Sur les pas de Lawrence d’Arabie, une église de près de 1 400 ans découverte dans le Neguev
L'église décorée de mosaïque découverte au parc national Nitzana donne une idée du parcours des pèlerins qui voyageaient en Terre Sainte jusqu’au monastère de Sainte-Catherine en Égypte
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Une église vieille de 1 400 ans, ornée de sols en mosaïque colorée, a été découverte dans le parc national de Nitzana, dans le Neguev, a annoncé lundi l’Université Ben Gurion.
Il s’agit de la sixième église découverte à cet endroit également connu sous le nom de « Nessana », situé à côté de la frontière avec l’Égypte.
À l’époque byzantine, l’endroit était une étape incontournable pour les pèlerins entre la Terre Sainte et le monastère Sainte-Catherine dans le Sinaï, explique au Times of Israel par téléphone la professeure Yana Tchekhanovets, membre du département d’archéologie de l’Université Ben Gurion.
« Nous sommes arrivés là il y a de cela quatre ans ; notre objectif principal a été de présenter Nitzana comme un lieu clé de l’étude de la culture matérielle liée aux premiers pèlerinages chrétiens. De par sa localisation, Nitzana était une sorte de centre logistique pour les nombreux pèlerins », poursuit Tchekhanovets.
« À notre connaissance, en lui-même, cet emplacement ne compte ni lieu saint ni relique d’importance. C’était simplement la dernière étape avant le désert », ajoute-t-elle. « C’est ce qui l’a rendue très dynamique ; les gens restaient là un moment, aussi des habitants ont-ils commencé à construire toutes ces églises. »
Selon Tchekhanovets, le village a compté jusqu’à 2 000 habitants, ce qui n’explique pas la présence d’un si grand nombre d’églises, si l’on excepte les pèlerins.
Les précédentes années, l’équipe de l’Université Ben Gurion a découvert une auberge pour pèlerins comprenant une petite église et un bain public décoré de marbre et de peintures murales.
Des graffitis de pèlerins ont également été découverts en plusieurs endroits de Nitzana, certains d’entre eux faisant allusion à des endroits très éloignés, comme la Géorgie ou l’Arménie.
L’église au sol de mosaïque a été découverte en février dernier lors des dernières fouilles en date menées par les archéologues de l’Université Ben Gurion.
« C’est la plus belle des six églises, car c’est la seule à présenter des sols en mosaïque colorée, contrairement aux sols en pierre qui caractérisent les autres », explique Tchekhanovets.
Ces mosaïques présentent des motifs géométriques et floraux complexes.
Les archéologues ont pu dater précisément l’achèvement de l’église grâce à une inscription dédiant le bâtiment à son bienfaiteur, en 601 de notre ère.
« L’inscription parle d’un certain Sergius, qui a investi de l’argent dans ce bâtiment, de même que sa sœur et son neveu, venus à Nitzana depuis Emesa, une ville en Syrie connue aujourd’hui sous le nom de Homs », explique Tchekhanovets.
« En archéologie, il est plutôt rare d’avoir une datation détaillée », note-t-elle.
Les chercheurs sont venus à Nitzana en sachant qu’il existait une église avec des sols en mosaïque.
« Deux explorateurs britanniques, Lawrence d’Arabie et Leonard Woolley, avaient déjà vu cette église il y a 100 ans », poursuit Tchekhanovets. « Ils ont vu les autorités ottomanes construire un centre militaire en cet endroit abandonné, et détruire une église ancienne. Ils nous ont laissé un plan du site ancien, et grâce à ce plan et aux technologies modernes de SIG [Systèmes d’Information Géographique], nous avons pu la localiser. »
Les archéologues de l’Université Ben Gurion ne sont pas les premiers à fouiller Nitzana. De précédentes expéditions ont eu lieu dans les années 1930 et 1980 – la dernière a été menée par l’Université Ben Gurion.
Les fouilles des années 1930 avaient permis de découvrir deux églises, les vestiges d’un fort romain et deux papyrus exceptionnels témoignant de la vie des habitants.
Selon Tchekhanovets, le nom de Sergius est mentionné dans ces papyrus : le fait que ce puisse être le même Sergius qui a financé l’église fait l’objet d’études.
« Sergius était sans doute un nom courant dans le village, car l’église principale était elle aussi dédiée à un certain Sergius », souligne-t-elle.
Selon elle, même si l’église principale du village a sans doute été construite une centaine d’années avant celle dont les sols sont recouverts de mosaïques, toutes les églises ont été actives en même temps.
Après la conquête islamique de 638 de notre ère, Nitzana a continué d’attirer des pèlerins chrétiens, mais 150 ans plus tard environ, tout a changé lorsque la Terre Sainte s’est retrouvée coupée du reste du monde chrétien.
« Il y avait nettement moins de pèlerins, la colonie s’est peu à peu dépeuplée jusqu’à son total abandon, sans doute au début du IXe siècle », explique Tchekhanovets.
L’an prochain, les archéologues reviendront pour de nouvelles fouilles afin de trouver la réponse à d’autres questions autour de l’église et de son rôle au sein de la communauté.
« Au-delà de l’église, nous avons découvert des pièces annexes, elles aussi revêtues de sols en mosaïque », conclut Tchekhanovets.
« Nous souhaitons comprendre de quoi il s’agit. D’une autre maison d’hôtes, ou peut-être d’un monastère ? »
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