Syrie : week-end meurtrier à Alep, la Russie en accusation à l’ONU
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Syrie : week-end meurtrier à Alep, la Russie en accusation à l’ONU

Washington, Londres et Paris tentent de stopper l'offensive aérienne lancée vendredi par le régime et la Russie pour faire tomber les quartiers insurgés d'Alep

Le Conseil de sécurité des Nations unies réuni à l'ONU, à New York, le 22 juillet 2014. (Crédit : Kena Betancur/Getty Images/AFP)
Le Conseil de sécurité des Nations unies réuni à l'ONU, à New York, le 22 juillet 2014. (Crédit : Kena Betancur/Getty Images/AFP)

Les pays occidentaux ont mis Moscou en accusation dimanche au Conseil de sécurité de l’ONU, réuni d’urgence à New York alors qu’Alep continuait d’être bombardée sans relâche par les avions du régime syrien et de son allié russe.

Après une semaine de vaines discussions diplomatiques, le Conseil a entamé une réunion dimanche à 11H00 heure locale (15H00 GMT) à la demande des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France.

Ces pays veulent tenter de stopper l’offensive aérienne lancée vendredi par le régime et la Russie pour faire tomber les quartiers insurgés d’Alep, la deuxième ville du pays, et obtenir ainsi une victoire d’éclat sur les forces rebelles.

La France a dénoncé dimanche des « crimes de guerre » commis à Alep et estimé que ces crimes « ne doivent pas rester impunis ».

L’ambassadeur français François Delattre a accusé Damas et Moscou de poursuivre une solution militaire en Syrie et de se servir des négociations comme d’un « écran de fumée ».

Capture d’écran François Delattre (Crédit : YouTube)
Capture d’écran François Delattre (Crédit : YouTube)

L’ambassadeur britannique Matthew Rycroft a lui aussi dénoncé « des violations flagrantes des lois internationales » à Alep et évoqué la possibilité de recourir à la saisine de la Cour pénale internationale.

La dernière tentative du Conseil de le faire s’était soldée par un veto russe.

L’ambassadrice américaine Samantha Power a eu des mots très durs pour la Russie, parrain avec Washington du processus diplomatique en Syrie.

Moscou « soutient un régime meurtrier » et « abuse du privilège » d’être membre permanent du Conseil disposant d’un droit de veto, a-t-elle affirmé. « L’histoire ne sera pas tendre » avec elle.

Certes il y a des groupes terroristes en Syrie mais « ce que la Russie fait (à Alep), ce n’est pas de la lutte anti-terrorisme, c’est de la barbarie », a-t-elle dénoncé.

Samantha Power et le président Barack Obama le 5 juin 2013 (Crédit : Alex Wong/Getty)
Samantha Power et le président Barack Obama le 5 juin 2013 (Crédit : Alex Wong/Getty)

La pluie de bombes larguées depuis trois jours sur Alep a fait au moins 115 morts, dont 14 depuis dimanche à l’aube, selon un nouveau bilan de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Parmi eux, figurent au moins 19 enfants ensevelis sous les ruines des immeubles détruits dans les raids.

« Toute la nuit, les bombardements n’ont pas cessé », a témoigné à l’AFP Ahmad Hajjar, un habitant du quartier rebelle d’Al-Kallassé. « Je n’ai pas fermé l’oeil jusqu’à 04H00 du matin », a précisé cet homme de 62 ans.

‘Scène horrible’

Ahmad Hajjar raconte que sa rue est jonchée de « bombes à sous-munition » qui n’ont pas explosé. « Un voisin a été tué par l’une d’entre elles. Je l’ai vu trébucher sur elle, elle a explosé et l’a déchiqueté. C’était une scène horrible ».

Depuis l’annonce jeudi par l’armée du régime d’une nouvelle large offensive pour reprendre les quartiers rebelles, des habitants et militants ont décrit l’utilisation, outre les bombes à sous-munition d’un nouveau type de projectiles.

En s’abattant, ceux-ci font l’effet d’un tremblement de terre d’après eux, faisant s’écrouler un immeuble de plusieurs étages comme un château de cartes et détruisant également le sous-sol, utilisé comme abris par les habitants.

« Je ne sais pas pourquoi le régime nous bombarde de cette manière sauvage. Nous sommes assiégés et nous n’avons nulle part où aller », se désole de son côté Imad Habbouche, à Bab al-Nayrab.

Les quelque 250 000 habitants des quartiers rebelles ne reçoivent plus d’aide de l’extérieur depuis pratiquement deux mois et sont, de plus, privés depuis samedi d’eau à cause des bombardements, selon l’Unicef.

‘Consterné’

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon s’est déclaré samedi « consterné » par l' »escalade militaire épouvantable à Alep ». Il a précisé que « l’apparente utilisation systématique » d’engins incendiaires et de bombes particulièrement puissantes dans des zones habitées « pouvait constituer des crimes de guerre ».

La Russie a clairement été désignée comme la responsable de la reprise des combats dans un communiqué commun publié par l’Union Européenne, les Etats-Unis et les ministres des Affaires étrangères de quatre pays de l’UE (France, Italie, Allemagne et Grande-Bretagne).

« La patience devant l’incapacité ou le refus persistants de la Russie de tenir ses engagements n’est pas infinie », écrivent-t-ils.

« Il appartient à la Russie de prouver qu’elle est disposée et qu’elle est capable de prendre des mesures exceptionnelles pour sauver les efforts diplomatiques » en vue de rétablir la trêve, avertissent les signataires.

La coalition de l’opposition syrienne en exil a appelé samedi depuis Istanbul la communauté internationale à agir pour « faire cesser les massacres ».

La fragile trêve négociée par les Etats-Unis et la Russie n’a tenu qu’une semaine avant de prendre fin lundi dernier. Les efforts diplomatiques menés ensuite en marge de l’Assemblée générale de l’ONU ont échoué.

Sur le front de la lutte contre le groupe Etat islamique (EI), le président Recep Tayyip Erdogan a affirmé dimanche que la Turquie serait prête à participer à une opération menée par les Etats-Unis pour déloger les jihadistes de leur fief de Raqa, à condition que les milices kurdes syriennes n’y participent pas.

La Turquie a lancé une offensive militaire « Bouclier de l’Euphrate » le 24 août pour chasser de sa frontière l’EI et les rebelles kurdes.

M. Erdogan a estimé que ce serait une « honte » que la Turquie et les Etats-Unis ne parviennent à battre les 10.000 jihadistes de l’EI actuellement présents en Syrie, selon des chiffres que le leader turc a avancés.

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