique, à Bnei Brak, en Israël, le 18 septembre 2020 (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)
  • La salle vide d'une école élémentaire avant le nouveau confinement national pour stopper la propagation de l'épidémie de coronavirus à Tel Aviv, en Israël, le 17 septembre 2020 (Crédit :AP Photo/Sebastian Scheiner)
    La salle vide d'une école élémentaire avant le nouveau confinement national pour stopper la propagation de l'épidémie de coronavirus à Tel Aviv, en Israël, le 17 septembre 2020 (Crédit :AP Photo/Sebastian Scheiner)
  • Des agents de la police des frontières israéliens au marché Mahane Yehuda de Jérusalem à la veille du Nouvel an juif, le 28 septembre 2020 (Crédit :   Yonatan Sindel/Flash90)
    Des agents de la police des frontières israéliens au marché Mahane Yehuda de Jérusalem à la veille du Nouvel an juif, le 28 septembre 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le nouveau confinement israélien dû au coronavirus – c’est le deuxième à être mis en œuvre cette année – est entré en vigueur à 14h, vendredi. L’Etat juif est le premier, parmi les pays développés, à imposer une fermeture générale pour la seconde fois pour tenter d’enrayer la propagation du coronavirus.

Ce confinement de trois semaines a commencé quelques heures avant Rosh HaShana, le Nouvel an juif, et il englobera toutes les autres fêtes religieuses, y compris Yom Kippour et Souccot.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré, avant le confinement, que le gouvernement n’avait pas eu d’autre choix que de fermer à nouveau le pays et son économie.

« Le système de santé a levé le drapeau rouge… Nous avons tout fait pour atteindre l’équilibre entre les nécessités sanitaires et les nécessités d’ordre économique », a-t-il déclaré jeudi lors d’un discours télévisé.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans une école de Jérusalem avant l’ouverture de l’année scolaire, le 25 août 2020. (Marc Israel Sellem/Pool/AFP)

Tandis que le gouvernement avait été salué pour sa prise en charge initiale de la pandémie en imposant un confinement strict dès le mois de mars, de nombreux Israéliens ont depuis exprimé leur frustration face à ce qu’ils ont estimé être une mauvaise gestion de la crise sanitaire par le gouvernement, ces derniers mois.

« Il est impossible de fermer un pays », affirmait ainsi un gros titre publié vendredi dans un journal israélien très populaire, le Yedioth Ahronoth, qui a présenté des entretiens avec des médecins, économistes et enseignants défavorables au nouveau confinement.

Erez Berenbaum, directeur de l’hôpital Assuta, dans la ville côtière d’Ashdod, a ainsi estimé que « le manque de clarté dans les instructions allait entraîner la défiance parmi les citoyens ».

À la veille du confinement, les autorités étaient encore en train de discuter de ses détails – avec une règle exigeant des Israéliens qu’ils restent dans un périmètre de 500 mètres de leurs habitations qui a été assouplie en autorisant les citoyens à se déplacer à un kilomètre de leur domicile.

Au cours du premier confinement, interdiction avait été faite aux citoyens de s’éloigner de plus de cent mètres de leur logement.

Il y a de nombreuses exceptions faites à ces nouvelles directives et, notamment, pour les personnes allant acheter des produits alimentaires ou des médicaments ou pour celles qui se rendent à des funérailles ou à une cérémonie de circoncision.

Environ 7 000 policiers et soldats, soutenus par les personnels des autorités locales, seront déployés dans tout le pays pour faire respecter le confinement.

Israël est le premier pays avancé à imposer un deuxième confinement même si de nombreuses nations occidentales ont connu une recrudescence de l’épidémie de coronavirus ces dernières semaines et que certaines envisagent de mettre en place de nouvelles restrictions.

Avant le début de la fermeture totale du pays, le ministère de la Santé avait diffusé des données montrant que les taux d’infection restaient à un niveau très élevé, avec 5 238 nouveaux cas identifiés jeudi – maintenant Israël parmi les pays au sommet du classement en termes de nombre d’infections quotidiennes par tête.

Le chiffre était bien plus élevé que les 1 000 cas quotidiens que veut atteindre le ministère de la Santé avant de pouvoir envisager la levée de certaines des mesures de confinement – qui prévoient notamment, entre autres, la limitation des déplacements, la fermeture des sites de divertissement et celle du système de l’éducation israélien.

Des Israéliens, portant des masques de protection contre le coronavirus, font leurs achats au marché Mahane Yehuda à Jérusalem, le 21 juillet 2020. (Olivier Fitoussi/ Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a averti, jeudi soir, au cours d’un entretien télévisé, qu’il « pourrait n’y avoir d’autre choix que de durcir » encore davantage les contraintes.

Il a vivement recommandé « le port du masque » aux Israéliens, leur demandant aussi d’éviter les rassemblements.

« Plus on agira, moins il y aura besoin de mesures strictes », a affirmé Netanyahu. « Ces deux directives sont plus importantes que toute autre mesure que nous imposons. »

Répercussions financières et sociales

Les bars ont été pris d’assaut à Tel Aviv et à Jérusalem, jeudi soir, avant leur nouvelle fermeture.

