Tsahal estime que ses succès contre le Hezbollah pourraient conduire à son désarmement
Depuis novembre dernier, plus de 500 frappes contre l'organisation terroriste ont fait 230 victimes dans ses rangs et détruit ses infrastructures. 1 280 plaintes ont été déposées auprès d'une commission sous contrôle américain
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Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

L’armée israélienne estime que les succès remportés contre le Hezbollah depuis le cessez-le-feu de novembre pourraient pousser l’organisation terroriste libanaise au désarmement complet, ont déclaré mardi des membres des autorités militaires.
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, l’armée israélienne a maintenu une présence en cinq points stratégiques au Liban et mené des frappes aériennes presque chaque jour contre des agents et des infrastructures du Hezbollah qui, selon elle, violent les conditions de la trêve. Dernièrement, les appels se sont multipliés au Liban pour que l’organisation terroriste dépose les armes.
Depuis le début du cessez-le-feu, l’armée israélienne a revendiqué plus de 500 frappes aériennes contre des cibles du Hezbollah au Liban, lesquelles auraient tué 230 agents – la dernière en date, ce lundi – et détruit plus de 90 lance-roquettes et des milliers de roquettes, 20 centres de commandement, 40 dépôts d’armes et cinq sites de production d’armes, entre autres infrastructures.
L’armée a par ailleurs mené des centaines d’opérations terrestres dans le sud-Liban, en particulier ces derniers mois, principalement dans les zones proches des cinq postes, au cours desquelles les soldats israéliens ont mis à jour des caches d’armes et détruit des infrastructures, a indiqué Tsahal.
Lundi, le Times of Israel et d’autres médias ont pu se rendre dans l’un de ces avant-postes, situé juste au nord de Metula.
« Nous repoussons les menaces et éliminons ceux qui nous menacent ou tentent de s’approcher de la zone frontalière », a indiqué le chef sortant du Commandement Nord de Tsahal, le général de division Ori Gordin. « Nous sommes constamment en défense avancée et nous continuons à la renforcer et à la fortifier, afin de disposer d’une défense forte contre le Hezbollah. »
« Le Hezbollah est loin de nous, mais nous le frappons dès que c’est possible », a-t-il ajouté.
Dans le cadre du cessez-le-feu, les États-Unis président un comité composé de représentants de la France, d’Israël, du Liban et de la force d’observation de la FINUL, par l’intermédiaire duquel les parties peuvent porter plainte.
Hier lundi, Israël avait déposé près de 1 280 plaintes auprès de cette commission, dont 670 que l’armée libanaise a été priée de faire respecter, auxquelles s’ajoutent 530 plaintes après que l’armée israélienne a mené des frappes aériennes contre les violations présumées, a indiqué l’armée.
Sur les 670 plaintes que les Forces armées libanaises ont été priées d’exécuter, 456 ont été traitées, 80 ont été prises en charge par l’armée israélienne au moyen de frappes aériennes et 18 ont été jugées « non-pertinentes ».
Selon des responsables militaire, l’armée libanaise se serait améliorée dans ses activités de démantèlement du Hezbollah mais elle ne travaillerait pas aussi vite que souhaité.
Pour autant, l’armée israélienne estime que les capacités du Hezbollah ont été considérablement dégradées, surtout à l’issue des deux mois de guerre ouverte entre septembre et novembre dernier. Mais selon les responsables militaires toujours, 25 à 30 % des succès remportés par Tsahal contre le Hezbollah l’ont été depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, grâce à des frappes destinées à empêcher l’organisation de se regrouper et de réarmer.
Sur les quelque 25 000 membres de l’organisation terroriste, le nombre de victimes estimé est situé entre 4 000 et 5 000, auxquelles s’ajoutent près de 9 000 blessés, ce qui limite ses capacités de combat, estime Tsahal. Le constat est similaire pour la force d’élite Radwan du Hezbollah, qui a perdu plus de la moitié de ses 6 000 agents, morts ou grièvement blessés.
La direction du Hezbollah a également été anéantie pendant la guerre, y compris au niveau tactique, et l’armée israélienne estime dès lors que l’organisation n’est pas en mesure de regarnir ses rangs.
En ce qui concerne la puissance de feu du Hezbollah, Israël estime avoir détruit 70 à 80 % de ses capacités de tir de roquettes. Selon Tsahal, le Hezbollah possède plusieurs milliers de roquettes – essentiellement des projectiles à courte portée comme des mortiers et quelques centaines de roquettes à longue portée.
