Trump continue de financer les pays qui s’opposent à sa décision sur Jérusalem
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Trump continue de financer les pays qui s’opposent à sa décision sur Jérusalem

Le président ne cessera pas d'aider ceux qui ont voté contre la reconnaissance de Jérusalem ; le budget considère le transfert de l'ambassade comme une priorité absolue

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

L'ambassadrice américaine à l'ONU Nikki Haley s'exprime devant les journalistes au siège des Nations unies, le 2 janvier 2018 à New York (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)
L'ambassadrice américaine à l'ONU Nikki Haley s'exprime devant les journalistes au siège des Nations unies, le 2 janvier 2018 à New York (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)

WASHINGTON – Après avoir menacé à plusieurs reprises de réduire l’aide aux pays qui ont voté contre les Etats-Unis pour la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, le président américain Donald Trump leur a laissé l’aide étrangère inchangée dans sa proposition budgétaire de 2019 publiée lundi.

Malgré les menaces, 128 pays ont voté en faveur de la résolution de décembre, et l’aide à tous ces pays n’a pas été affectée dans le plan budgétaire de 4,4 milliards de dollars qui prévoit de larges coupes dans le système de sécurité sociale américain, mais une augmentation significative dans les dépenses militaires.

Les dépenses militaires passeraient de 612 milliards de dollars pour 2018 à 686 milliards pour 2019. Une hausse du budget du Pentagone de plus de 10 %, aussi significative que les réductions des dépenses humanitaires et diplomatiques seraient drastiques.

L’admnistration Trump ne cache donc pas son objectif de donner la priorité à la Défense, dans le contexte d’une compétition accrue avec la Russie et la Chine, selon le Pentagone.

« Si vous regardez notre budget, il est centré sur les secteurs où nous pensons que le niveau d’assistance le plus approprié devrait être basé, sur nos besoins en matière de sécurité », a déclaré Hari Sastry, directeur du Bureau of US Foreign Assistance Resources.

Lorsqu’on lui a demandé si une aide spécifique avait été réduite à la suite du vote de l’ONU en décembre, M. Sastry a répondu : « Il n’y a rien de spécifique lié à cela parce que ce n’est qu’un facteur ».

« Si on ne s’y attaque pas, l’érosion de l’avantage militaire des Etats-Unis contre la Chine et la Russie pourrait affaiblir notre capacité à dissuader les agresseurs potentiels et l’usage de la force dans des régions stratégiques clés », a expliqué à des journalistes un responsable du Pentagone.

Dans son budget l’administration Trump souhaite 25.900 soldats supplémentaires, ainsi que des investissements majeurs pour les avions, les bateaux, les systèmes au sol et les missiles de défense.

La dotation proposée pour le département d’Etat prend aussi en compte de nouvelles priorités américaines pour l’année prochaine.

Les dépenses pour la sécurité des ambassades, la construction et la maintenance, passeraient de 1,42 milliard de dollars dans le plan de 2018 à 1,66 milliard en 2019.

Le budget indique également que des fonds devront être alloués au transfert de l’ambassade à Jérusalem, ce qu’il dit être une priorité absolue.

Cette demande de hausse intervient alors que la Maison Blanche souhaite accélérer la mise en oeuvre de sa décision controversée de relocaliser l’ambassade des Etats-Unis en Israël, de Tel Aviv à Jérusalem.

« La construction d’un complexe pour l’ambassade des États-Unis à Jérusalem figurera parmi les priorités absolues du Département pour les investissements en matière de sécurité au cours des exercices 2018 et 2019 », indique le document.

Le mois dernier, l’administration Trump a annoncé qu’elle accélérait son transfert de l’ambassade des États-Unis en Israël, avec un plan visant à ce que les installations soient prêtes à Jérusalem d’ici la fin de 2019 en utilisant un bâtiment existant.

Trump a irrité la communauté internationale le 6 décembre, lorsqu’il a officiellement reconnu Jérusalem comme la capitale d’Israël et a mis en branle des plans pour déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv.

Ambassade des États-Unis à Tel Aviv, le 6 décembre 2017. (AFP Photo/Jack Guez)

L’Assemblée générale des Nations Unies a réagi en adoptant une résolution condamnant la décision controversée de Trump. Elle a été adoptée à une écrasante majorité par un vote de 128 voix contre 9, malgré les menaces répétées de Trump et d’autres responsables de l’administration selon lesquelles les États-Unis ne continueraient pas à verser des aides financières aux pays qui ont voté pour la résolution.

