Trump annule le sommet avec Kim, évoque « l’hostilité » de Pyongyang
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Trump annule le sommet avec Kim, évoque « l’hostilité » de Pyongyang

Le sommet prévu à Singapour devait se dérouler le mois prochain ; Trump évoque "l'hostilité" nord-coréenne

Le leader nord-corée  Kim Jong-un (gauche) et le président américain Donald Trump (droite). (Crédit : AFP/Saul Loeb et Ed Jones)
Le leader nord-corée Kim Jong-un (gauche) et le président américain Donald Trump (droite). (Crédit : AFP/Saul Loeb et Ed Jones)

Après plusieurs jours d’atermoiements, Donald Trump a finalement annulé jeudi le sommet prévu dans moins de trois semaines à Singapour avec le leader nord-coréen Kim Jong Un, dénonçant « l’hostilité » du régime de Pyongyang.

C’est par un courrier d’une vingtaine de lignes adressé au dirigeant trentenaire que le 45e président des Etats-Unis a fait part de sa décision de renoncer au face-à-face du 12 juin, qui s’annonçait historique et dont il avait lui-même accepté le principe début mars à la stupéfaction générale.

« J’estime qu’il n’est pas opportun, à ce stade, de maintenir cette rencontre », indique M. Trump dans ce texte rendu public par l’exécutif américain le jour même où Pyongyang annonçait le démantèlement de son site d’essais nucléaires de Punggye-ri.

Nombre de dirigeants étrangers ont exprimé leur déception, au premier rang desquels le président sud-coréen Moon Jae-in qui a évoqué une tournure des événements « profondément regrettable ».

Le Pentagone s’est dit prêt à répondre à toute provocation de la Corée du Nord et a souligné que les Etats-Unis restaient déterminés à poursuivre la campagne de « pression maximale », qui associe sanctions économiques, pressions diplomatiques et déploiement militaire, pour que Pyongyang renonce à l’arme nucléaire.

Après plusieurs semaines de déclarations très optimistes –naïves, selon ses détracteurs–, M. Trump avait changé de ton ces derniers jours.

« J’étais impatient de vous retrouver là-bas », explique-t-il dans sa missive qui oscille entre un certain formalisme et un ton par moments beaucoup plus direct.

« Malheureusement, au regard de l’énorme colère et de l’hostilité affichée dans votre dernière déclaration en date, j’estime qu’il n’est pas opportun, à ce stade, de maintenir cette rencontre », ajoute-t-il, tout en ne fermant pas la porte à une rencontre ultérieure.

Washington, Etats-Unis | AFP | jeudi 25/05/2018 – 00:46 UTC+3 | 846 mots

AJOUTE DÉCLARATIONS RESPONSABLE MAISON BLANCHE SUR RAISONS DE L’ANNULATION

par Jerome CARTILLIER

Après plusieurs jours d’atermoiements, Donald Trump a finalement annulé jeudi le sommet prévu dans moins de trois semaines à Singapour avec le leader nord-coréen Kim Jong Un, dénonçant « l’hostilité » du régime de Pyongyang.

C’est par un courrier d’une vingtaine de lignes adressé au dirigeant trentenaire que le 45e président des Etats-Unis a fait part de sa décision de renoncer au face-à-face du 12 juin, qui s’annonçait historique et dont il avait lui-même accepté le principe début mars à la stupéfaction générale.

« J’estime qu’il n’est pas opportun, à ce stade, de maintenir cette rencontre », indique M. Trump dans ce texte rendu public par l’exécutif américain le jour même où Pyongyang annonçait le démantèlement de son site d’essais nucléaires de Punggye-ri.

Nombre de dirigeants étrangers ont exprimé leur déception, au premier rang desquels le président sud-coréen Moon Jae-in qui a évoqué une tournure des événements « profondément regrettable ».

Le Pentagone s’est dit prêt à répondre à toute provocation de la Corée du Nord et a souligné que les Etats-Unis restaient déterminés à poursuivre la campagne de « pression maximale », qui associe sanctions économiques, pressions diplomatiques et déploiement militaire, pour que Pyongyang renonce à l’arme nucléaire.

