Un (émouvant) docu sur un survivant de la Shoah et son violon, nominé aux Oscars
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« C’était quelque chose de simple. Je ne l’utilisais plus, alors que quelqu’un en profite. »

Un (émouvant) docu sur un survivant de la Shoah et son violon, nominé aux Oscars

Le court-métrage de l'ancienne coproductrice du Daily Show, Kahane Cooperman "n’est pas spécifiquement un film sur la Shoah, c’est davantage un film sur les relations humaines et sur l’espoir"

Joe Feingold et Brianna Perez dans le court métrage documentaire nominé aux Oscars, 'Joe's Violin.' (Crédit : capture d'écran via JTA)
Joe Feingold et Brianna Perez dans le court métrage documentaire nominé aux Oscars, 'Joe's Violin.' (Crédit : capture d'écran via JTA)

JTA – La réalisatrice Kahane Cooperman n’a pas encore rédigé son discours de remerciement pour les Oscars, mais elle risque de devoir s’y mettre avant la cérémonie des Oscars du cinéma prévue le 28 février.

Sans porter la poisse ni frimer, Cooperman a déclaré dans un entretien téléphonique avec le JTA, qu’elle devait le faire « au cas où ça arrive, de peur d’oublier quelqu’un ».

Son film, « Joe’s Violin », est nominé pour l’Oscar du meilleur court métrage documentaire, une catégorie généralement ignorée par les spectateurs, qui s’intéressent davantage à ce que porte Emma Stone. C’est un film de 24 minutes durant lequel vous ne lâcherez pas votre mouchoir, une ode à l’esprit humain, un témoignage de la façon dont les petits actes de bonté peuvent avoir des répercussions importantes à long terme.

La version (relativement) courte de l’histoire : Joe Feingold est un Polonais de 93 ans, survivant de l’Holocauste. Il y a environ trois ans, le violoniste a réalisé qu’il n’avait plus la dextérité pour jouer à son niveau.

« Le violon était là, et je pensais que je devais en faire bon usage. »

« J’avais quelques idées sur le moyen de jouer du violon », a-t-il dit dans un entretien téléphonique séparé, depuis son domicile de New York. « Et je ne pouvais plus le faire. Le violon était là, dans son étui dans mon appartement, et je pensais que je devais en faire bon usage. »

Il a pensé à le vendre, mais il a entendu une annonce sur le WQXR, la fréquence de musique classique de New York. La station de radio travaillait avec la Mr Holland’s Opus Foundation – une retombée du film qui a valu à Richard Dreyfus un Oscar – et ils cherchaient des instruments d’occasion pour les enfants nécessiteux des écoles de New York City.

Joe est alors monté à bord d’un bus et s’est rendu au Lincoln Center, où il a laissé son très cher violon. Les choses auraient pu s’arrêter là si Feingold et son instrument n’avait pas un passé si fascinant, et si la bénéficiaire, Brianna Perez, 12 ans à l’époque, n’avait cette belle carrière devant elle. Deux étrangers liés par un violon.

Feingold est né à Varsovie en 1923. Après l’invasion de la Pologne par les nazis en 1939, la famille a appris que son père était sur le point de se faire arrêter. Feingold et son père ont fui vers l’est de la Russie, qui était encore sous domination russe. Mais le pacte Hitler-Staline a tout changé. Le père et le fils ont été envoyés dans deux camps de travail différents en Sibérie. Ils ont tous deux survécu, mais la mère de Feingold et l’un de ses deux frères n’ont pas eu cette chance.

Après la guerre, Feingold s’est rendu vers un camp de personnes déplacées en Allemagne. C’est en se promenant dans un marché aux puces qu’il a vu un violon, comme une madeleine de Proust, qui l’a ramené vers des souvenirs d’un temps plus heureux. Dépourvu d’argent, il a troqué un paquet de cigarettes en échange de l’instrument.

« Je n’étais pas un grand violoniste, mais la musique qu’il produisait signifiait quelque chose pour moi. Ça me manquait. »

Pourquoi un violon ?

« Parce que j’avais un violon depuis mon enfance », raconte-t-il. « J’adorais le violon. J’apprenais à en jouer. Je n’étais pas un grand violoniste, mais la musique qu’il produisait signifiait quelque chose pour moi. Ça me manquait. »

Dans le film, Feingold banalise la portée de son don.

