Un descendant de survivants de la Shoah s’attaque à l’extrême-droite hollandaise
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'Il faut affronter davantage Wilders dans des débats, devant les électeurs, pas seulement dans les tribunaux”.

Un descendant de survivants de la Shoah s’attaque à l’extrême-droite hollandaise

Le vice-Premier ministre, d'origine juive, dénonce les trop nombreux discours de haine prononcés dans l'arène politique

Le vice-Premier ministre adjoint Lodewijk Asscher arrive au ministère des affaires générales, le 5 décembre 2014 (Crédit :Jaap Arriens/Pacific Press/LightRocket via Getty Images/JTA)
Le vice-Premier ministre adjoint Lodewijk Asscher arrive au ministère des affaires générales, le 5 décembre 2014 (Crédit :Jaap Arriens/Pacific Press/LightRocket via Getty Images/JTA)

AMSTERDAM (JTA) — Même dans un pays où les discours de haine sont le sujet de discussions politiques et judiciaires intenses, le post publié par le vice Premier-ministre néerlandais, Lodewijk Frans Asscher, sur Facebook au mois de février sur ce phénomène n’avait jamais eu de précédent.

Intitulé “Chien irrespectueux”, cet essai de 735 mots rédigé par Asscher, descendant de survivants de l’Holocauste devenu la semaine dernière candidat du parti Travailliste néerlandais au poste de Premier ministre, affichait une compilation d’insultes racistes à son égard sur les médias sociaux.

Asscher, 42 ans, a expliqué que les attaques antisémites ciblant ses racines juives l’avaient amené à limiter son utilisation de Twitter et de Facebook.

Le texte, une lettre ouverte sarcastique aux agresseurs en ligne, est sorti dans un pays où les médias se tiennent habituellement à l’écart de la vie des grands politiciens – et où les hauts-responsables, en retour, évoquent rarement leur ethnie ou leur religion. Le post a fait la Une des plus grands quotidiens et a suscité des éloges.

Le plus important commentateur politique de la station de radiodiffusion RTL, Frits Wester, a qualifié le texte de “courageux”.

Cette ferveur affichée par Asscher, homme d’Etat éloquent et terre à terre qui a été adjoint au maire d’Amsterdam, a été déterminante pour sa victoire confortable la semaine dernière aux primaires du parti Travailliste.

En amont des élections générales du mois de mars, il a couru au sein d’une coalition relativement agressive qui a promis aux électeurs de gauche une agression sans relâche face à l’extrême-droite qui émerge en Hollande.

Après avoir remercié ses prédécesseurs à la barre du parti Travailliste, les premiers objectifs qu’Asscher revendiqués dans son discours de victoire, ont été “une réponse progressiste et unie à Wilders.”

Geert Wilders est à la tête du parti d’extrême-droite pour la Liberté, qui a émergé comme étant la formation la plus populaire dans cinq sondages d’ampleur menés après le 25 novembre.

Le député anti-islam néerlandais Geert Wilders (Crédit : AFP/ANP/Koen Van Weel)
Le député anti-islam néerlandais Geert Wilders (Crédit : AFP/ANP/Koen Van Weel)

La réussite de Wilders — provocateur anti-islam qui a été récemment condamné pour discrimination, pour avoir fait la promesse de « s’arranger » pour que moins de Marocains pénètrent en Hollande – fait partie d’un regain de popularité de l’extrême-droite en Europe dans un contexte de craintes nourries par le spectre d’un terrorisme djihadiste qui se développerait en son sein.

Wilders “surfe sur la vague et utilise les divisions sociétales”, a déclaré Asscher dans son discours vendredi.

« Mais la politique du reproche ne peut jamais être une réponse. »

Asscher a également fait référence à la croissance des causes populistes partout ailleurs, du vote britannique du mois de juin annonçant la sortie du pays de l’Union européenne à la victoire remportée par Donald Trump lors des élections américaines à la présidence.

‘Nous avons quatre années de présidence Trump devant nous et dans notre pays, Wilders est en tête des sondages’

“Nous avons quatre années de présidence Trump devant nous et dans notre pays, Wilders est en tête des sondages”, a-t-il noté.

