Soigner Saeb Erekat
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Opinion

Soigner Saeb Erekat

Le secrétaire général de l'OLP est sous assistance respiratoire... dans un hôpital israélien - un évènement synonyme de tragédies, d'hypocrisie, d'ironie et de leçons à tirer

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Saeb Erekat, le secrétaire général de l'OLP, s'adresse aux médias après une réunion avec des diplomates à Ramallah en Cisjordanie, le 30 janvier 2019. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)
Saeb Erekat, le secrétaire général de l'OLP, s'adresse aux médias après une réunion avec des diplomates à Ramallah en Cisjordanie, le 30 janvier 2019. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)

Saeb Erekat, un des premiers défenseurs palestiniens des pourparlers avec Israël sur la solution à deux États, s’est également révélé au fil des ans un adversaire redoutable et parfois malveillant.

Au plus fort de la deuxième Intifada en avril 2002, lorsque l’armée israélienne est entrée dans le camp de réfugiés de Jénine d’où des vagues de kamikazes palestiniens ont été envoyés pour cibler les Israéliens, Erekat était à la tête d’une campagne de désinformation extraordinairement puissante qui prétendait que les soldats israéliens y avaient tué des centaines de civils palestiniens, les massacrant de sang froid et les enterrant dans des fosses communes. En fait, 50 à 55 Palestiniens, pour la plupart des hommes armés, et 23 soldats israéliens ont perdu la vie dans des combats acharnés. Les fausses allégations diffusées par Erekat et ses pairs ont bénéficié d’une grande crédibilité et d’une large reprise dans la plupart des médias internationaux ; en Grande-Bretagne, par exemple, où ces allégations ont fait la une des journaux et ont été citées au Parlement, l’image d’Israël, déjà depuis longtemps attaquée, ne s’en est jamais vraiment rétablie.

Des semaines plus tard, je me souviens avoir vu le responsable de l’OLP, articulé et passionné, décrire en direct sur CNN comment les troupes israéliennes étaient en train de prendre d’assaut et d’incendier l’église de la Nativité à Bethléem. Erekat n’y était pas ; il parlait depuis sa ville natale de Jéricho. L’allégation d’incendie, une fois de plus, était à la fois fausse et extrêmement dommageable pour Israël.

Le président de l’Autorité Mahmoud Abbas, à droite, signe une demande d’adhésion à 15 instances onusiennes et d’autres traités internationaux dans son quartier général dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le mardi 1er avril 2014, avec à ses côtés Saeb Erekat. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Mais le secrétaire général de l’OLP ne s’est pas seulement montré un propagandiste anti-Israël malveillant ; il a également été le bras droit du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas en poursuivant une stratégie profondément préjudiciable à la cause de son propre peuple. Cherchant ouvertement à obtenir un État palestinien, lui et son supérieur ont néanmoins écarté l’offre de paix du Premier ministre Ehud Olmert en 2008 ; ils se sont tenus à l’écart des négociations pendant neuf des dix mois durant lesquels le président américain Barack Obama a persuadé le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’arrêter la construction de toute nouvelle implantation, et ils ont supervisé une campagne diplomatique destinée à nuire à la position d’Israël dans tous les forums internationaux imaginables. Plus récemment, ils ont rejeté de manière préventive la proposition de paix de l’administration Trump, ont refusé de se réengager lorsque les Émirats arabes unis ont obtenu la suspension du projet de Netanyahu d’annexer jusqu’à 30 % de la Cisjordanie, et ont préféré fustiger les Émirats arabes unis pour avoir planté un « poignard empoisonné » dans le cœur de la cause palestinienne.

Furieux des projets d’annexion de Netanyahu, les dirigeants palestiniens ont rompu la plupart de leurs relations avec Israël, au détriment direct de leur peuple, refusant notamment d’accepter les recettes fiscales qu’Israël perçoit au nom de l’AP pour les importations et exportations palestiniennes. Plus important encore, dans le cas d’Erekat, l’Autorité palestinienne n’a pas suivi les restrictions au sujet des transferts dans les hôpitaux israéliens de Palestiniens ayant besoin de soins médicaux non disponibles dans les zones de l’Autorité palestinienne. Ces mesures n’ont pas été annulées pour le reste de la population, même si l’annexion est désormais suspendue pour une durée indéterminée ; Israël et les Nations unies ont toutefois élaboré un mécanisme, qui double l’AP, par lequel les patients palestiniens peuvent à nouveau être transférés vers les hôpitaux israéliens.

En outre : au début de l’été, l’Autorité palestinienne a refusé d’accepter la livraison de deux avions chargés de tonnes de fournitures médicales des Emirats visant à aider à la lutte contre la COVID-19 – y compris des équipements de protection, des fournitures médicales et des respirateurs – parce que la cargaison avait été transportée par avion, jusqu’à l’aéroport Ben Gurion, en Israël…

Au moment où j’écris ces lignes, le responsable de 65 ans est maintenu en vie au centre médical Hadassah Ein Kerem de Jérusalem, souffrant de la COVID-19. L’hôpital a déclaré que sa prise en charge était extrêmement compliquée en raison d’antécédents médicaux, notamment une transplantation pulmonaire en 2017. L’hôpital a fait savoir qu’il avait fait appel à des experts internationaux pour l’aider dans sa tâche.

Erekat a été transféré à Hadassah, selon le département des négociations de l’OLP, parce que son état nécessitait « une attention et une supervision médicales spéciales ».

Zeev Rotstein, directeur de Hadassah, à Hadassah Ein Karem, à Jérusalem, le 3 septembre 2017. (Hadas Parush/Flash90)

« M. Erekat reçoit des soins professionnels de premier ordre comme tous les patients atteints de coronavirus se trouvant dans un état grave à Hadassah », a indiqué dimanche Zeev Rothstein, le directeur de l’hôpital. « Et le personnel fera tout pour l’aider à se rétablir. »

Cet évènement révèle tout un océan de tragédies, d’hypocrisies, d’ironies et, potentiellement, de leçons à tirer – sur ce qu’une véritable coexistence entre Israël et les Palestiniens permettrait, sur une gouvernance palestinienne ratée, et sur ce qui, en fin de compte, est le plus important pour nous tous.

J’espère sincèrement que Saeb Erekat survivra au virus pour qu’il puisse intérioriser et tirer profit de certaines de ces leçons. Ce qui est certain, c’est qu’un hôpital de premier plan dans l’État d’Israël fait tout ce qui est en son pouvoir pour lui donner cette chance. Bien sûr qu’il le fait ! « À Hadassah », a assuré Zeev Rothstein, « nous traitons chaque patient comme s’il était notre seul patient ».

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