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Selon une ex-soldate, Elazar Stern l’a menacée après l’agression d’un officier

Le ministre, qui veut devenir le prochain chef de l'Agence juive, a suscité un tollé en affirmant qu'il avait déchiré des plaintes anonymes lorsqu'il était chef des RH de Tsahal

Le député Elazar Stern lors d'une réunion de la commission des Affaires intérieures à la Knesset, le 20 février 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le député Elazar Stern lors d'une réunion de la commission des Affaires intérieures à la Knesset, le 20 février 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Depuis hier, Elazar Stern, ministre des Renseignements, membre de Yesh Atid, est accusé d’avoir voulu évincer de l’armée une femme et lui nuire gravement après que celle-ci a déposé plainte pour agression sexuelle contre un officier qui était son commandant.

Stern, l’un des principaux candidats à la direction de l’Agence juive, avait déclenché une vive polémique plus tôt dans la journée après qu’il a déclaré qu’il avait « déchiré de nombreuses plaintes anonymes » pendant son mandat à la tête de la Direction des ressources humaines de l’armée. Il répondait alors à une question concernant des accusations anonymes exprimées récemment contre le prochain chef du Shin Bet.

Pour tenter de se rattraper, Stern a fait le tour des principaux plateaux télévisés dimanche soir, s’excusant au cas où ses remarques avaient offensé. Il a déclaré que, bien qu’il avait déchiré des plaintes anonymes, celles-ci n’avaient jamais porté sur des allégations d’agressions sexuelles.

« Je comprends qu’il y a des gens, des femmes, qui ont été blessés par ce qui a été dit, et je veux m’excuser », a-t-il déclaré sur le plateau de Kan. « Ceux qui me connaissent savent que je n’ai jamais blessé de femme, ni en paroles, ni en actes, ni sous mon commandement. »

« Je n’ai jamais déchiré de plainte pour harcèlement sexuel, a-t-il déclaré à la Douzième chaîne, appelant les journalistes à enquêter sur la question. « Vous ne trouverez pas un seul exemple. »

Stern a déclaré qu’il avait simplement essayé de dénoncer une « culture de plaintes anonymes ».

Stern a été commandant de l’École des officiers de Tsahal, établissement d’enseignement le plus important de l’armée. Il a ensuite été à la tête du Corps de l’éducation et de la jeunesse et de la Direction des ressources humaines, avant d’entrer à la Knesset en 2013. Il est ministre des Renseignements depuis juin.

Cependant, alors même que Stern tentait de clarifier ses propos, de nouvelles allégations ont fait surface. Selon celles-ci, il aurait bien fait silence d’allégations de harcèlement sexuel.

Une femme a déclaré anonymement à la Treizième chaîne que, alors qu’il était à la tête de l’École des officiers de Tsahal, il l’avait menacée afin qu’elle ne répète plus les allégations qu’elle avait formulées contre un sous-officier.

« J’étais soldate à la base entre 1995 et 1997, lorsqu’un des sous-officiers a tenté de m’agresser sexuellement », a déclaré la femme.

Elle a déclaré que Stern lui avait dit lors d’une réunion avec Stern et l’accusé : « Si vous répétez quoique ce soit qui a été dit ici, dans cette pièce, ou au sujet de ce que l’officier a essayé de faire, votre période dans l’armée sera compliquée. Ce sera pire que tout pour vous, et vous ne resterez pas dans l’armée. »

S’adressant à la Treizième chaine, Stern a nié avoir jamais prononcé ces mots, tout en affirmant que le fait qu’il avait échangé à la fois avec la victime et l’auteur présumés était un signe qu’il s’était occupé des accusations. Cependant, il a concédé que le traitement de l’affaire « n’avait peut-être pas été le bon ».

Ses commentaires antérieurs, sur le fait qu’il avait déchiré des plaintes anonymes, ont été critiqués dimanche par des organisations de femmes, certaines appelant à une enquête afin de déterminer si Stern avait enfreint la loi.

« C’est une honte que ce soit le message qu’un ministre choisit de transmettre au public israélien », a déclaré Hagit Peer, présidente de Naamat, dans un communiqué.

« La loi de l’État d’Israël exige que les plaintes concernant le harcèlement sexuel fassent l’objet d’une enquête, y compris les plaintes anonymes », a affirmé Peer. « Enquêter attentivement sur ce qu’a fait précisément le ministre Stern en tant que chef de la Direction des ressources humaines est nécessaire. »

Capture d’écran d’une vidéo de Hagit Peer, qui dirige l’organisation féminine Naamat. (YouTube)

L’organisation Kulan a qualifié les commentaires de Stern de « choquants », affirmant que de telles « opinions rétrogrades n’ont pas leur place au sein du gouvernement israélien ».

