Stefania Sciama : « Mon père est mort seul et je ne peux pas réconforter ma mère »
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Stefania Sciama : « Mon père est mort seul et je ne peux pas réconforter ma mère »

L'Italie est actuellement en tête du classement mondial des décès liés au COVID-19, mais les funérailles sont interdites. Voici comment les communautés juives vivent confinées

  • Une rue vide mène à l'ancien Colisée, à Rome, le mardi 24 mars 2020. (AP Photo/Andrew Medichini)
    Une rue vide mène à l'ancien Colisée, à Rome, le mardi 24 mars 2020. (AP Photo/Andrew Medichini)
  • Une vue de l'unité de soins intensifs de l'hôpital de campagne d'urgence qui est en train d'être mis en place à l'extérieur de l'hôpital de Crémone, dans le nord de l'Italie, le 20 mars 2020. (Claudio Furlan/LaPresse via AP)
    Une vue de l'unité de soins intensifs de l'hôpital de campagne d'urgence qui est en train d'être mis en place à l'extérieur de l'hôpital de Crémone, dans le nord de l'Italie, le 20 mars 2020. (Claudio Furlan/LaPresse via AP)
  • Intérieur de la Grande Synagogue de Rome. (Autorisation)
    Intérieur de la Grande Synagogue de Rome. (Autorisation)
  • Une vue de la Place d'Espagne vide, à Rome, mardi 24 mars 2020. (AP Photo/Andrew Medichini)
    Une vue de la Place d'Espagne vide, à Rome, mardi 24 mars 2020. (AP Photo/Andrew Medichini)
  • Un soldat italien entre dans l'hôpital de campagne construit à Crema, en Italie, le mardi 24 mars 2020. (AP Photo/Antonio Calanni)
    Un soldat italien entre dans l'hôpital de campagne construit à Crema, en Italie, le mardi 24 mars 2020. (AP Photo/Antonio Calanni)
  • Extérieur de la Grande Synagogue de Rome. (Autorisation)
    Extérieur de la Grande Synagogue de Rome. (Autorisation)

MANTOUE – Le 16 mars, l’ancien secrétaire général de la communauté juive de Milan, Michele Sciama, est devenu le premier juif italien à mourir du COVID-19. À ce jour, l’Italie est le pays qui a connu le plus grand nombre de décès liés au COVID-19 et est le deuxième pays au monde pour les contaminations, après la Chine.

Sciama a été enterré dans le cimetière juif de Milan, mais sa famille n’a pas pu assister à l’enterrement du chef de la communauté qu’il était.

« Perdre un être cher sans lui dire au revoir est vraiment douloureux. Mon père est mort seul et maintenant je ne peux même pas réconforter ma mère », a déclaré Stefania, la fille de Michele, au Times of Israel cette semaine.

Le beau-fils de Sciama, Simone Sinai, a expliqué que les réglementations gouvernementales qui interdisent les offices religieux dans les lieux de culte empêchaient la tenue de cérémonies funéraires publiques.

« Actuellement, seule une courte cérémonie d’adieu est autorisée. C’est très douloureux, mais nous avons dû nous adapter aux nouvelles règles », a déclaré Sinai.

Stefania Sciama et son mari ont passé la shiva, ou période traditionnelle de deuil juif de sept jours, seuls et sans pouvoir quitter la maison. Certains parents qui vivent à proximité ont laissé des provisions sur le pas de leur porte.

Michele Sciama sur une photo non datée. (Autorisation)

« Malheureusement, ma mère est actuellement seule », a déclaré Stefania. « Nous sommes restés en contact par Skype, et des amis, des parents et des rabbins nous ont réconfortés. Nous avons prié à distance. Ce furent des moments très intenses de rencontre. Vendredi dernier, nous avons allumé les bougies du Shabbat avec plus de 400 personnes connectées en ligne ».

