Rechercher

Tom Nides : le temps presse pour l’exemption de visa, le Likud refuse de coopérer

Alors que l’envoyé américain fait pression pour faire adopter les lois nécessaires à l'adhésion d'Israël au programme, le Likud refuse catégoriquement de soutenir les projets de loi

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

L'ambassadeur américain en Israël Tom Nides (à gauche) et le président de l'opposition Benjamin Netanyahu se rencontrent à la Knesset le 9 décembre 2021. (Crédit : Ambassade des États-Unis en Israël)
L'ambassadeur américain en Israël Tom Nides (à gauche) et le président de l'opposition Benjamin Netanyahu se rencontrent à la Knesset le 9 décembre 2021. (Crédit : Ambassade des États-Unis en Israël)

L’ambassadeur américain en Israël, Tom Nides, a prévenu mardi que le temps était compté pour faire avancer les trois textes de loi nécessaires pour qu’Israël puisse rejoindre le programme américain d’exemption de visa (Visa Waiver Program – ou VWP) d’ici la fin de l’année prochaine.

« Nous continuons à travailler dur pour faire avancer le #VisaWaiverProgram qui bénéficiera aux Israéliens et aux Américains. Je ne peux pas ralentir maintenant », a tweeté Nides.

Le VWP permet aux citoyens des pays participants de visiter les États-Unis sans devoir faire de demande de visa, un processus laborieux et coûteux dont le succès n’est en aucun cas garanti.

Les trois projets de loi nécessaires, accordant aux autorités américaines un accès limité aux informations sur les voyageurs à destination des États-Unis – comme requis de tous les membres du VWP -, ont été bloqués à la Knesset en raison de l’opposition menée par le Likud. Avant la dissolution du Parlement en juin, Nides avait tenté de faire pression sur les législateurs de tous bords pour les convaincre d’adopter ces projets de loi, perçus comme extrêmement appréciés par l’ensemble des Israéliens.

Mais cet effort a échoué et il faudra maintenant programmer des sessions extraordinaires, pendant les vacances de la Knesset, pour faire passer la législation. Faute de quoi, Israël devra probablement attendre jusqu’en 2024 au moins pour faire partie du programme d’exemption de visa, sous réserve qu’il remplisse alors les critères.

Un fonctionnaire au fait de la question a cependant confié au Times of Israel que cette année pourrait bien être la seule année où Israël remplirait les conditions requises pour bénéficier du VWP, en raison de la combinaison de deux facteurs : le nombre peu élevé de voyages dus à la pandémie et les efforts déployés par l’ambassade américaine pour aider les Israéliens à remplir leurs demandes de visa, lesquelles comportent depuis toujours des erreurs rédhibitoires. À ce jour, Israël n’avait jamais réussi à maintenir son taux de rejet de visa en dessous des trois pour cent nécessaires pour être inclus dans le VWP.

Quelques heures après le tweet de Nides, la Douzième chaîne a publié une information sans nommer de source selon laquelle l’ambassadeur aurait récemment rencontré Netanyahu et cherché à faire pression sur le leader du Likud pour qu’il soutienne la législation, craignant que l’effort ne soit retardé d’une année entière si les lois n’étaient pas adoptées avant les élections israéliennes du 1er novembre.

Suite à quoi le Likud a publié une déclaration en réponse à cette information, insistant sur le fait que la loi américaine ne permet pas l’entrée d’Israël dans le VWP avant un an de toute façon, suggérant qu’il n’y a pas de véritable raison d’urgence.

Vers la fin de l’année, les autorités américaines recevront le taux de rejet de visa de l’année fiscale précédente, qui se termine fin septembre. Si ce taux est inférieur à trois pour cent, comme l’espère l’ambassade, Israël pourra rejoindre le VWP, pour autant qu’il remplisse les autres critères.