Liora Minka, directrice d’Emuna, a déclaré que ces commentaires « sapaient le large effort de l’armée israélienne et de la société israélienne afin d’empêcher le harcèlement et les préjudices causés aux femmes ».

Miri Regev, députée du Likud, a déclaré que ces commentaires prouvaient que Stern était « un homme superficiel, chauvin et sans valeur qui fait honte à la kippa qu’il porte sur la tête ». En 2018, Stern avait suggéré que Regev, qui était alors ministre de la Culture, avait eu des relations sexuelles pour obtenir des promotions pendant son service militaire.

La ministre de la Culture Miri Regev (Likud) répond à ce qu’elle dit être des commentaires sexistes à son sujet exprimés par le député Elazar Stern (Yesh Atid), le 6 novembre 2018. (Capture d’écran : Facebook)

L’armée a également répondu à l’incident dans un bref commentaire cité par le site d’information Walla.

« Chaque plainte au sein de l’armée, même anonyme, est soigneusement examinée », a déclaré un porte-parole au site, sans mentionner Stern.

À la suite des critiques, Stern a publié une clarification dimanche après-midi, affirmant qu’en tant qu’officier de l’armée, il avait « encouragé chaque soldat, homme ou femme, qui a été harcelé, sexuellement ou autrement, à déposer plainte, et [qu’il avait] dans le même temps pris sans équivoque des sanctions contre toute personne reconnue coupable. Toutes les plaintes… ont fait l’objet d’une enquête approfondie. »

La nomination du futur dirigeant des services de sécurité du Shin Bet a été approuvée vendredi par une commission déterminante malgré une lettre anonyme qui faisait état de fautes non-précisées de la part du candidat, qui est l’actuel chef adjoint du Shin Bet et qui ne peut être identifié que par la première lettre hébraïque de son nom, « Resh », jusqu’à ce qu’il entre en fonction.

La commission Goldberg a indiqué dans un communiqué qu’elle n’avait trouvé aucune « défaillance dans les qualités du candidat » et qu’elle n’avait décelé aucune faille dans le processus ayant abouti à sa désignation.

Deux plaintes distinctes figuraient dans une lettre anonyme présentée au panel – des plaintes dont les spécificités ne peuvent être rendues publiques de manière détaillée pour des raisons de sécurité.

Le chef adjoint du service de sécurité du Shin Bet, ‘Resh’, avec des responsables militaires lors d’une cérémonie dont la date n’a pas été précisée. (Capture d’écran : Treizième chaîne)

Après avoir été nommé ministre des Renseignements lors de la formation du nouveau gouvernement plus tôt cette année, Stern a été choisi comme candidat du Premier ministre pour diriger l’Agence juive, alors que le processus de nomination doit démarrer dans quelques jours.

Helena Glazer, représentante du comité de nomination de l’Agence juive et ancienne présidente de l’Organisation internationale des femmes sionistes, a déclaré à Walla qu’elle confronterait Stern au sujet de ses commentaires lors de son entretien prévu plus tard cette semaine.

« Je promets que je lui poserai des questions sur cette déclaration lors de l’entretien », a déclaré Glazer.

Lorsqu’il lui a été demandé si ces commentaires pourraient nuire à ses chances d’être nommé à la tête de l’Agence juive, Glazer a répondu : « Je ne sais pas. Cela dépendra de ce qu’il dit. »

Par tradition, le Premier ministre suggère un candidat à la tête de l’organisation quasi-gouvernementale – la plus grande organisation juive à but non lucratif au monde – et ce même candidat est généralement approuvé par le comité de nomination de l’agence, puis par son conseil d’administration.

Afin de remporter l’investiture à la tête de l’Agence juive, un candidat doit recevoir le soutien de neuf des 10 membres du comité, dirigé par le président de l’Organisation sioniste mondiale Yaakov Hagoel et composé de quatre autres membres de l’organisation, de trois représentants des Fédérations d’Amérique du Nord, et de deux représentants du Keren Hayessod – United Israel Appeal.

Une poignée d’autres noms éminents – dont l’ancien député du Likud et ambassadeur à l’ONU Danny Danon – ont été mentionnés pour le poste, et des sources impliquées dans le processus de sélection ont déclaré au Times of Israël que les dirigeants de l’Agence juive pourraient être ouverts à d’autres options.

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