La propagation du coronavirus augmente de jour en jour. Au 25 mars, il y a 74 386 cas de coronavirus confirmés en Italie, 7 503 morts et 9 362 guérisons. Des dizaines de Juifs ont contracté le virus, et six sont déjà morts.

Environ 30 000 Juifs vivent en Italie. Les communautés juives italiennes se sont adaptées aux dispositions de plus en plus strictes du gouvernement visant à créer une distanciation sociale entre les citoyens. Bien que les nouvelles règles permettent l’ouverture des lieux de culte, les synagogues ont été fermées par précaution.

Stefania Sciama et son mari remercient la communauté juive de Milan, désormais dirigée par Milo Hasbani, ainsi que la présidente de l’Union des communautés juives italiennes, Noemi Di Segni, d’avoir garanti que ses membres reçoivent une assistance appropriée.

« La situation est très grave », a déclaré Mme Di Segni au Times of Israel. « Je pense avant tout aux difficultés rencontrées par les malades, mais aussi aux personnes contraintes de rester à la maison. Il y a une atmosphère de tristesse ».

Di Segni a noté que la communauté juive est familière des périodes d’urgence et de guerre, « même si nous sommes conscients que cette pandémie n’est pas une véritable guerre ».

La présidente de l’Union des communautés juives italiennes, Noemi Di Segni. (Photo de Giovanni Montenero)

« Désormais, nous écoutons les histoires de nos aînés avec une oreille différente », a-t-elle déclaré. « C’est une écoute qui génère un lien et un sentiment d’identité partagés ».

L’Union des communautés juives italiennes est sur le point de lancer une ligne téléphonique d’urgence à l’échelle nationale afin de fournir un accompagnement aux personnes isolées, d’offrir un soutien psychologique à ceux qui ont besoin d’aide et de garantir une assistance médicale pour les questions sans rapport avec le coronavirus.

« Nous essayons d’aider tout le monde, et en particulier les personnes âgées », a déclaré Mme Di Segni. Elle a ajouté que l’organisation distribue actuellement des produits de première nécessité chez les particuliers et dans les hôpitaux. Malheureusement, dit-elle, il y a beaucoup plus de personnes dans le besoin que jamais et les travailleurs sociaux reçoivent des demandes constantes. Afin de collecter des fonds pour les familles juives italiennes dans le besoin, l’Union des communautés juives italiennes et les communautés juives de Rome et de Milan ont lancé une campagne de financement participatif.

Milan

« Je suis épuisé », a déclaré le président de la communauté juive de Milan, M. Hasbani. « Giorgio Sinigaglia est décédé lundi à l’âge de cinquante-quatre ans. Il était très actif dans la communauté et avait quatre enfants. Au total, il y a sept ou huit personnes malades ».

La communauté juive locale compte 5 300 membres officiels et environ 1 500 autres juifs non enregistrés dans la région. En Lombardie, l’épicentre de l’épidémie en Italie, on compte également environ 500 Israéliens travaillant sous contrat à durée déterminée.

Le président de la communauté juive de Milan, Milo Hasbani. (Autorisation)

La communauté juive a pris des mesures pour contenir le virus. « Les écoles sont fermées depuis plusieurs semaines. Notre maison de retraite, qui accueille 100 résidents, est confinée. Les proches ne peuvent pas entrer… Heureusement, il n’y a pas eu de cas de contagion », a déclaré M. Hasbani.

Bien que les bureaux et les synagogues soient fermés dans tout Milan, la communauté continue de fournir une assistance aux personnes dans le besoin par le biais d’un centre d’appel et d’un service social.

Des soldats italiens patrouillent alors que la cathédrale gothique du Duomo est visible en arrière-plan, à Milan, le 20 mars 2020. (AP Photo/Luca Bruno)

Le rabbin Alberto Somekh enseigne au lycée juif de Milan et était auparavant le grand rabbin de Turin. Dans un article publié sur le site web de la communauté juive, il a rappelé comment la Torah décrit le peuple juif face aux épidémies à travers l’histoire.

