Stagnation de la vaccination en Israël : Pourquoi et comment y remédier
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Opinion

Stagnation de la vaccination en Israël : Pourquoi et comment y remédier

Avec assez de vaccins et une organisation efficace pour les administrer, nous aurions pu avoir terminé les premières doses. Mais les médecins implorent les gens à se faire vacciner

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le centre de vaccination COVID-19 de l'Arena de Jérusalem, presque désert, le 8 février 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)
Le centre de vaccination COVID-19 de l'Arena de Jérusalem, presque désert, le 8 février 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)

La campagne de vaccination israélienne, la plus importante au monde, a considérablement ralenti.

Toute personne âgée de 16 ans et plus peut se faire vacciner depuis une semaine et, de l’avis général, Israël dispose à la fois de réserves abondantes et de personnel médical en attente pour vacciner tous les arrivants – un privilège extraordinaire, alors que la plupart du reste du monde n’a ni l’un ni l’autre.

Nos organisations sanitaires disent avoir la capacité combinée d’administrer bien plus de 200 000 vaccins par jour ; le 21 janvier, en fait, 230 000 Israéliens ont reçu leur première ou deuxième dose, comme le montre le tableau de bord des statistiques hébraïques du ministère de la Santé.

Mais à mesure que l’éligibilité s’est élargie, la demande a stagné : Moins de 700 000 injections ont été administrées au cours des sept derniers jours (jusqu’au 10 février), ce qui représente une baisse par rapport aux quelque 850 000 de la semaine précédente (jusqu’au 3 février), elle-même en baisse significative par rapport aux plus de 1,25 million de la semaine précédente (jusqu’au 27 janvier).

En date de jeudi matin, quelque 3,7 millions de nos 9,3 millions d’habitants (environ 40 %) ont eu leur première injection, et 2,3 millions d’entre eux ont également eu leur deuxième. N’oublions pas de décompter  les citoyens qui l’ont eu ou qui l’ont actuellement. Ces chiffres auraient pu et auraient dû être nettement plus élevés. Nous aurions pu entrer dans la dernière ligne droite pour les premières doses pour les Israéliens éligibles ; au lieu de cela, cette semaine, nous n’en sommes qu’à 50 000 par jour en moyenne à recevoir leurs premières injections.

Les organismes de santé publique se disent déconcertés et ne savent pas quoi faire à ce sujet. « Nous n’avons pas d’explication sur les raisons pour lesquelles les gens ne viennent pas », a déclaré lundi le médecin Dganit Barak de Clalit, alors que des images télévisées montraient le spacieux centre de vaccination de l’Arena de Jérusalem presque déserté. « Nous envoyons des messages disant aux gens de venir se faire vacciner, mais la réaction est encore faible ».

Nous envoyons des messages disant aux gens de venir se faire vacciner, mais la réaction est encore faible

En écho à son collègue, le Dr Orly Weinstein, mardi, « Nous téléphonons même aux gens maintenant. Les médecins généralistes téléphonent aux gens pour leur dire d’aller se faire vacciner ».

Vu le manque d’enthousiasme manifeste, on pourrait vous pardonner de penser qu’Israël a pratiquement vaincu la pandémie et/ou que les vaccins se révèlent inefficaces ou dangereux.

Rien de cela n’est vrai.

Forte contagion

Israël a le taux de contagion le plus élevé de l’OCDE, bien qu’il y ait eu une légère amélioration ces derniers jours. Seuls 5 540 nouveaux cas ont été signalés mercredi, alors que la moyenne récente est d’environ 7 000 par jour. Nous voyons encore près de 150 nouveaux cas graves par jour, et près de 50 décès par jour – en dépit du fait que nous avons été soumis à un confinement national pendant des semaines, avec les secteurs privé et public largement fermés, et ce qui était censé être un confinement particulièrement strict pendant une partie de cette période.

En attendant, notre début de vaccination précoce signifie que nous disposons de la première recherche de ce type au monde qui montre que les vaccins sont aussi efficaces que les essais de Pfizer l’ont montré, et que les effets secondaires sont globalement négligeables. À peine 0,3 % de nos millions d’Israéliens vaccinés ont signalé des effets secondaires à leurs médecins. Les statistiques du ministère de la Santé publiées mardi, compilées sur la base de quelque 4,7 millions de premières et deuxièmes doses de vaccins, font état d’un total de 43 hospitalisations, la plupart pour des personnes ayant des problèmes médicaux préexistants, dont 28 dans la tranche d’âge des 60 ans et plus, quatre seulement parmi les moins de 40 ans.

Le Dr Tal Brosh, chef du département des maladies infectieuses de l’hôpital Assuta d’Ashdod, a déclaré jeudi matin à la radio israélienne que, pour autant qu’il sache, il n’y a pas eu un seul décès imputable au vaccin depuis qu’Israël a commencé à vacciner.

