Un incubateur municipal de start-ups dans les quartiers pauvres de Tel Aviv
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Un incubateur municipal de start-ups dans les quartiers pauvres de Tel Aviv

Dans le quartier délabré de Neve Shaanan, un centre d'entrepreneuriat chic fait appel à des vétérans de l'unité d'élite 8200 pour tenter de réduire les écarts économiques

Le nouveau centre d'entrepreneuriat de la municipalité de Tel Aviv dans le quartier de Neve Shaanan, le 24 octobre 2017 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)
Le nouveau centre d'entrepreneuriat de la municipalité de Tel Aviv dans le quartier de Neve Shaanan, le 24 octobre 2017 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

La municipalité de Tel Aviv s’est associée à des vétérans de l’unité d’élite 8200 de l’armée israélienne pour promouvoir l’entrepreneuriat social et urbain dans le quartier défavorisé de Neve Shaanan, au sud de la ville, qui accueille des milliers de migrants – généralement les citoyens israéliens les plus pauvres – ainsi que la célèbre et crasseuse gare routière de Tel Aviv.

La pierre angulaire de cette initiative est un nouveau centre, connu en hébreu sous le nom de Haratzif, (la plateforme), situé au niveau du guichet, qui a été rénové, dans le terminal de bus dorénavant disparu.

Au cours de l’année passée, la ville a transformé le site abandonné en un centre technologique épuré et effervescent qui, espère-t-elle, offrira aux entreprises naissantes et aux aspirants entrepreneurs les outils dont ils ont besoin pour avoir un impact sur la société à travers des cours, des ateliers de travail et du mentorat.

Mais tout d’abord, la municipalité a dû faire passer le message, explique Shana Krakowski, directrice de Haratzif.

Elle a indiqué que la ville était convaincue qu’elle serait en mesure d’attirer des candidats pour le projet et qu’en s’associant aux anciens de l’unité 8200, qui ont une réputation en or dans le monde des technologies, Haratzif pouvait décoller.

« Nous savons que Shmoné-Matayim » — comme on appelle l’unité 8200 en hébreu – « attire certains des meilleurs, des plus brillants esprits se consacrant à l’entrepreneuriat social », déclare Krakowski au Times of Israël dans le bâtiment qui héberge Haratzif à Neve Shaanan.

Le quartier du sud de Tel Aviv est situé à proximité du boulevard Rostchild, où des coffee-shops et des bars branchés bénéficient du mécénat d’entrepreneurs en technologie se baladant sur des vélos électriques et scooters. Mais sur le plan socio-économique, Neve Shaanan est aux antipodes du boulevard Rothschild, le boulevard alangui à l’ombre des arbres.

Le quartier est connu car il abrite la gare centrale de Tel Aviv, à laquelle on se réfère encore étrangement comme la « nouvelle gare routière » presque trente ans après son inauguration.

Cette gare, à l’odeur d’urine omniprésente, regorge de coins obscurs et de curiosités comme cette grotte de chauves-souris, le centre culturel yiddish et l’abri anti-nucléaire inusable. Autour de cette gare routière, la population, constituée de 90 % d’immigrants clandestins, présente de sérieux problèmes de drogue et de prostitution.

Un sex-shop situé de l'autre côté de la rue du nouveau centre d'entrepreneuriat de la municipalité de Tel Aviv dans le quartier du sud de Neve Shaanan le 24 octobre 2017 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)
Un sex-shop situé de l’autre côté de la rue du nouveau centre d’entrepreneuriat de la municipalité de Tel Aviv dans le quartier du sud de Neve Shaanan le 24 octobre 2017 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)

Et en effet, de l’autre côté de la rue, face au nouveau centre, se trouvent des maisons closes et des sex-shops, tandis que des toxicomanes et des dealers rôdent aux alentours.

« Cette initiative participe aux objectifs de la ville, qui cherche à améliorer la vie des citoyens », explique Eytan Schwartz, directeur du département Global and Tourism, à la municipalité de Tel Aviv.

L’idée est de donner aux quartiers les moins privilégiés de Tel Aviv le goût de l’excitation propre à la start-up nation, ajoute-t-il.

« C’est le premier centre d’entrepreneuriat municipal et nous avons décidé de le situer précisément ici », dit-il.

