Shimon Peres, défenseur infatigable d’un Israël meilleur, d’un monde meilleur
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Shimon Peres, défenseur infatigable d’un Israël meilleur, d’un monde meilleur

Un avis personnel sur un dirigeant qui a touché plus de vies israéliennes que tout autre, et notamment la mienne

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Shimon Peres et David Horovitz au gala du Times of Israël, au Waldorf Astoria, à New York, le 15 février 2015. (Crédit : Perry Bindelglass/Times of Israel)
Shimon Peres et David Horovitz au gala du Times of Israël, au Waldorf Astoria, à New York, le 15 février 2015. (Crédit : Perry Bindelglass/Times of Israel)

Quand vous travaillez avec le Premier ministre fondateur d’un pays au tout début de la mise en place de l’Etat, et que vous êtes toujours un (vieil) homme d’Etat sept décennies plus tard, vous allez influencer les vies de beaucoup d’individus. Directement et indirectement, Shimon Peres a probablement affecté les vies de plus d’Israéliens que quiconque. Et si nous ne sommes pas encore devenus la nation de paix pour laquelle il a lutté pour nous, ce n’est sûrement pas faute d’avoir essayé.

En revenant sur les vidéos aujourd’hui, j’ai réalisé que j’ai dû interviewer Shimon Peres plus que n’importe qui d’autre. Tous les ans quand il était président, il y a quelques années sur la scène de l’Assemblée générale des Fédérations juives à Jérusalem ; à un sommet mondial des médias juifs ici en 2014 ; au gala du Times of Israël à New York l’année dernière devant 1 200 personnes ; et à quelques autres reprises. Et je ne l’ai connu que dans les dernières étapes de son extraordinaire existence.

Le thème constant de ses conversations, dans ses années présidentielles et au-delà, était que la paix était possible. Il affirmait, même dans les périodes les plus sombres, que Mahmoud Abbas était « absolument » un partenaire pour la paix. Il critiquait implicitement le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et d’autres, pour ne pas en faire assez pour la faire avancer.

« Si vous vous êtes décidés pour un Etat palestinien, alors vous devez faire en sorte que cette décision se réalise », m’a-t-il dit une fois, demandant plaintivement, « alors, quelle est l’alternative ? Qu’il y ait un état et que la majorité détermine sa nature ? »

Le président américain Barack Obama a été prompt à saluer Peres au moment de son décès, un homme qui a changé le cours de l’Histoire, et « l’essence d’Israël elle-même ». La confiance et l’affection étaient mutuelles.

Shimon Peres rencontre le président américain Barack Obama et le secrétaire d'Etat américain John Kerry à la résidence présidentielle à Jérusalem le 20 mars 2013. (Crédit : Uri Lenz / Flah90)
Shimon Peres rencontre le président américain Barack Obama et le secrétaire d’Etat américain John Kerry à la résidence présidentielle à Jérusalem le 20 mars 2013. (Crédit : Uri Lenz / Flah90)

C’était une autre des fermes croyances de Peres ces dernières années, qu’Israël pouvait et devait faire confiance à Obama, afin d’assurer la sécurité d’Israël si et quand il avancerait avec les Palestiniens, et pour empêcher l’Iran d’obtenir la bombe.

Peres affirmait, avec sa façon calme, douce, et invariable, que les forces de la technologie, de l’aspiration, et de la jeunesse, étaient finalement avantageuses et finalement irrésistibles

Les détracteurs de Peres, dont beaucoup l’ont davantage apprécié et respecté avec les années qui passaient, disaient qu’il était naïf sur les intentions palestiniennes, et naïf aussi sur l’Iran. Quand cela lui était présenté, il secouait doucement la tête, pas excessivement perturbé. Et il affirmait, avec sa façon calme, douce, et invariable, que les forces de la technologie, de l’aspiration, et de la jeunesse, étaient avantageuses et finalement irrésistibles. Irrésistibles même aux régimes des ayatollahs.

