Un grand rabbin divulgue un scandale et secoue le public sioniste religieux
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Un grand rabbin divulgue un scandale et secoue le public sioniste religieux

Le rav Shmuel Eliyahu accuse le chef spirituel Shmuel Tal d'avoir des aventures avec des fidèles féminins, qu'il justifiait en prétendant avoir eu la révélation du "saint esprit"

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le rabbin Shmuel Tal, responsable de la yeshiva Torat HaChaim, durant un sermon, le 27 décembre 2018. (Capture d'écran/YouTube)
Le rabbin Shmuel Tal, responsable de la yeshiva Torat HaChaim, durant un sermon, le 27 décembre 2018. (Capture d'écran/YouTube)

Dans une lettre ouverte qui a levé le voile sur une accusation d’inconduite étouffée impliquant un chef spirituel éminent dans le camp sioniste religieux, le grand rabbin de Safed a appelé le public à rester à l’écart d’un homologue respecté, lui reprochant plusieurs relations déplacées avec ses disciples, dont une femme qu’il avait convaincu de divorcer de son mari.

Trois semaines après que le site d’information sioniste religieux Srugim a publié un article sur un directeur de yeshiva dont le nom n’avait pas été divulgué et qui avait été prié de démissionner en raison de « problèmes personnels », Shmuel Eliyahou, le grand rabbin de Safed a publiquement identifié l’individu impliqué, le rabbin Shmuel Tal, le directeur de la yeshiva Torat HaChaim ainsi que plusieurs autres institutions religieuses de la ville centrale de Yad Binyamin.

Dans sa lettre ouverte se référant à Tal publiée 0mercredi, Eliyahu écrit : « Je ne recommande à personne d’apprendre de lui une halakha (loi juive), ni de lui demander conseil. Je ne recommande pas d’étudier dans sa yeshiva, ni dans son séminaire pour femmes, ni dans son école de conseil. »

Eliyahu a débuté sa lettre en disant qu’il y a environ quatre ans, il a appris l’existence d’une relation inappropriée que Tal, 56 ans, entretenait avec une femme mariée, qui avait approché le dirigeant de Torat HaChaim pour lui demander des conseils conjugaux.

Le grand rabbin de Safed Shmuel Eliyahu à Jérusalem, le 24 mai 2017. (Shlomi Cohen/Flash90)

« J’ai tendu la main à [Tal] et l’ai mis en garde contre la relation interdite, la grande profanation du nom de Dieu qui en résulterait et contre le fait de convaincre la femme de divorcer de son mari sous prétexte qu’ils ne sont pas compatibles. Il n’a pas la permission de le faire alors qu’il a une relation illicite avec elle. C’est la définition de « voler l’agneau du pauvre », écrit rav Eliyahu, faisant référence au récit biblique qui met en garde contre le fait de profiter du faible.

Le grand rabbin de Safed et ancien grand rabbin séfarade d’Israël a déclaré que Tal refusait d’accéder à sa demande et continuait ses contacts avec la femme, la convainquant même de divorcer de son mari. Tal raconta à la femme que le « saint esprit » l’avait informé que sa propre femme, Yifat, allait bientôt décéder, après quoi il l’épouserait en secondes noces.

Selon rav Eliyahu, Yifat, toujours vivante a rejeté cette proposition selon laquelle Tal devait épouser cette fidèle tout en restant marié à sa première femme.

En apprenant que Tal n’allait pas l’épouser, l’adepte a « compris l’erreur qu’elle avait faite » et a réussi à se remarier à son ex-mari. C’est alors que les associés de Tal ont commencé à dire du mal d’elle dans la communauté des femmes, a affirmé le rav Eliyahu.

Après s’être remariée, la femme et son mari ont décidé de poursuivre Tal en justice et ont demandé des dommages et intérêts. Rav Eliyahu a expliqué que le couple Tal lui avait demandé de l’aide pour se réconcilier avec le couple remarié. Shmuel Tal a admis avoir commis un acte répréhensible et a accepté de verser 500 000 shekels (125 000 euros) à titre de réparation. Rav Eliyahu a alors écrit qu’il croyait que Tal s’était repenti adéquatement et a publié une lettre privée indiquant que Tal pouvait continuer à diriger Torat HaChaim.

Le rabbin Asher Weiss. (Gershon Ellinson/Flash90)

Quelques jours plus tard, le rabbin Eliyahu a découvert que Tal avait des « relations malsaines » avec d’autres femmes, mariées et non mariées. De plus, il a appris que l’ordinateur de Tal contenait des « contenus obscènes ». « Par conséquent, je suis convenu avec d’autres rabbins de Torat HaChaim qu’il ne pouvait plus diriger la yeshiva. »

En consultation avec le rabbin Asher Weiss – un éminent rabbin ultra-orthodoxe dont les décisions ont également été acceptées par les membres du camp sioniste religieux – le rav Eliyahu a déclaré qu’il avait été décidé de créer un tribunal rabbinique spécial pour juger les allégations formulées contre Tal.

Entre-temps, le rabbin Weiss a rendu sa propre décision déclarant que Tal pouvait continuer à diriger Torat HaChaim avant qu’une cour de trois rabbins ne débatte de son sort. De plus, il a appelé les membres de la communauté Yad Binyamin à se manifester avant vendredi prochain s’ils avaient des griefs contre Tal.