Le nouveau centre d'entrepreneuriat de la municipalité de Tel Aviv dans le quartier de Neve Shaanan, le 24 octobre 2017 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)
Le nouveau centre d’entrepreneuriat de la municipalité de Tel Aviv dans le quartier de Neve Shaanan, le 24 octobre 2017 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)

Le long immeuble étroit où se trouve Haratzif surplombe un parc, utilisé majoritairement par les familles de migrants africains du quartier. Ce parc avait été construit sur les plate-formes de bus qui constituaient la gare routière centrale de Tel Aviv.

Le nouveau centre occupe la majorité des étages les plus élevés. il partage ses locaux avec un petit centre communautaire de la police. Le rez-de-chaussée accueille un jardin d’enfants municipal essentiellement fréquenté par les enfants des familles de migrants africains et asiatiques.

Le nouveau centre de l'entrepreneuriat de la municipalité de Tel Aviv dans le quartier de Neve Shaanan, le 24 octobre 2017 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)
Le nouveau centre de l’entrepreneuriat de la municipalité de Tel Aviv dans le quartier de Neve Shaanan, le 24 octobre 2017 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)

A l’intérieur, les bureaux récemment rénovés ressemblent beaucoup à la majorité des autres open-spaces.

Ils sont constitués d’une grande pièce, avec trois autres, plus petites, qui permettent des réunions davantage intimistes. Les murs sont décorés de graffitis chics, dans la kitchenette, on trouve du café, du thé, des cookies et un ameublement Ikea. Les tables, les chaises et les bancs peuvent être facilement ré agencés et ne sont jamais trop loin d’une prise électrique.

Haratzif a ouvert ses portes au mois d’août 2017, accueillant quelques événements sur le financement en faveur du logement et l’entrepreneuriat et a également permis à certains habitants (dont ce journaliste – Judah Ari Gross) de travailler dans un espace climatisé. Mais le centre devrait rester essentiellement vide jusqu’à leur sélection d’entrepreneurs.

Les résidents du sud de Tel Aviv écoutent une conférence dans le nouveau centre d'entrepreneuriat du quartier sud de Neve Shaanan. (Crédit : Shana Krakowski/Tel Aviv Municipality)
Les résidents du sud de Tel Aviv écoutent une conférence dans le nouveau centre d’entrepreneuriat du quartier sud de Neve Shaanan. (Crédit : Shana Krakowski/Tel Aviv Municipality)

Douze projets, dirigés par approximativement 25 personnes, seront choisis pour rejoindre un programme accélérateur de cinq mois mené conjointement avec le programme social 8200, la branche sociale de l’Association des anciens de l’unité 8200, qui a pour objectif d’utiliser la technologie pour résoudre les problèmes sociaux.

L’idée est d’encourager des initiatives en direction des sans-abri, de s’attaquer à la solitude des personnes âgées ou de modeler l’environnement urbain, entre autres.

L’initiative ne prétend pas résoudre l’immense problème des migrants clandestins dans le sud de Tel Aviv, explique Shwartz, qui ajoute que la ville a mis en oeuvre de nombreuses démarches en ce sens.

Elle a plutôt pour objectif d’ouvrir une petite brèche susceptible d’améliorer la vie des locaux en leur donnant accès à des structures qui puissent les aider à réaliser leurs aspirations, et tenter de réduire les écarts de revenus avec les habitants riches du nord de la ville.

Les entrepreneurs choisis rencontreront des mentors, ils auront des conseils et assisteront à des conférences. Mais, et c’est peut-être le plus important, ils auront également accès aux investisseurs et aux responsables d’infrastructures, d’unités technologiques et d’aides sociales ainsi qu’à des représentants d’autres villes, notamment de Berlin, de Barcelone, de Paris, d’Amsterdam et Lisbonne, avec lesquelles Tel Aviv a passé un partenariat.

« L’entrepreneuriat est un outil de changement social et personnel dont ont besoin tous les jeunes », a fait savoir dans un communiqué le maire de Tel Aviv Ron Huldai. L’accélérateur de Neve Shaanan « se concentrera sur l’entrepreneuriat dans l’innovation urbaine et sociale, et connectera la population locale avec les experts urbains du monde entier ».

Le programme social 8200 a été fondé en 2013 par l’association des anciens de l’unité 8200 pour partager l’expérience acquise au sein de l’unité militaire d’élite et la mettre au bénéfice de la société.

« Nous n’avons aucun doute sur le fait que la municipalité sera un facteur déterminant pour avancer des solutions aux problèmes sociaux et urbains », commente Neta-Li Meiri, directrice du programme social 8200.

« La municipalité a le pouvoir et la capacité de connecter les initiateurs du programme aux autorités municipales partout dans le monde qui seront en mesure d’améliorer l’existence de chacun d’entre nous ».

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