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Sécurité des synagogues: De hauts-responsables US rencontrent des groupes juifs

"Cela ne devrait pas être comme ça en Amérique mais malheureusement, ça l'est", commente le procureur-général Garland après la prise d'otages au Texas

Le secrétaire de la sécurité du territoire Alejandro Mayorkas s'exprime pendant une conférence de presse au National Press Club à Washington, le 9 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/Jose Luis Magana)
Le secrétaire de la sécurité du territoire Alejandro Mayorkas s'exprime pendant une conférence de presse au National Press Club à Washington, le 9 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/Jose Luis Magana)

JTA — Le secrétaire américain à la sécurité du territoire Alejandro Mayorkas a déclaré que les États-Unis considéraient la prise d’otages qui a eu lieu à la congrégation Beth Israel de Colleyville, dans l’état du Texas, comme « un acte de terrorisme » et « une attaque antisémite ciblant la communauté juive », selon un responsable de la communauté juive qui a participé à un appel téléphonique avec de hauts-responsables américains, mardi matin.

Majorkas, le procureur-général Meerrick Garland, le directeur du FBI Chris Wray et d’autres responsables américains de la sécurité se sont entretenus par téléphone avec des groupes juifs majeurs pour évoquer les inquiétudes liées à la sécurité dans les synagogues suite à cette prise d’otages.

Le directeur exécutif de l’OU Advocacy Center du mouvement orthodoxe, Nathan Diament, a déclaré à JTA que la discussion avait réuni environ
1 200 dirigeants de synagogues et notamment des représentants de l’Orthodox Union (OU) ou de la CoP (Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations). Diament a ajouté que les représentants de l’URJ (Union for Reform Judaism) et de l’USCJ (United Synagogue of Conservative Judaism) avaient été alertés.

Garland et Mayorkas, qui sont Juifs tous les deux, ont parlé de l’impact personnel que la prise d’otages a eu sur eux, selon des informations parues dans le Forward. Mayorkas a expliqué qu’il n’avait pas réussi à planter l’arbre qu’il plante habituellement à l’occasion de Tou BiShvat.

Garland a indiqué avoir aperçu des voitures de police devant sa propre synagogue. Garland et sa famille sont des membres de longue date du Temple Sinai de Bethesda, dans le Maryland.

« Cela ne devrait pas être comme ça en Amérique mais malheureusement, ça l’est », a-t-il dit.

La police devant la congrégation Beth Israel à Colleyville, au lendemain d’une prise d’otages de plus de dix heures à l’intérieur de ce lieu de culte duu Texas, le 16 janvier 2022. (Crédit : AP Photo/Brandon Wade)

Pendant l’appel, qui a duré plus d’une heure, les responsables fédéraux ont renforcé les mesures de sécurité d’ores et déjà mises en place – en renouvelant notamment le Programme de subvention pour la sécurité à but non-lucratif mis à disposition des synagogues, ou les systèmes d’information par courriel auxquels peuvent s’inscrire les congrégations locales ou encore les ressources sur internet concernant les formations à la sécurité dans les lieux de culte juifs.

Le rabbin, Charlie Cytron-Walker, a d’ailleurs salué l’organisation Secure Communities Network (SCN) pour l’avoir formé à réagir face à une situation de danger.

Pour Eric Fingerhut, le président des Fédérations juives d’Amérique du Nord (JFNA), le geste de M. Cytron-Walker est le « résultat direct » d’une campagne de formation des communautés locales pour réagir en cas d’attaque. Et la nécessité de s’entraîner contre l’intrusion d’hommes armés est encore plus flagrante depuis qu’un tireur a tué 11 fidèles dans une synagogue de Pittsburgh, en Pennsylvanie, le 27 octobre 2018, la pire tuerie antisémite de l’histoire américaine, rappelle-t-il. « Ces trois dernières années ont été les plus violentes, probablement de toute l’histoire du pays, en termes d’attaques contre des institutions juives », affirme-t-il.

Son organisation finance ainsi des formations à la perception du danger et aux gestes de réaction, comme lors du stage organisé en août 2021 par le SCN à la synagogue de Colleyville.

« Ils vous enseignent que lorsque votre vie est en danger, il faut tout faire pour se mettre en sécurité », a raconté Charlie Cytron-Walker. Sur CNN, le président de la congrégation, Michael Finfer, a expliqué que les stages portaient sur « comment réagir face à un tireur, comment stopper une hémorragie, sur la stratégie +courir, se cacher, se battre+ » en cas d’attaque.

Le nombre de ces formations, soutenues par le FBI, le ministère de la Sécurité intérieure et les forces de l’ordre locales, a augmenté face à l’émergence d’une extrême droite plus affirmée, y compris néo-nazie et suprémaciste blanche, renforcée par quatre années de mandat de Donald Trump.

La JFNA tente actuellement de lever 54 millions de dollars pour un programme baptisé LiveSecure, qui devrait permettre de financer les formations à la sécurité des 146 associations juives qu’elle chapeaute.

Le Congrès américain a également proposé d’augmenter de plusieurs dizaines de millions ses aides aux communautés religieuse, pas uniquement juives, pour qu’elles investissent dans des systèmes de sécurité, y compris vidéo-surveillance.

Ces initiatives ont pris encore plus d’ampleur après la tuerie de Pittsburgh, « sorte de 11-Septembre pour la communauté juive », pour Eric Fingerhut.

Mais, dit-il, l’attaque de 2018 aurait fait encore plus de victimes si des mesures de sécurité n’avaient pas déjà été mises en place.

Les responsables de la synagogue s’étaient par exemple assurés que rien ne bloque les accès d’urgence, permettant à de nombreux fidèles de s’échapper.

Rompant avec les restrictions du shabbat, un rabbin avait également un téléphone portable sur lui et avait pu appeler les secours.

« Nous savons que ces mesures ont sauvé des vies », assure Eric Fingerhut.

Confrontées au risque d’attaque, certaines congrégations discutent aussi de la possibilité d’armer les fidèles, une option sur laquelle Eric Fingerhut ne souhaite pas prendre position.

« Il y a des désaccords, bien sûr, et certaines synagogues sont plus ouvertes à cette possibilité que d’autres. »

« L’objectif de cette rencontre via Zoom suite aux événements terribles qui ont eu lieu au Texas étaient doubles », commente Diament. « En premier lieu, nous avons pensé qu’il était important pour la communauté de la synagogue d’entendre directement de la bouche des responsables du pays ce message de solidarité et de réassurance mais aussi d’engagement en faveur de la lutte contre l’antisémitisme. Et, en second lieu, il était important de les entendre aussi parler de l’environnement actuel, des menaces qui planent et de toutes les initiatives supplémentaires pratiques qu’ils chercheront à mettre en œuvre dans les prochains jours ou dans les prochaines semaines ».

Melissa Rogers, la directrice exécutive des partenariats confessionnels à la Maison Blanche, et d’autres sous-secrétaires fédéraux ont, eux aussi, pris part à cet appel.

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