Assurément, le prédécesseur d’Asscher, Diederik Samsom, n’est pas un partisan de Wilders et s’est exprimé contre lui. Mais les priorités définies par Samson au gouvernement, où le parti Travailliste est un partenaire subalterne de la formation de centre-droit du Parti Populaire de la Liberté et de la Démocratie, ont été largement économiques et trop pragmatiques aux yeux de certains électeurs de sa propre formation, qui l’ont considéré comme trop accommodant avec les politiques de libre-échange du gouvernement au pouvoir.

“Asscher est plus guidé par ses valeurs que ne l’est Samsom, dont certains critiques affirment qu’il se concentre trop sur les performances en termes de croissance économique alors que l’extrême-droite connaît une poussée”, dit Ronny Naftaniel, membre néerlandais du parti Travailliste et personnalité éminente de la communauté juive du pays.

« Je pense que son élection enrichit le système politique hollandais et offre aux électeurs progressistes une voie par laquelle exprimer leur rejet de l’extrémisme. »

Dans une interview accordée à la station de radiodiffusion NOS, Asscher a confié qu’ “il faut affronter davantage Wilders dans des débats, devant les électeurs, pas seulement dans les tribunaux”.

(Gauche à droite) Les juges  Elianne van Rens, Henry Stone House et Sijbrand Wreath lors de leur arrivée dans la salle du tribunal de Schiphol, à Badhoevedorp,  aux Pays-bas, le 31 octobre 2016, pour le début du procès du Parlementaire anti-Islam néerlandais  Geert Wilders accusé d'insulte envers un groupe racial et d'incitation à la haine après des commentaires portant sur les Marocains vivant aux Pays-Bas.  Ce procès s'est ouvert le 31 octobre en l'absence de Wildersle 31 octobre, dans une affaire examinant les frontères de la liberté d'expression  en amont des élections parlementaires l'année prochaine. Ce procès qui devait s'achever le 25 novembre n'intéresse en partie à des propos tenus lors d'un rassemblement pour des élections locales en mars 2014. Lorsque Wilders avait demandé à ses partisans s'ils voulaient "plus ou moins de Marocains dans leur ville et eaux Pays-Bas, la foule avait répondu : "Moins ! Moins !" Wilders avait alors ajouté : "Nous allons organiser ça". (Crédit :  / AFP PHOTO / ANP / Koen van Weel / Netherlands OUT)
(Gauche à droite) Les juges Elianne van Rens, Henry Stone House et Sijbrand Wreath lors de leur arrivée dans la salle du tribunal de Schiphol, à Badhoevedorp, aux Pays-bas, le 31 octobre 2016, pour le début du procès du Parlementaire anti-Islam néerlandais Geert Wilders accusé d’insulte envers un groupe racial et d’incitation à la haine après des commentaires portant sur les Marocains vivant aux Pays-Bas.
Ce procès s’est ouvert le 31 octobre en l’absence de Wildersle 31 octobre, dans une affaire examinant les frontères de la liberté d’expression en amont des élections parlementaires l’année prochaine. Ce procès qui devait s’achever le 25 novembre n’intéresse en partie à des propos tenus lors d’un rassemblement pour des élections locales en mars 2014. Lorsque Wilders avait demandé à ses partisans s’ils voulaient « plus ou moins de Marocains dans leur ville et eaux Pays-Bas, la foule avait répondu : « Moins ! Moins ! » Wilders avait alors ajouté : « Nous allons organiser ça ». (Crédit : / AFP PHOTO / ANP / Koen van Weel / Netherlands OUT)

Il s’est prêté là à une critique de la stratégie générale mise en oeuvre par la gauche néerlandaise, que certains observateurs accusent de ne pas en faire assez pour bloquer Wilders.

Tandis que le parti Travailliste s’était concentré sur l’économie, le parti Socialiste de centre-gauche s’est montré moins enthousiaste dans sa défense des valeurs multiculturelles, considérées comme controversées aux yeux de sa base d’électeurs qu’est la classe ouvrière.

Avec le parti au pouvoir qui hésite à décourager les éventuels électeurs de droite en affrontant directement Wilders, les oppositions publiques à ces politiques sont revenues à de plus petits partis considérés comme élitistes, ce qui renforce son image d’ennemi d’un certain establishment.

Tandis que la lutte contre les idées de Wilders figure en bonne place sur la liste d’Asscher – une nouveauté – ce dernier a toujours dénoncé avec véhémence les autres expressions du discours de haine, notamment contre les Juifs et Israël, a expliqué Nataniel.