« L’actuel gouvernement iranien n’a pas de futur », m’a-t-il dit, totalement convaincu, en 2013. « Le problème de l’Iran est le timing, pas le verdict. C’est un gouvernement qui n’a pas de message, non seulement pour l’humanité, mais pour son propre peuple. »

Deux ans après, à notre gala, il avait précisé : « l’Iran aussi changera. Vous ne pouvez pas avoir les ayatollahs en tant que gouvernement éternel. » La pression de réforme des jeunes Iraniens sera l’un des facteurs qui signera la disparition du régime, avait-il prédit. « Dans 10 ou 15 ans, l’Iran sera sorti de l’eau, et donc des ayatollahs, à mon avis. »

Alors que les années passaient, l’allure de Peres ralentissait un peu, sa façon de parler s’adoucissait. Mais sa curiosité ne s’est jamais émoussée, ni sa passion pour le nouveau et l’innovation. Quand Obama est venu en 2013, c’est Peres, alors âgé de 89 ans, qui a été le choix naturel pour guider le président américain dans une exposition au musée d’Israël sur les technologies israéliennes révolutionnaires.

Trois ans auparavant, je me souviens de lui parlant à une conférence à Jérusalem, sans notes, pendant plus d’une heure, de nanotechnologies. Dans un restaurant la veille de notre gala l’année dernière, il avait été vu en grande conversation avec la jeune prodige de l’informatique Kira Radinsky, qui utilise la connaissance et la dynamique du web pour prédire les évènements futurs.

A lire : La dernière interview présidentielle de Peres au Times of Israël. « Avec de la bonne volonté, vous pouvez réussir la paix. Avec de mauvaises politiques, vous pouvez la retarder. »

Peres était le visage d’Israël que le monde veut voir : chaleureux et sage, croyant dans la bonté essentielle de l’humanité. En effet, il était le visage d’Israël que nous voulons voir : en quête constante d’un futur plus sûr, meilleur, plus tranquille.

« Je ne suggère pas qu’Israël réduise sa force. Je ne suggère pas non plus qu’Israël réduise son désir de paix »
Shimon Peres

Nous n’étions cependant pas tous capables de partager sa confiance sur ce qui pouvait être atteint. Ce à quoi Peres m’a une fois patiemment répondu : « le doute n’est pas une politique. Le doute est une énigme. Si vous voulez faire des mots croisés, allez-y. Vous devez prendre position. »

C’était, concèdait-il, compréhensible et acceptable, en tant qu’Israéliens, de nous sentir menacés. « En pratique, préparez-vous du mieux que vous pouvez au pire, et préparez le changement de situation pour le meilleur. Je ne suggère pas qu’Israël réduise sa force. Je ne suggère pas non plus qu’Israël réduise son désir de paix. »

Shimon Peres a touché beaucoup, beaucoup de vies dans sa carrière unique. Il a impacté la mienne d’une manière évidente. Quand j’envisageais de monter le Times of Israël, j’ai demandé à son bureau présidentiel s’il voulait bien me rencontrer, et il a rapidement accepté.

Il m’a alors exhorté à construire d’une manière ou d’une autre le site en partenariat avec les Palestiniens, mais sentant que je n’étais pas sur le point de faire cela, il m’a néanmoins encouragé.

La voix de Peres était quelque part dans mon esprit quand, une fois le site lancé et en plein essor, nous avons décidé d’ouvrir une version en arabe du Times of Israël, non pas, comme je suis certain qu’il l’aurait voulu, comme moyen de défendre la paix, mais comme moyen de permettre au monde arabe de mieux comprendre Israël via un journalisme professionnel et impartial, que je savais qu’il respectait aussi.

Comme à plusieurs millions d’autres, Shimon Peres me manquera beaucoup. J’aimerais vivre dans ce monde meilleur auquel il aspirait jusqu’à son dernier jour.

Si seulement nous avions sa vision et sa volonté.

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