Sa chaîne YouTube (re)supprimée, Dieudonné accuse des « pressions israéliennes »
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Sa chaîne YouTube (re)supprimée, Dieudonné accuse des « pressions israéliennes »

En cause ? Des "enfreintes répétées du règlement" et des signalements, notamment de l'UEJF ; Il est suivi par 150 000 personnes sur Twitter et 1,2 million sur Facebook

Dieudonné M'Bala M'Bala, dans une récente vidéo mettant en scène Simone Veil et le négationniste Robert Faurisson, devant des portraits de ce dernier et du maréchal Pétain. (Crédit : capture d’écran YouTube / Dieudonné Officiel)
Dieudonné M'Bala M'Bala, dans une récente vidéo mettant en scène Simone Veil et le négationniste Robert Faurisson, devant des portraits de ce dernier et du maréchal Pétain. (Crédit : capture d’écran YouTube / Dieudonné Officiel)

La chaine YouTube de Dieudonné, condamné à plusieurs reprises pour antisémitisme, a été suspendue ce lundi, a annoncé Google France. Elle comptait environ 400 000 abonnés.

Selon l’UEJF, qui a rapporté l’information sur ses réseaux sociaux, cette suspension « fait suite à [son] action et [celle] de ses partenaires antiracistes qui combattent depuis des années, au jour le jour, la propagation des idées racistes, antisémites et négationnistes du pseudo humoriste ».

« Après de multiples condamnations judiciaires, cette clôture est une victoire qui retire à Dieudonné son principal canal d’influence », a ajouté l’association. « Pour rappel, ce sont, ces derniers mois, des dizaines de vidéos antisémites, diffamatoires et menaçant directement l’UEJF et ses militants que nous avions signalées à YouTube. Cette fermeture nous confirme qu’une lutte efficace contre la haine et contre les prêcheurs de haines sur Internet passe systématiquement par la responsabilisation des plateformes. »

« Cette décision marque une avancée majeure dans la lutte contre la haine sur Internet », a ajouté Noémie Madar, présidente de l’UEJF. « Les centaines de milliers d’abonnés de Dieudonné se retrouvent orphelins de leur prêcheur de haine sur YouTube, et c’est tant mieux. Les autres acteurs d’Internet n’ont maintenant plus aucune excuse, à Twitter et Facebook de prendre également leurs responsabilités. » Des réseaux sur lesquels Dieudonné compte respectivement 150 000 et 1,2 million d’abonnés.

Le compte Youtube de Dieudonné a enfin été supprimé! Aujourd'hui, 29 juin 2020, le compte YouTube du prêcheur de haine…

פורסם על ידי ‏‎Union des Etudiants Juifs de France [ UEJF ]‎‏ ב- יום שני, 29 ביוני 2020

Interrogé par BFM Tech, YouTube a confirmé que cette suppression faisait suite à des « enfreintes répétées du règlement de la communauté de la plateforme ».

Google France, la maison-mère de la plateforme de vidéos en ligne, rappelle également que YouTube « a renforcé ses règlements sur le ‘hate speech’ (discours haineux, NDLR) en juin de l’année dernière », et vient de supprimer plusieurs milliers de chaînes de suprémacistes blancs aux Etats-Unis – dont celles d’American Renaissance (et AmRenPodcasts), de NPI/RADIX (et rpspencer, de Richard Spencer, un militant néo-nazi), de Stefan Molyneux et de David Duke, connu pour avoir dirigé le Ku Klux Klan.

Suite à la fermeture de sa page, Dieudonné a dénoncé sur sa page Facebook des « pressions israéliennes nous rappelant les autodafés des heures les plus sombres de l’Histoire ». Son post a été liké plus de 4 300 fois, et partagé par près de 700 comptes.

Noémie Madar a condamné le « déferlement qui s’abat sur nos réseaux depuis hier » suite à la décision de YouTube, « preuve supplémentaire de la haine antisémite de Dieudonné et de la fachosphère violente et haineuse qu’il charrie avec lui ».

La disparition de la chaîne de Dieudonné « est une excellente nouvelle », a quant à lui réagi auprès de l’AFP Frédéric Potier, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah). « Cette fermeture fait suite aux très nombreux signalements effectuées par la Dilcrah, tant au procureur de la République qu’aux plateformes elles-mêmes. »

Récemment, Dieudonné s’était illustré dans une vidéo publiée sur YouTube mettant en scène Simone Veil et le négationniste Robert Faurisson, déclenchant une plainte du CRIF.

Sa chaine YouTube précédente, « iamdieudo », avait déjà été supprimée en 2014 pour « des cas graves ou répétés de non-respect du règlement de la communauté et/ou des réclamations pour atteinte aux droits d’auteur », indiquait le site.

Cette précédente suppression faisait suite à la publication quelques jours plus tôt d’une vidéo dans laquelle Dieudonné se moquait de la décapitation du journaliste américain James Foley par l’organisation Etat islamique – le parquet de Paris avait alors ouvert une enquête préliminaire pour « apologie d’actes de terrorisme ».

Il avait alors annoncé le lancement de sa chaine sur la plateforme russe RuTube – sa page a depuis également été supprimée.

La semaine dernière, Dieudonné était jugé en correctionnelle à Chartres pour des propos racistes et antisémites qu’il aurait tenus en juin 2017, dans le cadre de son spectacle du « bal des quenelles », à son domicile de Saint-Lubin-de-la-Haye (Eure-et-Loir). Le jugement a été mis en délibéré au 10 septembre. Il encourt une peine maximale d’un an de prison et 45 000 euros d’amende.

En début d’année, il avait été entendu par le parquet de Genève pour des propos négationnistes qu’il aurait tenus lors de spectacles en Suisse. Sa convocation faisait suite à diverses plaintes déposées par la Coordination intercommunautaire suisse contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad), qui accuse Dieudonné d’avoir tenu des « propos négationnistes sur les chambres à gaz » lors de ses spectacles à Nyon en janvier 2019 et à Genève en juin 2019.

Il a déjà été condamné à plusieurs reprises pour antisémitisme. Sa dernière condamnation remonte à novembre 2019. Il était poursuivi pour la publication d’une chanson intitulée « C’est mon choaaa » dont les paroles renvoient à la Shoah. Il a été condamné à 9 000 euros d’amende qui pouvait se transformer en emprisonnement en cas de non-paiement, pour complicité d’injure à caractère antisémite. Sept associations antiracistes s’étaient portées parties civiles.

Le polémiste de 53 ans avait nié être le chanteur et l’auteur de cette chanson, écrite, selon lui, par un détenu dans le cadre d’un « atelier de chanson potache » en prison.

Il était également jugé pour appel illicite aux dons, ayant publié un message en amorce de la vidéo appelant à la partager « en masse (…) afin de lui permettre de payer son amende » dans le cadre de sa condamnation pour sa chanson « Shoah nanas ». Le tribunal l’avait relaxé sur ce point.

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