Le gouvernement a catégorisé en zones « rouges » de nombreuses villes en raison des taux d’infection élevés dans ces localités : parmi elles, Netanya et Rishon Lezion, près de Tel Aviv, et des quartiers variés de Jérusalem – dont la Vieille Ville.

Même si les activités économiques ralentissent traditionnellement pendant les Grandes fêtes juives, nombreux sont ceux qui, en Israël, redoutent les répercussions économiques d’une deuxième fermeture du pays.

Le gouvernement de Netanyahu a tenté de mettre en place des mesures variées, ces derniers mois, pour écarter le spectre d’une fermeture totale du pays – comme des fermetures ciblant exclusivement le week-end – mais il a reculé au dernier moment de manière répétée face aux oppositions de toutes sortes.

Au début du mois, la coalition avait essayé d’imposer des confinements localisés dans les secteurs présentant des taux d’infection élevés, revenant ultérieurement sur ces mesures en les substituant par des couvre-feux nocturnes et des fermetures d’écoles après des protestations majeures.

Cela fait des semaines que des manifestations sont organisées pour dénoncer l’autorité de Netanyahu et, jeudi, des centaines d’Israéliens se sont rassemblés à Tel Aviv contre le nouveau confinement.

Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la place Habima à Tel Aviv, le 17 septembre 2020. (Miriam Alster/Flash90)

« L’économie est en chute libre, les gens perdent leur emploi, la dépression est générale », a commenté Yael, une manifestante qui a perdu son poste dans un cabinet d’architecture pendant la crise. « Et tout ça pour quel résultat ? Pour rien ! »

Ces nouvelles restrictions d’ampleur ont rencontré l’opposition du public : des Juifs religieux et ultra-orthodoxes parce qu’elles auront un impact sur les services de prière publics pendant les grandes fêtes ; des entrepreneurs en raison de la baisse du commerce et des Israéliens en général, la fermeture du système de l’éducation obligeant de nombreux parents à manquer le travail pour pouvoir s’occuper de leurs enfants.

Les critiques ont pointé du doigt une mauvaise gestion gouvernementale et des arrangements purement politiques comme étant à l’origine de la nouvelle épidémie, blâmant une réouverture du pays trop rapide au mois de mai, un échec de mesures de suivi des contacts dans le cadre de la crise, une réticence à boucler les localités particulièrement touchées par la COVID-19 au début de l’été et un manque de méthode, accompagné de directives qui ont changé en permanence et qui ont pu entraîner le trouble.

Il y a eu de nombreuses informations, ces derniers jours, qui ont laissé entendre que les responsables de la Santé doutaient du fait que le nouveau confinement de trois semaines serait susceptible de faire baisser le nombre d’infections de manière significative. Le ministre de la Santé, Yuli Edelstein, a admis jeudi que ce bouclage ne parviendrait pas seul à bloquer l’épidémie, tout en espérant qu’il pourrait au moins parvenir à stopper l’augmentation des cas.

Il y a également des inquiétudes sur le fait que le gouvernement puisse rencontrer une importante résistance, voire une rébellion dans le cadre des nouvelles mesures de la part de membres du public ayant perdu confiance dans les politiques mises en œuvre et qui seraient susceptibles d’ignorer les restrictions, et de la part des petites entreprises qui ont souffert financièrement et qui craignent aujourd’hui de ne pas survivre à une nouvelle fermeture.

Un homme sonne le shofar lors d’une prière au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 16 septembre 2020. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)

Des taux d’infection toujours plus élevés

Vendredi matin, le nombre total de personnes atteintes par le coronavirus dans le pays était de 176 933, avec 46 370 cas actifs. Le décompte d’hier était de 5 238 personnes contaminées, confirmant une tendance d’environ 5 000 nouveaux cas quotidiens qui s’est amorcée au début de la semaine dernière.

577 personnes sont dans un état grave (153 ont été placées sous respirateur) et 240 sont dans un état modéré.

Le bilan des décès reste à 1 169, alors qu’aucune nouvelle mort des suites de la COVID-19 n’a été enregistrée depuis jeudi soir.

Sur les 55 697 tests qui ont été analysés jeudi, 9,4 % sont revenus positifs.

Le confinement est le premier élément d’une stratégie en trois phases : il devrait durer au moins trois semaines – en fonction des évaluations qui seront faites de la situation – et il devrait être suivi par plusieurs semaines de limitations assouplies (avec notamment des déplacements plus libres dans les villes, sans voyages inter-cités néanmoins). Les rassemblements de 50 personnes maximum devraient être autorisés et un plus grand nombre d’employés devraient être admis sur le lieu de travail. Le retour au système dit « de signalisation » – qui définit les localités en tant que secteurs rouges, oranges ou verts – permettra, dans un troisième temps, de revenir à une prise en charge des villes sur la base du nombre d’infections.

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