Les jeunes, je suis encore capable de m’en souvenir, se considèrent souvent, sans surprise, comme invincibles

Donc, si nous n’avons manifestement pas réussi à battre la COVID, et si les vaccinations sont manifestement essentielles pour le vaincre, pourquoi les Israéliens n’affluent-ils pas vers les centres de vaccination ?

De toute évidence, la demande a diminué, car les Israéliens plus âgés ont été vaccinés et les plus jeunes ont d’abord été invités, et maintenant implorés quelque peu sans succès, à suivre le mouvement. Les jeunes, je suis encore capable de m’en souvenir, se considèrent souvent comme invincibles, ce qui n’est pas surprenant. Et ce sentiment a peut-être été exacerbé, en ce qui concerne la COVID, par des mois de données montrant que les personnes âgées et celles ayant des problèmes médicaux préexistants étaient les plus exposées au risque de la pandémie. Cependant, ces derniers temps, en partie à cause du variant britannique, les cas graves parmi les jeunes Israéliens sont en hausse.

De plus, se faire vacciner à l’âge adulte est une expérience atypique. La plupart de nos vaccins sont administrés pendant l’enfance, lorsque les parents prennent des décisions pour leurs enfants. Certes, les voyageurs ne réfléchissent généralement pas à deux fois avant de se procurer les vaccins nécessaires pour visiter certains pays – mais c’est une situation où l’intérêt personnel direct et étroit prime. La conviction qu’il y a un intérêt personnel étroit et très personnel à se faire vacciner contre la COVID ne résonne manifestement pas encore suffisamment.

Une grande méfiance

Et puis il y a deux autres facteurs, des facteurs connexes, tous deux globaux mais avec des aspects particulièrement israéliens : l’incapacité stupéfiante à notre époque de distinguer le vrai du faux, et l’immense scepticisme du public sur ce que les gens en autorité leur disent – sur à peu près tout.

La science des vaccins COVID est solide. Mais la confiance du public est clairement sapée dans une certaine mesure par la multitude de fausses nouvelles qui affirment que le vaccin est dangereux – avec un déluge de messages sur les médias sociaux, y compris de la part de « rabbins célèbres », qui prétendent de façon scandaleuse et sans aucune preuves à l’appui que le vaccin provoque la stérilité, des réactions allergiques graves et même la mort. Les plateformes de médias sociaux ont été lentes à démasquer les mensonges, et les médias grand public n’ont pas toujours été efficaces pour mettre en lumière la science pure.

Sur la chaîne de télévision israélienne la plus regardée, la Douzième chaîne, lundi, par exemple, l’organisatrice anti-vax d’un groupe Facebook maintenant supprimé, qui présentait un post exhortant les Israéliens à prendre rendez-vous pour la piqûre et à ne pas se présenter – de sorte que les doses devraient être jetées – s’est vue accorder de longues minutes pour colporter ses arguments par un présentateur clairement pas préparé, puis « contrée » par un expert aux bonnes manières dont les douces démonstrations, lorsqu’il était autorisé à placer un mot, n’étaient pas de taille face à sa férocité.

Les plateformes de médias sociaux ont été lentes à démentir les mensonges, et les médias grand public n’ont pas toujours été efficaces pour mettre en lumière la science pure

Que ceux qui ne se font pas vacciner mettent les autres en danger (y compris ceux qui ont été vaccinés, puisque les vaccins offrent une protection de 95 %, et non de 100 %) ; qu’ils augmentent la charge et le risque pour le personnel médical s’ils tombent malades ; qu’ils détournent les ressources des services de santé d’autres soins vitaux – aucun de ces points n’a été soulevé dans la séquence.

Sur Radio Israël mercredi matin, en revanche, le Dr Brosh d’Assuta a été invité à répondre à des questions sur les problèmes liés aux vaccins, et a bénéficié d’un temps d’antenne important. Il a pu calmement expliquer que les effets secondaires des vaccins apparaissent en grande majorité immédiatement plutôt que des années plus tard, et inviter les auditeurs qui se demandent s’il faut se faire vacciner à tirer leurs propres conclusions sur l’équilibre entre un risque théorique et très improbable d’effets secondaires à terme et le danger manifeste de la COVID-19 ici et maintenant.

Un sondage d’opinion publié mardi soir par la Onzième chaîne Kan a, quant à lui, souligné à quel point la méfiance des Israéliens à l’égard de la gestion de cette crise par notre gouvernement peut miner la confiance du public dans la bataille de la COVID. Une proportion étonnante de 56 % des personnes interrogées a déclaré que le procès pour corruption du Premier ministre Benjamin Netanyahu influençait sa gestion de la pandémie, et
17 % ont déclaré qu’ils ne savaient pas si c’était le cas, avec seulement 27 % convaincus que ses politiques COVID n’étaient pas affectées par ses problèmes juridiques.

