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Interview

Saar : Seuls les Iraniens peuvent renverser le régime, mais ils ont besoin d’aide

Selon le ministre des Affaires étrangères, les programmes nucléaires et balistiques sont "gravement endommagés" ; Washington est aussi déterminé à gagner qu’Israël ; le Hezbollah reste une menace

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar tenant une conférence de presse, au ministère des Affaires étrangères, à Jérusalem, le 22 mai 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar tenant une conférence de presse, au ministère des Affaires étrangères, à Jérusalem, le 22 mai 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Israël ne peut à lui seul renverser le régime iranien, a déclaré mercredi le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar au Times of Israel, précisant que le peuple iranien aurait besoin d’un soutien extérieur pour renverser la République islamique.

« Au final, nous ne pouvons pas renverser le régime, seul le peuple iranien le peut », a affirmé Saar. « Mais il faut aussi reconnaître que sans soutien extérieur, il n’a aucune chance d’y parvenir. »

Les États-Unis et Israël ont lancé une campagne de bombardements contre le régime de Téhéran le 28 février, à la suite d’un renforcement massif de la présence militaire américaine dans la région et des menaces répétées de Trump de frapper l’Iran, d’abord en réponse à la répression sanglante de manifestants anti-régime en janvier, puis plus récemment en raison de son programme nucléaire.

Dans plusieurs messages vidéo adressés à la population iranienne, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a répété que le moment était bientôt venu pour elle de se soulever contre le régime. Mardi, il a écrit sur X qu’Israël allait dans les jours à venir « créer les conditions pour que vous puissiez prendre votre destin en main ».

« Lorsque le moment sera venu, et ce moment approche à grands pas, nous vous passerons le flambeau », a-t-il ajouté.

Saar a indiqué que, bien que le changement de régime ne soit pas un objectif de guerre explicite, « nous sommes arrivés à la conclusion qu’il fallait tout mettre en œuvre pour créer les conditions permettant un changement de régime, non pas par nos mains, mais par celles du peuple iranien ».

Un manifestant masqué tenant une photo du prince héritier iranien Reza Pahlavi lors d’une manifestation, à Téhéran, en Iran, le 9 janvier 2026. (Crédit : Capture d’écran/UGC via AP)

La plus importante de ces conditions, a expliqué Saar, est « l’affaiblissement spectaculaire des mécanismes de répression du régime iranien ». Il a précisé qu’Israël ciblait les bases, les quartiers généraux et les sites de commandement et de contrôle du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), « de manière à ce qu’à la fin de la campagne, ceux-ci soient suffisamment affaiblis pour que ce changement puisse éventuellement être mis en œuvre ».

À l’heure actuelle, le régime iranien continue de menacer de violences extrêmes tout manifestant potentiel. Mardi, le chef de la police du pays a averti que quiconque manifesterait en soutien aux adversaires de Téhéran serait traité comme un ennemi de l’État.

Le chef de la police iranienne, le général Ahmad-Reza Radan, assiste à un défilé militaire marquant la journée annuelle de l’armée iranienne dans la capitale, Téhéran, le 18 avril 2023. (Crédit : ATTA KENARE / AFP)

En janvier, le gouvernement a réprimé dans le sang les manifestations antigouvernementales déclenchées par les difficultés économiques que connaît ce pays sous sanctions.

Le bilan de cette répression se chiffre en dizaine de milliers de morts.

Réunion du cabinet de sécurité, à Jérusalem, le 14 juin 2025. Illustration (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Malgré le discours d’Israël sur l’avènement d’une révolution, la chaîne publique Kan a rapporté mardi que les ministres du gouvernement israélien, à l’issue d’un compte-rendu de sécurité, estimaient que la chute du régime iranien pourrait prendre jusqu’à un an, alors que la campagne menée actuellement par les États-Unis et Israël contre l’Iran devrait prendre fin bien plus tôt. Le président américain Donald Trump a évoqué à plusieurs reprises des délais de quelques semaines, voire de quelques jours.

« Ce genre d’événements [comme la chute d’un régime] survient généralement après une campagne militaire, plus rarement en temps de guerre », a expliqué Saar.

