Si je t’oublie Jérusalem, si je t’oublie Paris
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Revue de presse israélienne

Si je t’oublie Jérusalem, si je t’oublie Paris

Quand Trump ne tient pas parole sur le déplacement de l’ambassade et se retire de l’accord universel sur le climat, certains s’inquiètent, et d’autres prennent des vessies pour des lanternes

Le président américain Donald Trump pendant une conférence de presse à la résidence du président, à Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Thomas Coex/AFP)
Le président américain Donald Trump pendant une conférence de presse à la résidence du président, à Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Thomas Coex/AFP)

Le déni est un thème récurrent de la presse écrite israélienne vendredi matin, entre l’affacturage qui caractérise la décision du président américain Donald Trump sur son retrait des Accords de Paris sur le climat et le tabloïd Israel Hayom qui ferme les yeux autant que possible sur l’abandon de la promesse de Trump sur la relocalisation de l’ambassade américain à Jérusalem.

Ces deux récits font les gros titres et sont même considérés par certains comme idéologiquement liés.

Yedioth Ahronoth démarre avec la décision de ne pas déplacer l’ambassade, se positionnant comme le baromètre de l’opinion publique israélienne en blâmant Trump pour sa décision et en mettant en évidence le fait que le président n’a pas honoré sa promesse de campagne.

Israel Hayom, qui appartient à Sheldon Adelson, l’acolyte de Trump, enterre l’histoire en page 5 et réussit un tour de force en titrant : « La question ne porte pas sur l’hypothèse d’une relocalisation, mais sur son timing », citant le communiqué de la Maison Blanche. Ce titre reflète la réponse lèche-botte du Bureau du Premier ministre à cette décision, qui évoque la décision en admettant la « déception israélienne ».

Le chroniqueur de Yediot Aharonot Nahum Barnea n’a pas laissé filer l’ironie de voir le Premier ministre Benjamin Netanyahu qui vante le cinquantenaire de la réunification de la capitale éternelle d’Israël, et qui, à peine quelques jours plus tard, « se fait cracher dessus par son si cher ami à la Maison Blanche. »

« Le fait que lui et ses collègues au gouvernement ont été forcés de dire que ce crachat n’était que de la pluie, une légère déception, n’a fait qu’ajouter à l’humiliation de cette défaite. Cela montre à quel point ils ont peur d’admettre leur erreur dans leurs accords avec Trump, à quel point ils ont peur de ses tweets », a-t-il écrit.

Barak Ravid, analyste pour Haaretz, a indiqué que la formulation du communiqué de la Maison Blanche met en évidence le fait que le « timing » évoqué est celui de l’accord de paix avec les Palestiniens.

« Le communiqué a été rédigé dans des termes que le Premier ministre comprend, bien ancrés dans son célèbre slogan : ‘S’ils donnent, ils recevront, s’ils ne donnent pas, ils ne recevront rien’, Trump a rappelé à Netanyahu que rien n’est gratuit, en tout cas pas avec le président », écrit-il. « Le message dans le communiqué de la Maison Blanche était que si le Premier ministre veut une ambassade américaine à Jérusalem, cela passera par un accord de paix avec les Palestiniens. »

Le premier article d’Israel Hayom jette le doute sur le fait que cet accord devra se faire en renonçant à une moitié de Jérusalem, selon les résultats d’une enquête menée auprès des Israéliens et publiée par le tabloïd.

Selon l’enquête, seul un Israélien sur 3 accepte que l’accord de paix final se fasse au prix d’un contrôle palestinien partiel sur la Vieille Ville de Jérusalem. L’article explique que 16 % des Israéliens accepteraient si les Palestiniens avaient le contrôle total de la Vieille Ville, et quand on leur a demandé s’ils savaient que cela impliquerait que les Palestiniens contrôlent le mur Occidental, deux tiers d’entre eux ont changé d’avis.

L’article indique que l’enquête a été menée auprès d’Arabes et d’Israéliens, qui prétendaient que la solution à 2 États n’était plus vraiment d’actualité, quand même la gauche politique s’est opposée à octroyer aux Palestiniens le contrôle de la Vieille Ville. Les détracteurs s’interrogeront peut-être sur les propositions qui veulent faire de la Vieille Ville une zone internationale, dans une certaine mesure, qui ne sera pas sous le contrôle complet des Israéliens ni celui des Palestiniens.

Dans l’éventualité que Trump soit en mesure de négocier son accord ultime, Haaretz souligne que la nouvelle administration travaille sur un projet rédigé entre Israël et les États-Unis à l’époque d’Obama, sur la gestion de la sécurité dans le cadre de la solution à 2 États.

L’article propose un peu plus que l’évidence circonstancielle que la nouvelle administration, en réalité, dépoussière une stratégie, mais fournit des détails sur la formation de ce projet inédit, effondré, et ce en quoi il consiste.

« Selon les participants des deux parties, l’armée israélienne a soumis à l’équipe américaine un document en 26 points qui définit les préoccupations d’Israël en matière de sécurité et ses intérêts en Cisjordanie. Elle a demandé à l’équipe américaine de proposer des solutions efficaces à chacun de ces 26 points », rapporte l’article.

« Certains des hauts-responsables israéliens qui ont pris part à cette conversation pensaient que la plupart des points mentionnés dans le document ont reçu des réponses satisfaisantes de la part des Américains. Le leadership politique – Netanyahu et Yaalon [alors ministre de la Défense] – n’étaient pas du même avis. »

Un projet est dépoussiéré tandis qu’un autre mord la poussière, quand Trump annonce qu’il se retirera des Accords de Paris sur le climat, ce qui donne de la matière au premier article du journal pro-Trump.

Yediot fait des effets de style en titrant « un président contre le monde ». Mais dans son article, Amir Ben David écrit que les États-Unis subiront le préjudice de ce retrait autant que le reste de la planète.

« Les conséquences de cette décision pourront évidemment causer des dommages substantiels dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais selon les experts, cette décision sera aussi préjudiciable à l’économie américaine, et peut-être même à sa position internationale », écrit-il.

Le chroniqueur Chemi Shalev pour Haaretz prétend également que Trump est contre le monde entier, et particulièrement contre l’Europe, qui ne s’est pas montrée aussi disposée que Jérusalem à accepter son numéro. Avec cette dernière décision, la position internationale de l’Amérique risque de tomber encore plus bas que le pire point de chute qu’elle a connu, à la fin de la présidence de George W. Bush, et cela devrait inquiéter Israël, soutient-il.

« Une Amérique rancunière qui se ferme au reste du monde, qui n’honore pas les promesses qu’elle fait, qui se retire des traités internationaux qu’elle a signés et qui tourne le dos à ses alliés les plus fiables, et dont le président et méprisé et tourné en ridicule, devrait effrayer Israël », écrit Shalev.

« Une Amérique qui s’oppose au monde et inversement, est une menace existentielle contre l’État juif encore plus grande qu’Israël lui-même, quand le monde entier est contre lui. »

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