« Je pensais que c’était juste un violon’, dit-il. « C’était quelque chose de simple. Je ne l’utilisais plus, alors que quelqu’un en profite. »

Mais durant notre conversation téléphonique, peut-être parce qu’il n’avait pas le temps de réfléchir, ou peut-être parce qu’il fait la promotion du documentaire, il a proposé une perspective différente.

Un violon de l'espoir, rescapé de la Shoah (Crédit : AFP/Menahem Kahana)
Un violon de l’espoir, rescapé de la Shoah (Crédit : AFP/Menahem Kahana)

« J’ai toujours pensé que ça devrait signifier quelque chose à la personne qui le recevrait, comme cela a signifié quelque chose pour moi », évoque-t-il. « Ce violon a joué un rôle tellement important dans ma vie. Quand j’ai découvert que le violon avait été donné à une fille du South Bronx, c’est exactement ce dont j’avais toujours rêvé. »

Cette fille, Brianna, est une âme mure dans un corps jeune. Elle était élève au Bronx Global Learning Institute for Girls, une école ou le violon est enseigné de la maternelle à la cinquième.

Elle a assez rapidement compris l’importance de ce cadeau.

Dans le film, Brianna explique que « ce violon a tant de secrets que personne ne connait ».

« Ce violon a tant de secrets que personne ne connait ».

Cooperman décrit Brianna « la plus brillante des jeunes filles de 12 ans ».

« Elle avait un profond respect et une compréhension de la valeur de ce violon, au-delà de l’instrument de musique » a ajouté la réalisatrice, une Américaine de première génération, dont le père avait fui l’Allemagne en 1934.

Cooperman avait entendu parler de la donation de Feingold durant un sport publicitaire sur WQXR en 2013. Et c’est de là qu’a germé l’idée de ce documentaire.

Au début du film, c’est une voix off qui raconte l’odyssée du violon. Mais les spectateurs voient autre chose. Nous sommes à une assemblée, et une enseignante retient ses larmes quand elle parle aux étudiants d’un violon, de son donateur, et qu’elle annonce que Brianna va le recevoir.

Nous voyons également Feingold lire la lettre dans laquelle Brianna l’invite à se rendre à l’école. Nous le voyons dans une seconde assemblée, quand il s’adresse aux élèves, et plus tard, quand il Brianna jouer un morceau de Grieg sur lequel elle s’est laborieusement entraînée.

Ces évènements ont-ils eu lieu parce qu’il y avait une caméra pour les filmer ?

Cooperman répond par la négative. Ce violon et son histoire auraient eu cette histoire même si elle n’avait pas été là pour la raconte.

« Je pense que tout le monde savait que les 3 000 instruments donnés avaient tous une histoire, mais que celui-ci avait quelque chose de fascinant », dit-elle. « Il sortait du lot. »

Jon Stewart's first directing project will be about a journalist interrogated over his appearance on "The Daily Show." (Comedy Central screenshot)
Jon Stewart, ancien animateur de « The Daily Show. » (Capture d’écran : comedy Central)

Cooperman a lancé ce filme alors qu’elle travaillait comme coproductrice exécutive sur The Daily Show, un contrat qu’elle avait signé il a 18 ans, à cause de son passé de documentariste. Elle a quitté son emploi, raconte-t-elle, pour revenir à ses racines.

« Il n’a jamais été question de faire de l’argent, c’était un travail par amour. »

« Il n’a jamais été question de faire de l’argent », explique Cooperman. « C’était un travail par amour. »

En effet, Cooperman et sa productrice, Raphaela Neihausen avaient besoin de faire du crowfunding pour financer le projet, et il est assez improbable que les 277 personnes qui ont participé soient citées dans le discours aux Oscars.

« Pour moi, ‘Joe’s Violin’ n’est pas spécifiquement un film sur la Shoah, c’est davantage un film sur les relations humaines et sur l’espoir », explique Cooperman. « Mais je suis fière qu’à travers Joe, nous entendons ce qui s’est passé, à la première personne, et tout particulièrement maintenant qu’il reste de moins en moins de voix. »

Comme la plupart des documentaires court métrage, le film est disponible sur www.JoesViolin.com.

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