Ce niveau élevé de méfiance n’explique pas directement le déclin de l’intérêt des Israéliens pour la vaccination, mais il montre à quel point les eaux sont boueuses : De nombreux Israéliens pensent que la politique de confinement du Premier ministre a été façonnée par sa dépendance à l’égard de ses partenaires de la coalition ultra-orthodoxe, et son besoin de leur soutien pour les élections du mois prochain, et donc que le pays tout entier a été maintenu chez lui parce qu’il n’ose pas s’aliéner l’électorat ultra-orthodoxe, dans la communauté duquel de nombreuses écoles sont restées ouvertes au mépris des lois et où la contagion a souvent été disproportionnée.

Des hommes ultra-orthodoxes organisent un rassemblement contre les restrictions relatives au coronavirus, dans le quartier Mea Shearim de Jérusalem, le 9 février 2021. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Toute la gestion de la COVID par la coalition a été biaisée par une politique étroite, s’est plaint Moshe Fadlon, le maire d’Herzliya, sur la radio de l’armée mercredi matin, alors qu’il annonçait qu’avec deux autres autorités locales voisines, il prévoyait de défier le gouvernement national et de rouvrir des écoles dans les prochains jours. Des groupes hôteliers ont également annoncé leur intention de rouvrir, que le gouvernement les y autorise ou non.

Ces dernières semaines, les magasins et les restaurants ont régulièrement défié les restrictions spécifiques de confinement – la rébellion s’est intensifiée jeudi – en protestant qu’ils ne pouvaient tout simplement pas supporter les coûts financiers d’une fermeture prolongée et en se plaignant qu’il était injuste et intenable qu’ils soient tenus de respecter à la lettre des lois, une fois de plus, qui sont défiées de manière si flagrante et indulgente dans le secteur ultra-orthodoxe.

Des gens font leurs courses dans un centre commercial à Bat Yam qui a été partiellement ouvert en dépit des directives gouvernementales COVID-19, le 11 février 2021. (Avshalom Sassoni/Flash90)

Lorsqu’un gouvernement inspire une grande méfiance dans sa gestion globale d’une pandémie, et lorsque des citoyens jusqu’ici respectueux des lois se sentent obligés d’enfreindre des lois destinées à sauver des vies, il n’est pas surprenant que la confiance et l’intérêt du public pour une campagne de vaccination lancée par le gouvernement ne soient pas aussi élevés qu’ils le devraient.

Incitations à la vaccination

Yuval Steinitz, un ministre de la coalition de Netanyahu, aurait suggéré la semaine dernière, lors de l’une des interminables chamailleries qui se déroulent ces jours-ci lors des réunions du cabinet et qui font l’objet de fuites systématiques, qu’Israël rende la vaccination obligatoire. Il a été, nous dit-on, rapidement fustigé.

Une telle démarche serait presque certainement considérée comme illégale, mais elle est également mal conçue.

L’incitation, plutôt que la punition, est la voie à suivre. Les rebelles du groupe hôtelier prévoient de n’ouvrir leurs portes qu’aux clients qui ont été vaccinés ou dont les tests COVID actuels sont négatifs. Les restaurants rebelles font de même. Le cabinet est maintenant entraîné dans la même direction – il envisage de rouvrir les gymnases, les cafés, les manifestations culturelles et autres, mais uniquement aux personnes vaccinées et à celles dont le test de dépistage du coronavirus est négatif, tout en faisant payer les tests afin d’encourager davantage la vaccination.

Lors de son apparition sur la Douzième chaîne lundi, la femme derrière le groupe Facebook qui a été supprimé a protesté contre le fait qu’elle risque d’être traitée « comme une citoyenne de seconde zone » en se voyant interdire l’accès aux centres commerciaux parce qu’elle ne veut pas se faire vacciner. Il faut espérer, selon son ressentiment prémonitoire, qu’une réouverture progressive d’Israël uniquement à ceux qui ont eu leur injection devrait constituer une puissante incitation.

D’après un sketch satirique de « Eretz Nehederet » : Des feux de signalisation pour les piétons ? Dites simplement non. (Capture d’écran de la Douzième chaîne)

Les moqueries envers les anti-vax peuvent aussi aider. L’émission satirique « Eretz Nehederet » (« Pays merveilleux ») de la Douzième chaîne de télévision a recyclé cette semaine un vieux sketch mettant en scène la mère fondatrice d’un « groupe de feux anti-trafic », dont le but est d’apprendre aux enfants à ignorer les signaux des passages pour piétons lorsqu’ils traversent la rue. « Frapper le pare-chocs est un choix éclairé », déclare-t-elle. « Qui a dit qu’il fallait éviter de se faire écraser ? »

C’est vrai. Se passer du vaccin qui sauve la vie est un choix éclairé. Qui a dit qu’il fallait éviter une pandémie mortelle ?

Dans tous les cas, le poids des preuves directes montrant la vulnérabilité permanente au COVID de ceux qui ne sont pas vaccinés va progressivement faire voler en éclats tout le scepticisme, sauf le plus ancré. Les extrémistes anti-Vax ne seront toujours pas persuadés, mais il faut croire qu’une majorité écrasante peut encore faire preuve de bon sens pour sauver des vies.

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