Après plusieurs semaines de déclarations très optimistes –naïves, selon ses détracteurs–, M. Trump avait changé de ton ces derniers jours.

« J’étais impatient de vous retrouver là-bas », explique-t-il dans sa missive qui oscille entre un certain formalisme et un ton par moments beaucoup plus direct.

« Malheureusement, au regard de l’énorme colère et de l’hostilité affichée dans votre dernière déclaration en date, j’estime qu’il n’est pas opportun, à ce stade, de maintenir cette rencontre », ajoute-t-il, tout en ne fermant pas la porte à une rencontre ultérieure.

« Jamais venus »

S’exprimant sous couvert d’anonymat, un responsable américain a évoqué jeudi une « série de promesses non tenues » et un « profond manque de bonne foi » pour expliquer la décision présidentielle.

Il a en particulier déploré que les Nord-Coréens ne se soient pas présentés lors d’une réunion préparatoire la semaine dernière à Singapour avec des responsables de la Maison Blanche. « Ils ont attendu, attendu. Les Nord-Coréens ne sont jamais venus. Les Nord-Coréens ne nous ont rien dit », a-t-il raconté, amer.

« Si vous changez d’avis en ce qui concerne ce très important sommet, s’il vous plaît n’hésitez pas à m’appeler ou à m’écrire », ajoute le président américain qui avait beaucoup investi d’un point de vue politique dans ce sommet, allant jusqu’à évoquer à plusieurs reprises l’hypothèse d’un prix Nobel de la paix, mise en avant par certains élus républicains.

Le président russe Vladimir a déploré ce coup d’arrêt à ce qui aurait pu être « le début de la dénucléarisation de la péninsule coréenne », ajoutant espérer que la rencontre puisse in fine avoir lieu. Son homologue français Emmanuel Macron, en visite à Moscou, a exprimé le souhait que « le processus de non-prolifération se poursuive ».

Courrier « bizarrement chaleureux

S’étonnant du ton « bizarrement chaleureux » de ce courrier, Abraham Denmark du Wilson Center à Washington a estimé qu’il allait donner à Kim « une énorme légitimité ». « La Corée du Sud va probablement être en colère et l’alliance (avec Washington) va être affaiblie », a-t-il prédit.

Après des mois de rapprochement et de détente diplomatique, la Corée du Nord a opéré la semaine dernière un spectaculaire retour à sa rhétorique traditionnelle.

La dernière banderille a été plantée jeudi par la vice-ministre nord-coréenne des Affaires étrangères, Cheo Son Hui, qui a fustigé les propos « idiots et stupides » du vice-président américain Mike Pence, lequel avait lancé des mises en garde chargées de menaces à Kim Jong Un.

« Un merveilleux dialogue »

En première ligne sur ce dossier, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, qui a rencontré Kim Jong Un à deux reprises à Pyongyang, a expliqué que les conditions n’étaient pas réunies pour un « résultat positif ».

Dans son courrier, le président américain évoque la puissance militaire américaine en guise de mise en garde: « Vous évoquez votre arsenal nucléaire, mais le nôtre est si massif et puissant que je prie Dieu que nous n’ayons jamais à en faire usage », écrit-il.

Mais il laisse aussi la porte ouverte à une rencontre à une autre date. « J’avais l’impression qu’un merveilleux dialogue était en train de s’instaurer entre vous et moi », écrit-il à Kim Jong Un, assurant qu’il serait très heureux de le rencontrer « un jour ».

Pour Nancy Pelosi, cheffe des démocrates à la Chambre des représentants, le leader nord-coréen est « le grand gagnant » de cet épisode qui démontre que le président américain ne s’était pas préparé.

« Le sommet était voué à l’échec dans la mesure où l’administration Trump avait clairement surestimé ce que la Corée du Nord serait prête à faire comme concessions », estimait de son côté Richard Haass, président du Council on Foreign Relations, pointant les dangers d’une diplomatie du « tout ou rien ».

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