Transformé par le train : Le quartier de Baka à Jérusalem
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Transformé par le train : Le quartier de Baka à Jérusalem

Avant-poste agricole isolé jusqu'à l'arrivée de la ligne de chemin de fer Jérusalem-Jaffa il y a 125 ans, le quartier dispose désormais de certaines des maisons les plus belles de la capitale

  • Le parc Hamesila à Bak'a, Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le parc Hamesila à Bak'a, Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le site de l'ancienne usine de pushke dans le quartier de Bak'a de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le site de l'ancienne usine de pushke dans le quartier de Bak'a de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La célèbre éducatrice Alice Shalvi a dirigé l'école secondaire Pelech (Spindle). (Shmuel Bar-Am)
    La célèbre éducatrice Alice Shalvi a dirigé l'école secondaire Pelech (Spindle). (Shmuel Bar-Am)
  • Le parc Hamesila a été construit sur des voies de chemins de fer en direction de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le parc Hamesila a été construit sur des voies de chemins de fer en direction de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le parc Hamesila est idéal pour les balades en vélo, les poussettes ou les fauteuils roulant (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le parc Hamesila est idéal pour les balades en vélo, les poussettes ou les fauteuils roulant (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le parc Hamesila a une piste cyclable de près de 8 kilomètres de long (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le parc Hamesila a une piste cyclable de près de 8 kilomètres de long (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La Maison Francis a été construite à la fin du 19e siècle, bien que ses étages supérieurs aient été ajoutés plus tard (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La Maison Francis a été construite à la fin du 19e siècle, bien que ses étages supérieurs aient été ajoutés plus tard (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Derech Beit Lechem à Bak'a (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Derech Beit Lechem à Bak'a (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La rue Yehuda à Bak'a (Crédit : Shmuel Bar-am)
    La rue Yehuda à Bak'a (Crédit : Shmuel Bar-am)
  • La synagogue Sha’arei Shamayim a accueilli de nouveaux immigrants en Israël après la Guerre d'Indépendance (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La synagogue Sha’arei Shamayim a accueilli de nouveaux immigrants en Israël après la Guerre d'Indépendance (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La rue Reuven à Bak'a (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La rue Reuven à Bak'a (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La maison Bak'a sur la rue Rakevet (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La maison Bak'a sur la rue Rakevet (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La maison de Aharon April, artiste, sculpteur et professeur d'art israélien à la renommée mondiale
    La maison de Aharon April, artiste, sculpteur et professeur d'art israélien à la renommée mondiale

Il y a quelques années, le Keren Kayemet LeIsrael (Fonds national juif/KKL) a introduit une nouvelle version de sa fameuse boîte bleue. Vous vous souvenez peut-être des anciennes : elles étaient bleues et blanches et ‘Keren Kayemet LeIsrael’ était écrit dessus en hébreu. L’argent que vous introduisiez dans leurs fentes était envoyé au FNJ, chargé du rachat des terres en Palestine.

L’idée d’acheter des terres en Palestine en utilisant des pièces de monnaie collectées dans une boîte a été présentée la première fois en 1884 par un des premiers sionistes, le professeur allemand Zvi Hermann Shapira. Rien n’a été fait à l’époque, mais il est dit que lors du cinquième congrès sioniste en 1901, Theodor Herzl a enlevé son chapeau et a demandé aux délégués de le remplir avec de l’argent – contribuant ainsi à la re-création d’une patrie juive en Israël.

Afin de recueillir des fonds pour le KKL, créé au cours de ce même congrès, un employé de banque de Galicie a mis une boîte sur son bureau et a écrit sur elle « Keren Leumit » (Fonds national).

Les résultats ont été si incroyables qu’il a suggéré aux responsables sionistes d’utiliser des boîtes similaires afin de recueillir des dons.

Un enfant tient une boîte bleue KKL-JNF pour recueillir des dons dans cette photo non datée. La boîte bleue était l'un des premiers moyens de recueillir des fonds pour l'organisation naissante. (Autorisation KKL-JNF)
Un enfant tient une boîte bleue KKL-JNF pour recueillir des dons dans cette photo non datée. La boîte bleue était l’un des premiers moyens de recueillir des fonds pour l’organisation naissante. (Autorisation KKL-JNF)

Peu de temps après, des troncs en étain appelés boîtes bleues en français et « pushkes » en yiddish ont commencé à entrer dans les foyers et les communautés juives du monde entier.

L’usine de pushke était située dans un quartier magnifique que les touristes voient rarement et que même les Israéliens ignorent souvent.

Bien que le nom officiel du quartier soit « Gueoulim » il est connu par presque tout le monde sous le nom de Baka.