« Les maîtres du Talmud affirment que le risque pour la santé exige une plus grande attention et une plus grande rigueur comportementale que les interdictions normales de la Torah », a-t-il déclaré. « Je crois que le passage talmudique le plus significatif pour notre situation actuelle est le suivant : « S’il y a un fléau dans la ville, retirez vos pas. C’est-à-dire, enfermez-vous à la maison ».

Quiconque sors de la maison sans raison n’enfreint pas seulement une loi de l’État. Il enfreint la loi juive

« Quiconque sort de la maison sans raison n’enfreint pas seulement une loi de l’État. Il enfreint la loi juive », a déclaré Somekh.

Parmi les autres préoccupations de la communauté juive, il y a l’accès à la nourriture casher, car le gouvernement applique des restrictions strictes en matière de déplacements. Le magasin casher local a amélioré son accessibilité en permettant aux clients de commander des produits alimentaires et de venir les chercher à une heure programmée.

Rome

La communauté juive de Rome, qui compte environ 15 000 personnes, est la plus importante d’Italie. L’un de ses membres est mort des suites de complications liées au coronavirus. Alors que le virus force de plus en plus les gens à se confiner, les dirigeants juifs de Rome s’efforcent de combler virtuellement le vide et de rassembler les membres, a déclaré le porte-parole de la communauté, Daniel Funaro.

Une vue de la Place d’Espagne vide, à Rome, mardi 24 mars 2020. (AP Photo/Andrew Medichini)

La communauté propose des cours en ligne et des conférences de rabbins via les plateformes de réseaux sociaux, et a créé des groupes Facebook pour que les gens puissent se retrouver, a déclaré M. Funaro. La communauté de Rome a également ouvert une ligne téléphonique directe pour les personnes ayant besoin de soutien ou d’assistance.

« Plusieurs centaines de personnes se sont adressées à nous », a déclaré M. Funaro. « Nous apportons des provisions aux personnes âgées et essayons de rassurer ceux qui sont particulièrement inquiets ».

« Malheureusement, même au sein de notre communauté, certaines personnes ont été contaminées et une d’entre elles est morte », a-t-il déclaré.

Le président italien Sergio Mattarella, (à gauche), serre la main de Daniel Funaro. (Autorisation)

À une époque où les normes imposent de rester à la maison, les gens ont beaucoup de temps libre pour lire des livres et étendre leurs connaissances. La branche culturelle de la communauté juive de Rome a promu sur sa page Facebook un programme dans lequel des écrivains, des libraires, des journalistes et des historiens présentent de grandes œuvres de la littérature juive.

Les petites communautés juives

Les chefs religieux des petites et moyennes communautés juives comme Venise, Florence, Bologne et Vérone s’efforcent de renforcer l’unité et la cohésion alors que leurs congrégations sont confinées.

Trieste, une ville du nord de l’Italie, à la frontière de la Slovénie, abrite l’une des plus grandes synagogues d’Europe. Cependant, malgré la petite taille de la congrégation, il y a quelques jours encore, des offices y étaient régulièrement célébrés.

Une vue de l’unité de soins intensifs de l’hôpital de campagne d’urgence qui est en train d’être mis en place à l’extérieur de l’hôpital de Crémone, dans le nord de l’Italie, le 20 mars 2020. (Claudio Furlan/LaPresse via AP)

« Faire respecter les distances de sécurité et autres réglementations n’a pas été un problème », a écrit le grand rabbin Alexander Meloni dans un article publié sur le site d’information juif italien « Pagine Ebraiche ».

« Jusqu’à il y a quelques jours, je pensais ouvrir la synagogue pour les tefiloth [prières] », a déclaré Meloni. « En raison de nouvelles réglementations gouvernementales visant à empêcher les gens de sortir ou de se déplacer, nous avons décidé de fermer la synagogue ».

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