Il a noté la réaction forte d’Asscher à un discours tenu en 2014 par un membre du parti Travailliste, expert en cyber-sécurité employé par le gouvernement, qui avait déclaré que l’Etat islamique était une invention sioniste pour calomnier les Musulmans.

Jeremy Corbyn après sa réélection à la tête du Labour britannique, pendant la conférence du parti à Liverpool, le 24 septembre 2016. (Crédit : AFP/Oli Scarff)
Jeremy Corbyn après sa réélection à la tête du Labour britannique, pendant la conférence du parti à Liverpool, le 24 septembre 2016. (Crédit : AFP/Oli Scarff)

“Cela m’avait donné la nausée”, commente Asscher, le plus haut responsable politique à avoir fait part de son mécontentement lors de cet incident.

Pour Naftaniel, cette attitude démontre une tolérance zéro au sein du parti Travailliste à l’antisémitisme de gauche. Et cela crée une différence réelle, a ajouté Naftaniel, avec son homologue britannique dirigé par Jeremy Corbyn qui a exprimé son soutien au Hamas, au Hezbollah et appuyé certaines tentatives visant à boycotter Israël.

“Corbyn est un radical”, a indiqué Naftaniel, évoquant celui qui est accusé par de nombreux Juifs britanniques d’autoriser une rhétorique anti-israélienne auprès de certains membres du parti, qui se confond par moment avec de l’antisémitisme ouvert. « Et tandis qu’Asscher a ses [propres] valeurs, il est pragmatique ».

L’arrière-grand-père d’Asscher, Abraham, était un dirigeant du conseil Juif créé par les Nazis pour contrôler les Juifs du pays en amont de leur extermination dans les camps de la mort. Il n’est pas le premier leader du parti Travailliste à revendiquer des racines juives. C’était le cas également de l’ancien maire d’Amsterdam, Job Cohen, lorsqu’il avait présidé la formation pendant deux ans jusqu’en 2012.

L'ancien leader du parti Travailliste et maire d'Amsterdam, Job Cohen. (Crédit : Wikimedia Commons/Joss van Zetten)
L’ancien leader du parti Travailliste et maire d’Amsterdam, Job Cohen. (Crédit : Wikimedia Commons/Joss van Zetten)

Tandis que Cohen avait minimisé ses origines juives – “j’ai un nom juif et c’est tout”, avait-il déclaré dans une interview en 2010 – Asscher, qui a eu trois fils avec une non-juive, “est plus à l’aise ou plus ouvert pour évoquer des racines juives”, a dit Naftaniel.

Cette ouverture s’est affichée dans le post inhabituel d’Asscher au mois de février.

“Un grand nombre d’entre vous possèdent un sens inné de la perspicacité historique”, avait écrit ironiquement Asscher dans cette lettre, qu’il avait adressée aux antisémites qui l’insultaient sur le Net, dont ceux qui accusaient son arrière-grand père d’avoir collaboré avec les Nazis.

« Vous avez découvert que je suis lié à Abraham Asscher, qui était président du Conseil Juif. Chapeau » ajoutait-il, en français.

Malgré son éloquence, Asscher ne semble pas être dans une position avantageuse face à Wilders, selon Manfred Gerstenfeld, ancien président du Centre de Jérusalem des Affaires Publiques et auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux Pays-Bas.

Dans un contexte de ressentiment anti-immigrants croissant, avec l’avertissement lancé par les services généraux de sécurité et de renseignement néerlandais concernant un “renouveau soudain et explosif du djihadisme néerlandais”, la rhétorique anti-Wilders ne “changera probablement pas ni même ne réglera les problèmes sociaux bien réels créés par de nombreux membres de la minorité musulmane et que dénonce Wilders dans son style populiste », a expliqué Gerstenfeld.

Dans la politique néerlandaise, le parti avec le plus grand nombre de votes est chargé par le monarque de créer un gouvernement de coalition. Le leader de ce parti devient habituellement aussi Premier ministre.

L’ampleur du défi que devra affronter le parti Travailliste est visible dans les sondages récents. Ce dernier est à la traîne derrière Wilders de plus d’une vingtaine de sièges, explique Gerstenfeld. Le parti d’Asscher devrait réunir approximativement 11 sièges au Parlement sur 150, alors que les enquêtes accordant 30 sièges ou plus à la formation de Wilders.

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