« Très dur » de soutenir le parti aux élections, pour une membre juive du Labour
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« Très dur » de soutenir le parti aux élections, pour une membre juive du Labour

"L'antisémitisme y est répandu, il existe partout", a déclaré Izzy Lenga au sujet de son propre parti, lors d'une conférence en marge de la Marche des Vivants en Pologne

Izzy Lenga, membre du Labour, à une conférence à Cracovie, le 1er mai 2019. (Crédit : Yossi Zeliger)
Izzy Lenga, membre du Labour, à une conférence à Cracovie, le 1er mai 2019. (Crédit : Yossi Zeliger)

CRACOVIE, Pologne – Une responsable juive du Parti travailliste britannique a déclaré mercredi que ce serait « extrêmement difficile » pour elle de soutenir sa formation aux élections législatives à cause de son dirigeant Jeremy Corbyn, accusé depuis longtemps d’antisémitisme et de nourrir la haine anti-juive au sein du principal parti d’opposition britannique.

Interrogée par le Times of Israel sur ses intentions dans l’éventualité de l’organisation d’élections, Izzy Lenga, 25 ans, a déclaré que « c’est extrêmement difficile. Je trouve ça très dur d’aller faire campagne pour le Parti travailliste ».

« Ce parti, mon parti, que j’ai soutenu toute ma vie, a été infesté. L’antisémitisme y est répandu, il existe partout », a-t-elle dit. « Le Labour ne peut pas sérieusement gagner une élection générale s’il continue d’être taxé d’antisémitisme. Cela va être très difficile pour les Juifs de penser qu’ils peuvent avoir confiance dans le Parti travailliste et de voter pour eux. »

Izzy Lenga participait à une « conférence sur les leaders en devenir » inédite, dans le cadre de la Marche des Vivants organisée en Pologne. Elle fait partie des vingt jeunes sélectionnés dans le monde entier pour leurs capacités de leadership, qui ont été réunis à Cracovie avant la marche de jeudi à Auschwitz.

Aux côtés de centaines d’autres jeunes venus des quatre coins de la planète, ils ont évoqué la recrudescence de l’antisémitisme et signé un engagement pour la lutte contre la haine anti-juive et les autres formes de racisme et d’intolérance. Cette déclaration sera faite publiquement durant la cérémonie principale de la Marche des Vivants, ont indiqué les organisateurs. L’objectif est de « créer un réseau de leaders dans le monde entier qui puisse être sollicité pour mettre en avant des Marches des Vivants, destinées à combattre l’antisémitisme, le racisme et l’intolérance ».

Durant la cérémonie, la jeune travailliste a parlé de l’antisémitisme dont elle a été témoin et victime alors qu’elle étudiait à l’université de Birmingham. Elle a évoqué les croix gammées régulièrement peintes sur les murs et les autocollants « Hitler avait raison » distribués. Quand elle a condamné ces derniers sur Twitter, elle a essuyé un torrent de commentaires antisémites et de menaces, qui l’ont contrainte à demander une protection policière.

Des participants portant des drapeaux israéliens à l’ancien camp de concentration et d’extermination nazi-allemand Auschwitz-Birkenau lors de la «Marche des vivants» à Oswiecim à Cracovie, en Pologne, le 24 avril 2017 (Crédit : Omar Marques / Agence Anadolu / Getty Images via JTA)

Elle a déclaré plus tard au Times of Israel qu’elle n’était qu’un exemple parmi tant d’autres dans le milieu étudiant, ajoutant qu’elle avait été victime d’incidents antisémites et d’injures au sein du Parti travailliste, en ligne, dans les réunions et en personne.

Elle a également indiqué qu’elle avait personnellement eu vent de cas où des élus du Labour – dont certains ne font plus partie – avaient propagé des théories complotistes antisémites, n’avaient pas dénoncé l’antisémitisme ou avaient été complices des actions de Corbyn.

Dernier élément d’une série de scandales impliquant le chef du Parti travailliste élu en 2015 : la presse britannique a rapporté mardi que Corbyn avait préfacé un livre qui affirmait que les Juifs contrôlaient les banques et la presse. Il avait également salué le livre, écrit par l’économiste John Hobson en 1902, lors d’un événement autour de sa réédition en 2011.

Jeremy Corbyn, chef du parti d’opposition britannique travailliste, quitte son domicile dans le nord de Londres le 4 avril 2019. (Photo par Tolga AKMEN / AFP)

 

 

 

 

 

 

 

 

« Des députés défendent ses actions », a commenté Lenga. « Corbyn affirme qu’il a toujours été antiraciste. Il semblerait qu’il soit l’antiraciste le plus malchanceux dans l’histoire de l’antiracisme. Il devrait défendre lui-même – ou ne pas défendre – ses actions, et expliquer pourquoi il les a faites en premier lieu. »

Elle estime que les efforts de lutte contre l’antisémitisme dans le parti mis en œuvre par Corbyn étaient « des mots sans actes, vides de sens ».

Après s’être entretenue avec d’autres membres de la communauté juive britannique, elle a confié qu’il « est déchirant » de voir que certaines personnes, qui ont toujours voté pour le Labour, « disent ne plus pouvoir voter pour eux, parce que leur identité est menacée ».

« Rien ne m’empêchera d’être progressiste et de lutter pour la justice sociale », a-t-elle promis. « Mon identité est attaquée, ils haïssent ma politique, mais aussi mon existence au sein du parti, et au sein de la société. Je ne vais pas céder, on ne vainc pas la haine en cédant, on la vainc en la combattant. »

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