Syrie : une province interdit le maquillage pour les fonctionnaires
Cette décision a entraîné un tollé sur internet ; cette interdiction intervient après une série d'incidents qui ont ravivé les craintes sur les libertés individuelles

Une décision des autorités locales de Lattaquié (ouest) interdisant aux fonctionnaires d’être maquillées au travail a suscité une levée de boucliers en Syrie, des citoyens s’inquiétant mercredi d’entraves aux libertés individuelles.
Depuis le renversement fin 2024 de l’ex président Bachar al-Assad, les nouvelles autorités islamistes syriennes n’ont pas imposé de restrictions sur les comportements, mais certains incidents ont suscité des craintes pour les libertés publiques.
Sur les réseaux sociaux, les internautes ont fait circuler la copie d’une circulaire de la province de Lattaquié enjoignant les administrations à demander aux « employées féminines de ne pas porter de maquillage pendant leurs heures de travail », sous peine de sanctions.
« En vertu de quel article et de quelle loi? », a lancé la militante syrienne Reem Turk sur Facebook.
« Vous êtes tellement ridicules que c’en est presque triste », a-t-elle ajouté.
Suite à la controverse, les autorités de la province ont publié un communiqué affirmant que la décision « ne visait pas à (…) limiter les libertés individuelles » mais à « réguler l’apparence professionnelle et éviter l’usage excessif de cosmétiques ».
« Avez-vous résolu l’ensemble des problèmes de Lattaquié au point qu’il ne reste que le maquillage des femmes ? », s’est interrogé sur Facebook un internaute, Jaber Qassem.
Lattaquié, bastion de la minorité alaouite en Syrie et province d’origine de Bachar al-Assad, a été le théâtre de massacres qui ont fait en mars plusieurs centaines de morts, majoritairement des alaouites.
Depuis lors, habitants et ONG ont signalé des enlèvements, des meurtres et d’autres violations dans la région.
La communauté internationale exhorte régulièrement Damas à respecter les libertés, protéger les droits des minorités et des femmes.
Cette interdiction intervient alors que les Syriens ne constatent toujours pas d’amélioration notable de leurs conditions de vie, plus d’un an après la chute d’Assad, et après une série d’incidents ravivant les craintes sur les libértés individuelles.
Parmi elles figurait une décision prise samedi dans la ville d’Al-Tal, dans la province de Damas, interdisant aux hommes de travailler dans les magasins de vêtements pour femmes.
L’an dernier, les autorités ont imposé le port de maillots couvrants sur les plages publiques, et une attaque meurtrière contre une boîte de nuit de Damas en mai a encore exacerbé les inquiétudes.
Pour l’utilisatrice de Facebook Dima Khshef, l’interdiction à Lattaquié « n’est pas un règlement administratif », mais plutôt « une ingérence directe (…) dans la liberté des femmes ».