Le site de l'ancienne usine de pushkes dans le quartier de Baka à Jérusalem. (Photo: Shmuel Bar-Am)
Le site de l’ancienne usine de pushkes dans le quartier de Baka à Jérusalem. (Photo: Shmuel Bar-Am)

Pendant des siècles, la terre de Baka était utilisée pour l’agriculture ; des maisons situées si loin de la Vieille Ville étaient alors rares. Une exception a été la résidence d’été construite par le riche propriétaire foncier Sheikh Muhamad El-Halili au 17e siècle, une villa entourée de vignes et de jardins.

Poser les rails

Rien n’a beaucoup changé jusqu’en 1892, année à laquelle le train a commencé à circuler entre Jaffa et Jérusalem. Les rails menaient presque jusqu’à Baka d’aujourd’hui, et avec le développement du commerce dans le quartier, de riches Arabes ont commencé à s’installer.

Puis, pendant la Guerre d’Indépendance, la population arabe de Baka a abandonné ses maisons. Et entre 1948 et 1967, lorsque Baka était situé sur la frontière jordanienne hostile, presque tous les habitants étaient de nouveaux immigrants qui n’avaient nulle part ailleurs où aller.

Après la guerre des Six Jours, des familles de la classe moyenne ont réalisé le potentiel du quartier et ont commencé à s’y installer. De nos jours Baka connaît un afflux d’immigrants aisés d’Europe et américains qui construisent de nouvelles maisons ou rénovent d’anciennes. En effet, lorsque nous nous promenons dans le quartier, nous entendons parler plus en français et en anglais qu’en hébreu.

Parc Hamesila de Baka dispose d'une piste pour les cyclistes longue de cinq kilometres. (Photo: Shmuel Bar-Am)
Parc Hamesila de Baka dispose d’une piste pour les cyclistes longue de cinq kilometres. (Photo: Shmuel Bar-Am)

Baka est situé juste à côté des rails d’un train qui arrivait à Jérusalem jusqu’à la fin du 20e siècle. La gare a été abandonnée pendant plus d’une décennie, mais, heureusement, des promoteurs ont entrepris sa restauration en 2010 et dans le même temps ont développé un merveilleux parc.

Appelé Parc Hamesila, il est bordé par de l’herbe odorante et comprend un passage à plat à l’origine de cinq kilomètres de long (et aujourd’hui de près de huit) qui est parfait pour les vélos, les fauteuils roulants et les poussettes. Au total, un merveilleux ajout au paysage de Jérusalem.

Au cours d’une balade le long des rails vous voyez le poste d’aiguillage du chemin de fer, sur le mur blanc duquel sont affichés une ancienne photo et une partie d’un article de journal de 1892 titrant « Tonnerre et bruit. . . le train est arrivé à Jérusalem ! » L’aiguilleur assis dans son poste contrôlait les sémaphores, les signaux lumineux, et l’équipement de verrouillage qui assure un fonctionnement sûr des trains.

Quelques mètres après le poste d’aiguillage, un dôme surplombe la végétation. Il est surmonté d’une structure ronde en ciment, qui est l’une des nombreux construits par les Britanniques pendant la révolte arabe de 1936 à 1939 et surnommés « pillboxes » (boîtes à pilules) en raison de leur forme. Celui-ci aurait été mis ici pour protéger le chemin de fer contre la violence arabe.

La synagogue Shaarei Shamayim a hébergé des nouveaux immigrants en Israël après la Guerre d'Indépendance. (Photo: Shmuel Bar-Am)
La synagogue Shaarei Shamayim a hébergé des nouveaux immigrants en Israël après la Guerre d’Indépendance. (Photo: Shmuel Bar-Am)

Le long de la rue Harakevet (du Train) de Baka il y a une belle villa construite – par des Arabes où les nouveaux immigrants ont été logés – une famille par chambre – après la Guerre d’Indépendance. Le bâtiment a conservé beaucoup de son look riche et original, de l’entrée voûtée aux belles fenêtres ; une étage ajouté plus tard n’a absolument aucun caractère. Elle a depuis été transformée en une synagogue appelée Shaarei Shamayim (Les portes su ciel).

A l’origine la maison et l’atelier d’un tanneur arabe, la synagogue de la rue Yael a été créée en 1948. Les fondateurs étaient des survivants de la Shoah, dont beaucoup se sont installés à Jérusalem depuis d’autres régions du pays pour travailler dans des ministères et des organismes gouvernementaux. Le bâtiment dispose d’un linteau magnifique et, à l’intérieur, de beaux plafonds voûtés.

Des survivants de la Shoah ont fondé la synagogue rue Yael. (Photo: Shmuel Bar-Am)
Des survivants de la Shoah ont fondé la synagogue rue Yael. (Photo: Shmuel Bar-Am)

Le terrorisme frappe

La rue Yair dispose également d’une petite stèle à la mémoire de trois habitants de Baka tués de sang-froid le 21 octobre 1990. Ce matin-là, un terroriste arabe est entré dans le tranquille quartier dans le but d’assassiner des Juifs. Dans ses mains, il tenait un couteau de 40 centimètres.