Il existe des « fissures visibles » au sein de la direction iranienne, a affirmé Saar, mais les extrémistes contrôlent toujours le gouvernement. « En même temps, nous avons de nombreux indices qui montrent que ce régime s’effrite et que ses capacités déclinent. »

Les programmes nucléaires et balistiques « gravement endommagés »

L’objectif de la campagne contre l’Iran, a-t-il déclaré, « est d’éliminer les menaces existentielles à long terme que l’Iran fait peser sur Israël ».

Le programme nucléaire iranien, a affirmé Saar, aurait été « gravement endommagé » par les frappes américano-israéliennes, notamment sa capacité à militariser l’arme atomique et à enrichir l’uranium.

Des soldats du protocole iranien montent la garde lors d’une cérémonie marquant le 27ᵉ anniversaire de la révolution islamique au mausolée du défunt fondateur de la République islamique d’Iran, l’ayatollah Ruhollah Khomeini, à Téhéran, le 1ᵉʳ février 2006. (Crédit : BEHROUZ MEHRI/AFP)

En ce qui concerne la menace des missiles balistiques, les stocks de missiles eux-mêmes ainsi que la capacité de l’Iran à en produire davantage « ont été très durement touchés », selon Saar.

Si Israël avait attendu quelques semaines de plus, affirme-t-il, l’Iran aurait transféré une grande partie de son programme nucléaire et de ses installations de production de missiles balistiques sous terre, hors d’atteinte des frappes israéliennes.

Des batteries antimissiles tirent des missiles d’interception vers des missiles balistiques lancés depuis l’Iran, comme on peut le voir au-dessus de Tel Aviv, pendant la guerre avec l’Iran et les tirs de missiles continus vers Israël, le 5 mars 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

« Les résultats obtenus jusqu’à présent justifient sans aucun doute le bien-fondé de cette campagne », a-t-il insisté, tout en reconnaissant qu’il reste à voir combien de temps ces acquis se maintiendront.

« Nous n’avons aucun intérêt ni aucune envie de nous engager dans une nouvelle guerre tous les ans ou tous les deux ans », a-t-il poursuivi.

Différences nuancées

Avec la flambée des prix du pétrole, baromètre sensible de la politique américaine, certains signes laissent entrevoir de possibles fissures dans le front uni qu’affichent Trump et Netanyahu depuis le début de la guerre, le 28 février.

Des responsables américains ont également exprimé leur malaise après que les habitants de Téhéran se sont réveillés dimanche matin face à des scènes apocalyptiques, avec une fumée noire voilant le soleil et les asphyxiant, à la suite d’une attaque israélienne contre des dépôts de carburant qui, selon Tsahal, approvisionnaient l’armée iranienne.

Quatre hommes marchent alors qu’un épais panache de fumée provenant d’une frappe américano-israélienne sur une installation de stockage de pétrole samedi soir persiste dans le ciel nuageux derrière eux à Téhéran, en Iran, le dimanche 8 mars 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

Même le sénateur Lindsey Graham, républicain va-t-en-guerre et allié de Trump qui appelle à la guerre contre Téhéran depuis des années, a exhorté Israël à « faire preuve de prudence dans le choix de ses cibles ».

« Je ne pense pas qu’il y ait de désaccord ; il peut y avoir des divergences nuancées », a concédé Saar.

« Les États-Unis sont entrés en guerre aux côtés d’Israël sur la base de la même lecture de la situation », a-t-il poursuivi. « Ils perçoivent dans le régime iranien les mêmes dangers que nous. »

Le président américain Donald Trump débarquant de l’Air Force One à son arrivée à l’aéroport international de Miami, en Floride, le 7 mars 2026. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Le ministre des Affaires étrangères a affirmé que Trump ne se contenterait pas de déclarer unilatéralement la fin de la campagne et ne contraindrait pas Israël à cesser les opérations. « Quant au moment de mettre fin à la campagne militaire, de même que nous nous sommes consultés avant de nous lancer, nous continuons à nous concerter pendant la campagne et nous le ferons également avant qu’elle ne prenne fin », a déclaré Saar.

