Syrie : l’Otan tempête mais ne condamne pas Ankara
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Syrie : l’Otan tempête mais ne condamne pas Ankara

Jens Stoltenberg a refusé de condamner l'intervention turque et il a avalisé "les légitimes préoccupations pour sa sécurité" avancées par la Turquie pour l'expliquer

(Premier rang, de droite à gauche) Le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg,le secrétaire d'Etat américain à la Défense Mark Esper, le ministre de la Défense britannique Ben Wallace et son homologue turc Hulusi Akar, lors d'une réunion de l'OTAN à Bruxelles, le 24 octobre 2019. (Crédit : JOHN THYS/AFP)
(Premier rang, de droite à gauche) Le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg,le secrétaire d'Etat américain à la Défense Mark Esper, le ministre de la Défense britannique Ben Wallace et son homologue turc Hulusi Akar, lors d'une réunion de l'OTAN à Bruxelles, le 24 octobre 2019. (Crédit : JOHN THYS/AFP)

La première réunion de l’Otan depuis le déclenchement par la Turquie de son opération militaire contre les Kurdes dans le nord-est de la Syrie a donné lieu jeudi à « une discussion musclée », mais il n’est « pas question » pour l’Alliance de « perdre » un allié stratégique en l’humiliant avec une mise en accusation.

« Il y a des désaccords de fond. Ils sont connus et la discussion a été franche et ouverte », a diplomatiquement déclaré le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg dans son compte-rendu de la première journée de la réunion des ministres de l’Alliance.

Jens Stoltenberg a refusé de condamner l’intervention turque et il a avalisé « les légitimes préoccupations pour sa sécurité » avancées par la Turquie pour l’expliquer.

Il n’est « pas question de se disputer », a commenté un diplomate de haut rang. Et il n’est « pas question de sanctionner Ankara ni d’exclure la Turquie, il n’y a pas de procédure pour cela », a-t-il rappelé. « On ne veut pas perdre la Turquie, car c’est un allié stratégique », a-t-il encore dit.

Dans cette photo du 8 juillet 2019, le secrétaire américain à la Défense Mark Esper attend l’arrivée de l’Emir du Qatar Sheikh Tamim bin Hamad Al Thani au Pentagone. (AP Photo/Susan Walsh)

Le chef du Pentagone Mark Esper a confirmé cette approche. « La Turquie va dans la mauvaise direction sur de nombreuses questions » et elle « nous a mis dans une situation terrible avec son opération injustifiée en Syrie », a-t-il déploré à son arrivée à Bruxelles.

Mais il a aussitôt plaidé la nécessité de « travailler avec la Turquie pour qu’elle redevienne un allié fort et fiable ».

Sortir la Turquie de l’orbite russe 

Les Etats-Unis s’inquiètent de voir un « bon allié tourner sur l’orbite de la Russie plutôt que sur l’orbite de l’Otan », a-t-il reconnu.

Ankara multiplie les gestes de défiance vis-à-vis de l’Alliance. La Turquie a ainsi décidé d’acheter à la Russie son système de défense antimissile S-400 malgré les protestations des alliés et le président Recep Tayyip Erdogan a conclu un accord avec le président russe Vladimir Poutine pour contrôler la partie du territoire de la Syrie reprise aux Kurdes à la frontière turque.

Cette attitude exaspère ses partenaires de l’Otan. Ankara s’efforce de désamorcer les tensions au cours des rencontres bilatérales pendant la réunion des ministres de la Défense.

Le ministre turc Hulusi Akar a manifestement désarmé son homologue allemande Annegret Kramp-Karrenbauer pendant leur entretien.

« Je me félicite que mon homologue turc nous ait assuré que le gouvernement turc n’a pas l’intention de mener un grand programme de réinstallation dans le nord-est de la Syrie et que l’opération militaire n’est pas un programme de nettoyage ethnique », a-t-elle déclaré à la presse.

Annegret Kramp-Karrenbauer a par ailleurs salué « l’ouverture de la Turquie à une participation de la communauté internationale » à la sécurisation de la région.

La ministre allemande a défendu son idée de créer, sous l’égide de l’ONU, une zone de protection internationale dans le nord de la Syrie. Mais l’accord entre les présidents Erdogan et Poutine menace son projet. « La situation a changé aujourd’hui sur le terrain », a souligné son homologue belge Didier Reynders. « Il va falloir en parler avec la Russie », a averti le représentant d’un pays européen.

« La priorité doit être la poursuite de la lutte contre les combattants de l’Etat islamique », a insisté Jens Stoltenberg. « Tout le monde est d’accord », a-t-il assuré

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN, au Conseil de l’Union européenne, à Bruxelles, le 18 mai 2017. (Crédit : Thierry Charlier/AFP)

La France souhaite toutefois des éclaircissements sur la position des Etats-Unis et réclame une réunion des ministres des pays de la coalition internationale contre Daech (l’Etat islamique) jeudi ou vendredi, en marge de la réunion de Bruxelles.

Pour Paris, l’intervention de la Turquie, un membre de cette coalition constituée par Washington, met en danger la lutte contre l’EI, car elle est dirigée contre les forces kurdes alliées de la coalition sur le terrain.

Il va falloir « recalibrer » la mission de la coalition, a déclaré Mark Esper.

« Notre engagement envers eux (les Kurdes) n’est pas d’établir un État autonome ou de les défendre contre la Turquie. C’est la dure réalité », a-t-il expliqué.

Le président Donald Trump a toutefois une nouvelle fois modifié la position américaine. Il a salué jeudi dans un tweet la contribution des forces kurdes à la reprise de champs pétrolifères aux mains des combattants de l’Etat islamique.

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