Syrie : les Kurdes s’allient à Damas face à l’avancée des forces turques
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Syrie : les Kurdes s’allient à Damas face à l’avancée des forces turques

Après l'annonce du retrait de militaires américains du secteur, les forces kurdes n'ont eu d'autre choix que de réclamer un déploiement de l'armée d'al-Assad près de la frontière

De la fumée monte de la ville syrienne de Ras al-Ain, sur une photo prise du côté turc de la frontière à Ceylanpinar le 11 octobre 2019, le troisième jour de l'opération militaire turque contre les forces kurdes. (Crédit : Ozan KOSE / AFP)
De la fumée monte de la ville syrienne de Ras al-Ain, sur une photo prise du côté turc de la frontière à Ceylanpinar le 11 octobre 2019, le troisième jour de l'opération militaire turque contre les forces kurdes. (Crédit : Ozan KOSE / AFP)

Les troupes de Damas se rapprochent lundi de la frontière avec la Turquie, au lendemain de l’annonce d’un accord par les Kurdes, contraints de se tourner vers le régime pour contenir l’offensive des forces turques dans le nord de la Syrie.

Après l’annonce du retrait de militaires américains du secteur, les forces kurdes n’ont eu d’autre choix que de réclamer un déploiement de l’armée de Bachar al-Assad près de la frontière, pour contrer la progression du voisin turc et de ses supplétifs syriens.

Lancée le 9 octobre dans le nord syrien, l’offensive d’Ankara vise à instaurer une « zone de sécurité » de 32 km de profondeur pour séparer sa frontière des territoires contrôlés par les Unités de protection du peuple (YPG), milice kurde qualifiée de « terroriste » par Ankara.

Les forces turques ont déjà conquis une bande territoriale longue d’environ 120 kilomètres, allant de la ville frontalière de Tal Abyad jusqu’à l’ouest de Ras al-Aïn.

Pour parer à la progression des forces turques, l’armée syrienne s’est déployée au sud de Ras al-Aïn, à la périphérie de Tal Tamr, où son arrivée a été saluée par les habitants, a constaté un correspondant de l’AFP.

Des combats continuent de faire rage dans cette localité entre les troupes turques et les Forces démocratiques syriennes (FDS), principale coalition de combattants kurdes et arabes.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), certaines unités de l’armée syrienne se sont approchées jusqu’à 6 km de la frontière.

Les chars du régime se sont aussi déployés dans d’autres secteurs du nord, près de Minbej, et aux abords des villes de Tabqa et de Aïn Issa, d’après l’OSDH.

L’accord entre les Kurdes et le régime prévoit l’entrée de l’armée dans les villes de Minbej et d’Aïn al-Arab, le nom arabe de Kobané, d’après le quotidien Al-Watan proche du pouvoir.

Les deux villes pourraient se retrouver au coeur des combats : lundi, le président turc Recep Tayyip Erdogan a dit avoir pris une « décision au sujet de Minbej », en phase « d’application ».

L’intervention du régime de Damas est un véritable retournement de situation illustrant la complexité de la guerre qui déchire la Syrie depuis 2011, Damas fustigeant régulièrement l’autonomie de facto instaurée par la minorité kurde.

« Entre les compromis et le génocide de notre peuple, nous choisirons la vie », a dit à Foreign Policy Mazloum Abdi, le haut commandant des FDS, pour justifier l’accord avec Damas.

Longtemps opprimés, les Kurdes ont pu à la faveur du conflit établir leur propre « administration autonome » sur près d’un tiers du territoire syrien, dans le nord et le nord-est du pays.

Et dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI), ils ont été les partenaires de Washington face aux jihadistes. Or, ces derniers jours, les Occidentaux ont alerté d’une résurgence de l’EI à la faveur du chaos sécuritaire dans le nord syrien.

Des milliers de combattants de l’EI et leurs familles se trouvent dans les prisons et les camps de déplacés gérés par les Kurdes. Dimanche, ces derniers ont annoncé la fuite de près de 800 proches de jihadistes étrangers d’un de ces camps.

« Les Kurdes pourraient être en train d’en relâcher quelques-uns pour nous forcer à nous impliquer », a accusé lundi sur Twitter le président américain Donald Trump.

Les Kurdes ont de leur côté accusé Washington de les avoir abandonnés en retirant la semaine dernière des soldats de zones frontalières puis en annonçant dimanche le retrait de près de 1 000 soldats du nord syrien.

Depuis le début de l’offensive, 128 combattants des forces kurdes et 69 civils ont été tués, selon l’OSDH, et 94 rebelles proturcs sont morts. Plus de 130 000 personnes ont été déplacées, d’après l’ONU.

La Turquie a annoncé la mort de quatre soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de roquettes kurdes sur des villes frontalières turques.

« Il y a un vaste réseau de tunnels sous la ville » de Ras al-Aïn, a affirmé à l’AFP Abou Bassam, un commandant des rebelles proturcs. Les combattants des FDS « se déplacent rapidement et sous terre. »

L’Union européenne a condamné lundi l’offensive d’Ankara, qui « compromet gravement la stabilité et la sécurité de l’ensemble de la région ».

Principal allié de Damas, Moscou a rapporté « des contacts entre les autorités russes et turques », selon un porte-parole du président russe Vladimir Poutine. M. Erdogan a de son côté salué « l’approche positive » de la Russie sur Kobané, une ville kurde proche de la frontière.

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