Une soldate non armée Iris Azulai sortait de chez elle, pour se rendre à sa base. Elle n’avait fait que quelques pas quand elle a été accostée par le terroriste – Omar Said Salah Abou Sirhan. Elle s’est défendue, mais Abou Sirhan l’a poignardée à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’elle succombe. Comme son agresseur, Iris avait 19 ans.

Après le meurtre d’Azulai, le terroriste aperçut Eli Altaretz, dont les bras étaient remplis de plantes qu’il portait à sa pépinière. Altaretz, aussi, a été poignardé à mort. Le policier Shalom « Charlie » Chelouche, qui n’était pas de service, a entendu crier, est sorti de chez lui en courant, et a tiré en l’air avant de blesser l’agresseur. Puis, lui aussi, a été victime de la lame d’Abou Sirhan.

La Maison Francis date de la fin du 19ee siècle, bien que les étages supérieurs ont été ajoutés plus tard. (Photo: Shmuel Bar-Am)
La Maison Francis date de la fin du 19ee siècle, bien que les étages supérieurs ont été ajoutés plus tard. (Photo: Shmuel Bar-Am)

Au coins des rues Yael et Barak se dresse la très inhabituelle Beit (Maison) Francis. Le premier étage, avec ses larges arches, a été construit à la fin du 19e siècle par une famille arabe chrétienne peut-être nommée Francis ; les étages supplémentaires, dans un style totalement différents ont été construits dans les années 1920, alors que le pignon est apparu lors de rénovations récentes.

Des bâtiments magnifiques

La rue Shimshon est pleine de bâtiments magnifiques qui hébérgeaient les fonctionnaires britanniques importants durant le mandat ainsi que de riches concessionnaires automobiles. A côté d’une superbe maison au début de la rue il y a un bâtiment décoré avec une variété de carreaux de couleur. Ce fut jadis le consulat britannique et abrite aujourd’hui le Centre de recherche français à Jérusalem. Fondé en 1952, le Centre sert de base pour les archéologues français travaillant en Israël.

Derech Beit Lechem abrite certains des plus belles architectures de Jérusalem. (Photo: Shmuel Bar-Am)
Derech Beit Lechem abrite certains des plus belles architectures de Jérusalem. (Photo: Shmuel Bar-Am)

De magnifiques bâtiments longent le Derech Beit Lechem de Baka (la route de Betlehem). Au coin de la rue Yehuda un superbe édifice construit en 1930 a été rénové il y a quelques décennies en un hôtel de charme avec plus de 30 chambres.

Les montants de porte d’une autre maison, beaucoup plus modeste sur la rue Yehuda sont surmontées par des lions sculptés se regardant l’un l’autre, alors que la baie vitrée du salon est en verre teinté. Construite il y a longtemps par un riche Arabe qui a émigré en Amérique en 1948, c’est la demeure d’Aharon April né en Lituanie, artiste, sculpteur et professeur d’art de renommée mondiale.

Dans la rue Yehuda se trouve également le célèbre lycée Pelech. Fondé en 1963 par le rabbin Rosenbluth et sa femme Penina, Pelech a été conçu comme une alternative aux écoles secondaires de filles ultra-orthodoxes de l’époque. Pelech a commencé dans un club-house, passant d’un endroit inapproprié à un autre. Enfin, en 1976 ce bâtiment de trois étages – alors abandonné et totalement délabré – a été offert à Pelech, à condition que l’école effectue les rénovations nécessaires.

L'école Pelech (Photo: Shmuel Bar-Am)
L’école Pelech (Photo: Shmuel Bar-Am)

Dès le début, une grande variété de matières ont été enseignées à Pelech, dont les mathématiques, la physique et l’étude obligatoire du Talmud. Cela a irrité l’establishement Haredi, qui a interdit l’accès à l’école. Mais des familles orthodoxes plus modernes ont été ravies d’offrir à leurs filles une éducation moins étroite et beaucoup plus étendue que ce qui était disponible ailleurs.

La pédagogue renommée Alice Shalvi a été la directrice pendant 15 de la plupart des années formatrices de Pelech. Shalvi, lauréate du Prix Israël en 2007, a introduit une atmosphère de créativité, de démocratie, et d’engagement social à Pelech, qui est, aujourd’hui, l’un des lycées les plus réputés du pays.


Aviva Bar-Am est l’auteur de sept guides en anglais sur Israël.

Shmuel Bar-Am est un guide agréé qui propose des visites privées personnalisées en Israël pour les particuliers, les familles et les petits groupes.

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