« Qu’ils votent contre nous », avait lancé Trump.

« On économisera beaucoup. On s’en fiche. Mais ce ne sera plus comme avant, comme s’ils pouvaient voter contre vous et ensuite vous leur donnez des centaines de millions de dollars. On ne va plus nous exploiter. »

L’ambassadrice des États-Unis auprès de l’ONU, Nikki Haley, a également déclaré que les États-Unis « noteraient les noms », faisant allusion à des mesures punitives.

Depuis lors, cependant, les fonctionnaires de l’administration ont envoyé des signaux mitigés sur la question de savoir s’ils prévoient d’appliquer la menace.

« Nous allons utiliser les votes de l’ONU comme un critère dans nos relations extérieures », a déclaré le bureau de Haley, représentant la mission américaine auprès des Nations Unies, dans une déclaration peu après le vote.

« Ce ne sera pas le seul critère, ou même nécessairement le critère numéro un, mais il ne sera plus ignoré. »

Le président américain Donald Trump tient une table ronde avec des responsables de l’application de la loi et des dirigeants communautaires locaux sur la menace de MS-13 à la Maison Blanche à Washington, DC le 6 février 2018. (AFP PHOTO / Mandel NGAN)

Toutefois, dans son discours sur l’état de l’Union à la fin du mois dernier, Trump a déclaré qu’il demanderait au Congrès de supprimer les fonds destinés aux pays qui ont voté pour la résolution de l’ONU.

« Je demande au Congrès d’adopter une loi pour veiller à ce que les dollars américains d’aide étrangère servent toujours les intérêts américains et ne soient versés qu’à des amis de l’Amérique, et non pas à des ennemis de l’Amérique », avait-il déclaré.

Le budget dévoilé lundi met l’accent sur l’argent destiné aux militaires et consacre des fonds au projet de mur frontalier au Mexique, tout en réduisant le financement du programme de santé « Affordable Care Act » et d’autres programmes nationaux qui profitent aux pauvres et à la classe moyenne, comme les coupons alimentaires, les subventions au logement et les prêts étudiants.

« Nous allons avoir la force militaire la plus forte que nous n’ayons jamais eue, et de loin », a dit M. Trump lors d’une allocution au Bureau ovale lundi.

« Dans ce budget, on s’est occupé des militaires comme jamais auparavant. »

Alors que tous les budgets des présidents sont pratiquement morts à l’arrivée – le Congrès rédigeant et adoptant sa propre législation sur les dépenses – le budget de Trump était mort avant d’atterrir. C’est arrivé trois jours seulement après la signature par le président d’un accord bipartite fixant les grandes lignes des dépenses pour les deux années suivantes.

Cet accord, qui prévoit d’importantes augmentations pour les programmes nationaux, rendait encore plus irréaliste le plan Trump de lundi, qui prévoit des compressions de 1,7 milliard de dollars sur 10 ans pour les organismes nationaux comme le ministère de la Santé et des Services sociaux, le ministère de l’Agriculture et du Logement et le ministère du Développement urbain.

Le budget pour l’année fiscale 2019, présenté lundi par l’administration Trump, a peu de chances d’être adopté en l’état mais adresse un signal politique sur les priorités de l’administration.

Le Congrès, qui dispose du pouvoir en matière de finances publiques, travaille déjà sur un budget pour 2018 et 2019 à la suite d’un accord entre les républicains et les démocrates du Sénat.

Parmi les parlementaires, l’objectif de réduction des crédits du département d’Etat devrait avoir du mal à passer. L’an dernier déjà, une initiative similaire avait mis vent debout des parlementaires de tous bords.

« Aujourd’hui, le président Trump a préconisé 39,3 milliards de dollars de budget pour l’année fiscale 2019 pour le département d’Etat et l’agence internationale pour le développement (USAID) », s’est félicité Rex Tillerson.

A titre de comparaison, pour 2018, le montant demandé par l’administration était de 37,6 milliards.

Si le Congrès avait approuvé la demande pour 2018, la réduction des dépenses pour la diplomatie aurait été de 30% par rapport aux 55,6 milliards de 2017.

Les parlementaires de chaque côté de l’échiquier politique avaient estimé qu’une telle réduction, draconienne, aurait été dangereuse pour la première diplomatie du monde, engagée dans de nombreuses crises internationales.

L’AFP a contribué à cet article.

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