Shoah : 39 textiles de synagogue pillés par les nazis restitués à la Grèce
Conservés pendant des décennies au Musée juif de Prague, trente-neuf textiles liturgiques spoliés durant la Seconde Guerre mondiale vont retrouver la Grèce, principalement Thessalonique, d’où ils provenaient

Il aura fallu des décennies de recherches et de recoupements pour que ces pièces chargées d’histoire retrouvent enfin leur terre d’origine. Trente-neuf textiles de synagogue, pillés durant la Seconde Guerre mondiale, vont être restitués à la Grèce après avoir été conservés en République tchèque depuis l’après-guerre. Jusqu’ici, ils étaient intégrés aux collections du Musée juif de Prague, où ils avaient été rassemblés après avoir été retrouvés en divers lieux du pays.
La remise officielle a eu lieu cette semaine à Prague. Zanet Battinou, directrice du Musée juif de Grèce, s’est déplacée pour prendre possession de cet ensemble patrimonial, scellant ainsi un processus de restitution engagé entre les institutions tchèques et grecques.
Les objets concernés comprennent des rideaux d’Arche sainte, des manteaux de Torah et des couvertures destinées à la table synagogale. Selon le musée pragois, ils proviennent majoritairement de l’aire culturelle séfarade, notamment de Thessalonique, jadis l’un des plus importants foyers du judaïsme séfarade en Europe. La plupart portent des inscriptions en hébreu et en ladino, témoignant de la vitalité religieuse et culturelle de ces communautés avant leur anéantissement.
Dans les inventaires du musée, les textiles apparaissaient sous la mention « Balkán », avec une datation située entre 1954 et 1956, correspondant à leur enregistrement administratif. Leur parcours pendant la guerre reste en partie obscur. Des marquages à la peinture noire, apposés par les nazis au revers de plusieurs pièces, sont encore visibles aujourd’hui.
D’après Anastasia Loudarou, conservatrice au Musée juif de Grèce, citée par Radio Prague International, un travail minutieux a permis d’identifier avec précision leur origine. « Les textiles identifiés sont des témoins silencieux de la tragédie d’anciennes communautés juives autrefois riches et nombreuses », a-t-elle expliqué.
Les tissus auraient d’abord été transportés à Berlin avant d’être transférés en 1944 vers le territoire des Sudètes, alors sous contrôle allemand, dans des circonstances qui ne sont pas totalement élucidées. Retrouvés après la guerre, ils avaient été confiés au musée pragois pour conservation.
Pour Petr Papoušek, président de la Fédération des communautés juives de la République tchèque, impliqué dans l’accord avec la partie grecque, cette restitution dépasse la simple dimension patrimoniale. Elle représente « l’accomplissement d’une responsabilité et d’un devoir moral envers les communautés dont le patrimoine culturel et spirituel a été systématiquement détruit et dispersé à travers l’Europe pendant la Shoah » déclare-t-il à Radio Prague International.