« Nous menons cette campagne aux côtés des États-Unis, ensemble. Ce n’est pas quelque chose qu’ils doivent nous autoriser à faire. Nous agissons avec eux dans le cadre d’une coordination sans précédent, aussi bien sur le plan politique que militaire. »

En réponse aux frappes américaines et israéliennes, l’Iran a attaqué des navires commerciaux dans le golfe Persique, intensifiant ainsi sa campagne de pression sur cette région vitale pour l’approvisionnement énergétique mondial. Mercredi seulement, trois navires commerciaux traversant le golfe ont été touchés par des tirs iraniens.

Photo prise et publiée par la Marine royale thaïlandaise montre la fumée s’élevant du vraquier thaïlandais « Mayuree Naree », après une attaque près du détroit d’Ormuz, le 11 mars 2026. (Crédit : ROYAL THAI NAVY/AFP)

Saar a déclaré que les frappes contre les infrastructures pétrolières et les navires commerciaux n’avaient surpris ni Israël ni les États-Unis.

« Il serait faux de dire que ces événements sont sans effet », a-t-il déclaré. « Ils pèsent en permanence en arrière-plan. Nous partons du principe que, tout comme nous voulons gagner cette guerre, les États-Unis le veulent également. Leur détermination est égale à la nôtre. »

La menace persiste

L’entretien de Saar avec le Times of Israel s’est tenu quelques heures avant l’intensification considérable des attaques du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par le régime iranien, contre Israël. Le groupe a lancé plus de 200 roquettes et 20 drones depuis le Liban en l’espace de quelques heures. Peu après cet entretien, Saar a participé à une réunion de sécurité d’urgence avec Netanyahu.

Il a indiqué que la décision du Hezbollah de reprendre ses attaques contre Israël pendant la guerre avec l’Iran, après plus d’un an de calme, ne signifiait pas que la campagne menée par Israël en 2024 contre le groupe terroriste, qui s’était soldée par un cessez-le-feu humiliant pour le Hezbollah, avait été un échec.

« Nous ne nous faisions aucune illusion sur la disparition des capacités du Hezbollah, mais celles-ci ont considérablement diminué », a-t-il déclaré.

Des habitants passent devant un bâtiment détruit qui abritait une succursale d’Al-Qard Al-Hassan, une institution financière quasi-bancaire gérée par le Hezbollah, qui a été touchée par une frappe aérienne israélienne à Dahiyeh, dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 10 mars 2026. (Crédit : Hussein Malla/AP)

« La menace persiste, mais elle est moindre », a-t-il poursuivi. « Et lorsque nous avons conclu l’accord de cessez-le-feu [en 2024], nous ne pensions pas avoir mis fin à la menace. Nous pensions que l’affaiblissement du Hezbollah nous était profitable et nous permettrait, à terme, de ramener les habitants du nord chez eux et, peu après, de conclure un cessez-le-feu avec le [groupe terroriste palestinien du] Hamas à Gaza.

Le gouvernement libanais a récemment proposé, par l’intermédiaire de l’administration Trump, d’engager des négociations directes avec Israël en vue de mettre fin à la guerre avec le Hezbollah et, éventuellement, de conclure un accord de paix avec Beyrouth, selon Axios. Jérusalem et Washington ont accueilli cette proposition avec scepticisme.

Israël est prêt à dialoguer avec le gouvernement libanais, a déclaré Saar. « Le problème actuel est toutefois qu’un dialogue avec le gouvernement libanais ne suffira pas à mettre fin aux tirs provenant du territoire libanais. »

Le président libanais Joseph Aoun s’adresse à l’Assemblée générale des Nations unies au siège de l’ONU, à New York, le 23 septembre 2025. (Crédit : Ludovic Marin/AFP)

Le Hezbollah, a-t-il poursuivi, est le principal obstacle à l’établissement de relations pacifiques et normalisées avec le Liban, « [des relations] qui nous intéressent ».

« Nous n’avons pas de différends majeurs avec le Liban lui-même », a poursuivi Saar. « Nous avons quelques points frontaliers mineurs à régler. Le problème central était et reste le Hezbollah. »

« L’essentiel est la coopération concernant le Hezbollah. Quant au gouvernement libanais, il doit assumer ses responsabilités sur la durée. »

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