Un fils d’Alsacien incorporé de force porte plainte contre l’Allemagne
Rechercher

Un fils d’Alsacien incorporé de force porte plainte contre l’Allemagne

"L'Allemagne refuse de nous indemniser en disant que nous ne sommes pas Allemands, alors qu'ils ont entraîné nos papas en leur mettant la nationalité allemande sur le dos"

Cette photo prise le 15 mars 1938 montre des soldats nazis allemands paradant dans une rue de Vienne après l'annexion de l'Autriche, ou "Anschluss", par la  Wehrwacht allemande. (Crédit :  / AFP PHOTO / FRANCE PRESSE VOIR / STRINGER)
Cette photo prise le 15 mars 1938 montre des soldats nazis allemands paradant dans une rue de Vienne après l'annexion de l'Autriche, ou "Anschluss", par la Wehrwacht allemande. (Crédit : / AFP PHOTO / FRANCE PRESSE VOIR / STRINGER)

Un orphelin de « Malgré-nous », ces Français d’Alsace qui ont été enrôlés de force dans l’armée allemande, a porté plainte contre l’Allemagne pour crime contre l’humanité, exigeant une indemnisation équivalente aux orphelins de soldats allemands, a-t-il expliqué mardi à l’AFP.

Gérard Michel, président de l’Association « Orphelins de pères Malgré-nous d’Alsace et de Moselle », a déposé cette plainte avec constitution de partie civile auprès du parquet de Strasbourg, pour l’incorporation de force de son père et de son oncle en 1944 et 1943, a-t-il indiqué à l’AFP, confirmant une information du journal L’Alsace.

« L’Allemagne refuse de nous indemniser au même titre que les orphelins allemands en disant que nous ne sommes pas Allemands, alors qu’ils ont entraîné nos papas en leur mettant la nationalité allemande sur le dos, qu’ils le veuillent ou non », a-t-il ajouté, précisant demander « exactement les mêmes indemnisations, pas un centime de plus ou de moins, que celles que l’Allemagne accorde à ses orphelins, à ses veuves ».

Les « Malgré-nous », ces quelque 130 000 Alsaciens et Mosellans qui furent incorporés de force à partir de 1942 dans la Wehrmacht, ont été indemnisés après un accord trouvé en 1981 entre la France et l’Allemagne mais ne bénéficient pas d’une pension allemande puisqu’ils ont été reconnus comme des anciens combattants français.

« Mon père s’est sacrifié, il est parti quinze jours avant que les Américains débarquent, pour sauver ma mère enceinte jusqu’au cou. Il est enterré dans une fosse commune en Pologne, comme tant d’autres, et l’Allemagne ne s’est même pas excusée ! », déplore M. Michel, rappelant également que « 500 jeunes gens ont été tués dans la fleur de l’âge parce qu’ils ne voulaient pas rejoindre les Allemands ».

« Un orphelin de guerre français a obtenu une allocation unique d’environ 920 euros (réévalués). Or un volontaire dans les Waffen SS a pu engranger plus ou moins 400 euros par mois sur une période moyenne de 40 années, soit 192 000 euros », c’est-à-dire 200 fois plus, a calculé M. Michel, qui va se pencher sur la possibilité de porter plainte au nom de l’association qu’il préside.

En juin, le ministère français des Armées avait indiqué, confirmant une information du quotidien Le Monde, que cinq anciens militaires figuraient parmi les 54 personnes en France bénéficiant de pensions allemandes versées au titre du conflit de 1939-45, dont au moins trois anciens volontaires français engagés dans les rangs de l’armée allemande pendant la guerre.

L’un de ces volontaires a été membre de la division blindée SS Totenkopf (« Tête de mort »), un autre de la division Charlemagne et le troisième de la Luftwaffe (armée de l’air).

Sur les bénéficiaires de ces pensions en France, 21 sont des veuves, 6 des orphelins et 27 des blessés de guerre, dont neuf français, avait précisé le ministère.

En février, la révélation du fait qu’une poignée de collaborateurs du régime nazi percevaient toujours une pension allemande en Belgique avait suscité l’indignation.

Ces pensions sont versées chaque mois, en vertu d’un loi allemande, aux habitants de la Flandre ou de la Wallonie qui se sont engagés aux côtés de l’armée allemande, ainsi qu’aux enrôlés de force dans les territoires annexés de l’est de la Belgique.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...