Selon les informations dont dispose Tsahal, la plupart des armes du Hezbollah se trouvent au nord du fleuve Litani maintenant que l’armée israélienne a détruit les infrastructures de l’organisation terroriste dans les villages frontaliers.
Selon l’armée, il y a eu peu de tentatives pour rétablir les capacités dans les villages frontaliers, où les civils libanais déplacés ne sont pas encore revenus. Tsahal est intervenu pour déjouer les tentatives de rétablissement du Hezbollah partout au Liban, et pas seulement dans le sud.
Plus tôt ce mois-ci, l’armée israélienne a déclaré avoir bombardé un camp d’entraînement de la force Radwan dans la vallée de la Bekaa, dans le nord-est du Liban, et le mois dernier, des usines souterraines de drones du Hezbollah à Beyrouth, entre autres.
Toujours selon les responsables militaires, la chute du régime de Bachar al-Assad en Syrie, en décembre dernier, a contribué à l’affaiblissement du Hezbollah en le privant du principal itinéraire de contrebande d’armes en provenance d’Iran.
Signe de la faiblesse du Hezbollah, le groupe terroriste n’est pas venu en aide à l’Iran lorsqu’Israël a lancé une guerre contre les programmes nucléaires et de missiles balistiques de Téhéran le mois dernier.
Le secrétaire général du Hezbollah, Naim Qassem, a reçu plusieurs demandes – et non des ordres – de l’Iran pour entrer en guerre en juin dernier, ce qu’il a refusé, selon les responsables de Tsahal.
L’armée estime que le Hezbollah ne sent pas assez en confiance pour agir contre Israël en ce moment, et qu’il se concentre sur le rétablissement de ses capacités, ce qui lui setait difficile s’il attaquait Israël.
L’armée israélienne est par ailleurs consciente des appels toujours plus nombreux, au Liban, en faveur de la démilitarisation du Hezbollah, alors même que Qassem a déclaré ce mois-ci que son organisation ne se rendrait pas ou ne déposerait pas ses armes en dépit des pressions du gouvernement libanais soutenu par l’Occident.
Un responsable de Tsahal a déclaré que les « succès remportés sur le Hezbollah permettraient d’obtenir le désarmement du Hezbollah ».
En s’adressant aux journalistes depuis le poste militaire au Liban, Gordin a déclaré : « Je crois qu’il serait sage et bénéfique que l’État libanais désarme le Hezbollah. Ce que le Liban a subi de plus dur est dû au Hezbollah, aussi serait-il préférable qu’il n’existe plus. »
L’armée israélienne explique qu’elle continuera d’empêcher le Hezbollah de reconstruire ses infrastructures et de se procurer des armes tout en maintenant une présence dans le sud-Liban afin de dissuader ou déjouer toute attaque contre Israël.
« Nous resterons ici aussi longtemps qu’il le faudra et nous fournirons une défense forte aux habitants du nord », souligne Gordin. Des membres des autorités israéliennes avaient, avant lui, déclaré que l’armée israélienne se retirerait des cinq points du Liban si le Hezbollah désarmait.
Israël et le Hezbollah se sont livrés pendant plus d’un an à des hostilités ouvertes par l’organisation terroriste libanaise, qui a tiré sur Israël, en-dehors de toute provocation, pour témoigner de sa solidarité avec son allié, le Hamas, et le pogrom commis par lui dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023.
Les tirs de roquettes ont causé le déplacement de quelque 60 000 habitants du nord d’Israël. Afin de permettre leur retour en toute sécurité, Israël a redoublé d’activité au Liban en septembre dernier, ce qui a conduit à deux mois de guerre ouverte contre le Hezbollah au cours desquels la direction et l’arsenal du groupe terroriste ont été décimés.
Aujourd’hui mardi, 74 % des Israéliens déplacés du nord du pays ont pu regagner leur domicile. Mais dans certaines villes comme Metula ou Manara, les habitants sont très peu nombreux à être revenus.
« Je pense que la situation sécuritaire à la frontière nord est très bonne. Les menaces sont très éloignées et il n’y a pas de menaces immédiates au niveau de la zone frontalière, envers les communautés ou les habitants. Je crois que cela fait des dizaines d’années que nous n’avons pas eu une situation sécuritaire aussi bonne que celle d’aujourd’hui », conclut Gordin.
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