Cependant, le radiodiffuseur public Kan a rapporté que les confidentes de la plaignante initiale contre Tal avaient découvert une vidéo de Weiss faisant l’éloge du leader Torat HaChaim et ont soutenu qu’il ne devrait pas être chargé de la constitution d’un tribunal rabbinique qui rendrait objectivement des décisions. Néanmoins, Weiss n’a pas été écarté de l’affaire.

Dans sa lettre ouverte, le rav Eliyahu a écrit qu’il avait informé le tribunal rabbinique de la possibilité que Tal essaierait de détruire l’ordinateur et son « contenu obscène », et c’est effectivement ce qui s’est passé. « Dans une telle situation, il est difficile pour le tribunal de voir la preuve claire de ses méfaits », a-t-il écrit.

Expliquant sa décision de rendre publique les détails de l’affaire, le grand rabbin Eliyahu a fait savoir que dans ses conversations avec Tal, ce dernier disait continuellement qu’il était guidé par un « esprit saint ».

Des étudiants prient à la yeshiva Torat HaChaim à Yad Binyamin, le 15 février 2015. (Capture d’écran/YouTube)

« J’ai examiné la question du ‘saint esprit’ et j’ai constaté qu’il donnait depuis des années des conseils à de nombreuses personnes parce qu’il croyait qu’il était en contact avec le ‘saint esprit’, leur causant ainsi beaucoup de torts » a écrit Shmuel Eliyahou, ajoutant que les conseils malavisés mettaient en péril des centaines de personnes à Yad Binyamin et partout dans le pays.

Mercredi également, un ancien élève de Tal du nom de Joe Axelrod a écrit dans une publication Facebook que le rabbin de Torat HaChaim avait essayé de convaincre sa femme – en utilisant le « saint esprit » – de divorcer pour qu’ils se marient et aient un enfant ensemble qui allait devenir le messie.

Tal a créé Torat HaChaim en 1996 dans l’implantation de Neve Dekalim dans la bande de Gaza. Après le désengagement unilatéral d’Israël de l’enclave côtière, Tal a déplacé la yeshiva à Yad Binyamin, où elle se trouve encore aujourd’hui, en la développant pour inclure un séminaire pour femmes, une école conseil, une école de théâtre, et plus. Cependant, suite au désengagement, Tal a changé d’idéologie et le rabbin sioniste religieux a déclaré que l’État d’Israël ne pouvait plus être considéré comme faisant partie de la rédemption messianique, mais plutôt comme un obstacle.

En réponse à la lettre d’Eliyahu, Tal a publié un communiqué dans lequel il déclarait qu’il était « étrange que divers éléments non issus de la communauté [Yad Binyamin], qui sont motivés par des intérêts personnels et dont le but est de nuire aux institutions communautaires et au chef de la communauté, soient ceux qui diffusent des rumeurs malveillantes sans rapport avec la vérité ».

Tal a affirmé que ces personnes avaient piraté des ordinateurs de sa yeshiva, jeté des œufs sur sa maison et crevé les pneus de voitures appartenant à ses disciples. Néanmoins, il a dit qu’il restait déterminé à écouter la décision du tribunal rabbinique le concernant.

Le rabbin Moti Elon, qui a été reconnu coupable en 2013 d’agression sexuelle forcée contre un mineur, est vu dans la salle d’audience du tribunal correctionnel de Jérusalem, avant son audience, le 18 décembre 2013. (David Vaaknin/Flash 90/Pool)

Dans une réponse apparente aux soupçons du camp sioniste religieux sur la question de savoir si la relation qu’il avait eue avec l’adepte féminine avait été de nature sexuelle, Tal a affirmé dans son communiqué que celle-ci n’avait pas été de nature « intime ».

Le communiqué concluait en fustigeant le rav Eliyahu pour avoir « sapé » le travail du tribunal rabbinique en rendant publics les détails de l’affaire, « en donnant une dimension publique à l’affaire ».

Mercredi soir, Kan a rapporté que le scandale avait provoqué une rupture à Yad Binyamin entre les partisans et les opposants de Tal. Cependant, même parmi les avocats du chef spirituel accusé, des appels sont lancés à huis clos pour que Tal démissionne immédiatement de son poste afin qu’il ne fasse pas tomber toute la communauté avec lui.

Il s’agit de la troisième allégation d’inconduite contre un rabbin éminent de la communauté sioniste religieuse à laquelle Eliyahu a été chargé de trouver une solution.

L’année dernière, un jeune étudiant l’a contacté pour dénoncer le comportement sexuellement inapproprié du rabbin Mordechai « Moti » Elon, dans une nouvelle plainte déposée cinq ans après la condamnation du chef de la Yeshivat HaKotel de Jérusalem pour deux chefs d’agression sexuelle. Confronté par Eliyahu et d’autres rabbins du camp sioniste religieux, Elon a avoué l’inconduite, accepté de cesser toute activité publique et de se faire traiter.

Le grand rabbin Eliyahu a également dirigé une équipe de rabbins qui a enquêté sur les accusations de crimes sexuels portées par une douzaine de femmes contre Ezra Sheinberg, président de la yeshiva Orot Haari de Safed. L’équipe a ouvert son enquête en 2015 et a signalé le rabbin à la police quelques mois plus tard, qui a arrêté Sheinberg alors qu’il tentait de fuir le pays. Deux ans plus tard, il a été reconnu coupable et condamné à sept ans et demi de prison.

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