Bien qu’il n’y ait pas de date butoir précise pour l’adoption des trois textes de loi, ceux-ci doivent avoir été appliqués pendant un certain temps avant qu’Israël ne puisse adhérer au VWP, des systèmes informatiques doivent être mis en place et l’ambassadeur américain doit soumettre une demande officielle pour que le pays soit ajouté au programme. Si Israël attend après les élections de novembre, le temps pourrait manquer pour accomplir toutes ces étapes, d’autant plus qu’il est fort possible que la formation d’un nouveau gouvernement prenne du temps, prolongeant ainsi l’impasse politique actuelle.

Dans son communiqué, le Likud dit être opposé à la législation proposée, affirmant qu’elle viole le droit à la vie privée des Israéliens. Le projet de loi serait en grande partie similaire à celui adopté par les 40 autres pays qui ont adhéré au programme américain d’exemption de visa.

« Après la formation d’un gouvernement stable, le Likud soumettra un projet de loi nécessaire, mais responsable, [à la Knesset] et achèvera la démarche d’ici mars 2023, de sorte que l’inclusion au VWP ne sera pas retardée d’un seul jour », a affirmé le Likud.

Selon ses détracteurs, la seule raison pour laquelle le Likud fait preuve d’intransigeance est qu’il cherche à éviter de donner une victoire politique au gouvernement sortant.

Des passagers internationaux arrivent à l’aéroport international de Miami avant d’être contrôlés par le service américain des douanes et de la protection des frontières (CBP) qui utilise la biométrie faciale pour automatiser les contrôles manuels des documents requis pour l’admission aux États-Unis, à Miami, en Floride le 20 novembre 2020. (Crédit : Lynne Sladky/AP)

Les efforts d’Israël pour devenir la 41e nation à rejoindre le programme sont en cours depuis des années. Ils ont reçu un coup de pouce l’année dernière lorsque le président américain Joe Biden a déclaré au premier ministre de l’époque, Naftali Bennett, qu’il souhaitait voir aboutir ce projet et qu’il avait demandé à ses collaborateurs de jouer leur rôle dans ce sens.

En l’absence d’adhésion au programme d’exemption, la loi américaine exige des Israéliens qu’ils fassent une demande de visa avant de se rendre aux États-Unis – un processus qui prend souvent des mois, car il faut prendre rendez-vous à l’ambassade américaine pour un entretien de fond, au cours duquel le personnel consulaire doit s’assurer que les voyageurs entrants ne cherchent pas à rester aux États-Unis indéfiniment.

Si un candidat réussit l’entretien, il doit alors soumettre son passeport à l’ambassade, et il faut généralement compter plusieurs semaines encore avant que celui-ci ne soit renvoyé avec un visa tamponné à l’intérieur. Le délai s’est encore allongé depuis la pandémie, plusieurs Israéliens ont rapporté que les rendez-vous à l’ambassade n’étaient disponibles que pour l’année suivante.

L’adoption des textes législatifs pertinents et le respect du taux de rejet requis ne sont pas les seuls obstacles qu’Israël doit surmonter.

Pour être inclus dans le programme de dispense, les pays doivent accorder des privilèges réciproques à tous les détenteurs de passeports américains à chaque point d’entrée. Cela signifie qu’Israël devra autoriser tous les citoyens américains de Gaza et de Cisjordanie à entrer en Israël sans visa, chose qu’Israël n’accorde pas actuellement pour des raisons de sécurité, selon le gouvernement.

Des restrictions similaires en matière de visa sont appliquées aux Américains d’origine palestinienne qui se rendent en Israël depuis l’étranger, et ces restrictions devraient également être levées au cas où Jérusalem déciderait d’adhérer au programme.

Une source proche de Yoav Kisch, député du Likud, a déclaré au Times of Israel en juin que le parti avait également des problèmes avec la stipulation américaine selon laquelle les autorités seraient tenues de faire preuve de plus de souplesse à l’égard des Américains d’origine palestinienne qui souhaitent transiter par Israël.

Carrie Keller-Lynn a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...