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Israël fournira logement et soins aux réfugiés ukrainiens

Selon les autorités israéliennes, la priorité ira aux groupes les plus vulnérables alors qu'Israël tente de répondre aux besoins des milliers de personnes qui entrent dans le pays

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des réfugiés israéliens et ukrainiens débarquent d'un vol de secours à l'aéroport international Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 3 mars 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Des réfugiés israéliens et ukrainiens débarquent d'un vol de secours à l'aéroport international Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 3 mars 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Israël offrira des services de base, notamment une prise en charge des soins et un logement, aux milliers de réfugiés ukrainiens qui entrent dans le pays, a fait savoir le ministère des Affaires sociales mercredi.

Plus de 6 000 Ukrainiens qui ne sont pas éligibles à la citoyenneté israélienne sont entrés au sein de l’État juif depuis l’invasion de leur pays par la Russie, à la fin du mois dernier, selon l’Autorité israélienne de la Population, et approximativement le même nombre devrait le faire dans les prochains jours et dans les prochaines semaines – avec 15 000 réfugiés au total.

Jusqu’à présent, ces réfugiés se trouvaient en Israël grâce à un visa touristique – un visa qui ne leur permet pas d’accéder à des services sociaux tels que des soins ou des aides à l’éducation ou au logement.

Le Premier ministre Naftali Bennett a chargé le ministère des Affaires sociales de prendre en charge la problématique en offrant des services de base aux demandeurs d’asile.

« Selon le projet, le ministère des Affaires sociales accordera aux réfugiés un logement temporaire, une assistance matérielle, des services sociaux et d’autres droits – tels que l’assurance-maladie ou l’intégration dans le système éducatif », a précisé le ministère.

L’assurance-maladie de base sera fournie par des caisses privées et non par les organismes placés sous le contrôle de l’État.

Le ministère a alloué 15 millions de shekels qui serviront à mettre en œuvre les programmes d’assistance.

Il a indiqué que ces services de base seraient accordés aux nouveaux arrivants jusqu’à leur reconnaissance officielle en tant que réfugiés par l’État – ce processus peut nécessiter plusieurs semaines. Lorsque leur statut sera reconnu, ils seront alors en droit de prétendre à d’autres avantages et notamment de réclamer un permis de travail.

« C’est notre responsabilité morale, c’est notre responsabilité en tant que Juifs et en tant qu’Israélien, et c’est un grand honneur pour nous. Je veux remercier le Premier ministre pour avoir confié cette mission au ministère des Affaires sociales et pour me l’avoir confiée personnellement », a commenté le ministre Meir Cohen dans une déclaration.

Le ministère a précisé qu’une ligne téléphonique d’urgence serait mise en place en direction des réfugiés d’Ukraine, qui pourront ainsi obtenir l’assistance qui leur est nécessaire ou avoir une réponse à leurs éventuelles interrogations. Le ministère se coordonnera également avec les organisations à but non-lucratif locales susceptibles de venir en aide aux réfugiés sur les questions qui ne seront pas prises en charge directement par les autorités.

« Le plan va mettre l’accent sur l’aide approfondie à apporter aux personnes âgées, aux enfants, aux jeunes les plus vulnérables et aux personnes en situation de handicap », a poursuivi le ministère.

La problématique des réfugiés ukrainiens est très controversée au sein de l’État juif. La ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked, soutenue par un grand nombre de députés de la droite de l’échiquier, avait initialement limité de manière stricte le nombre de personnes pouvant entrer dans le pays, exigeant des familles de réfugiés qui pénètrent sur le territoire israélien le dépôt d’une somme importante qui ne leur aurait été rendue que lors de leur départ du pays.

Face à l’indignation qui avait été entraînée par cette pratique – et suite aux critiques formulées également par les ministres –, le ministère de l’Intérieur avait tout d’abord renoncé à ce principe s’apparentant à une caution financière et revu à la hausse le nombre de réfugiés autorisés à entrer dans le pays à 5 000, avant un nouvel assouplissement des règles qui permet dorénavant à tout Ukrainien ayant un membre de sa famille en Israël à pénétrer sur le territoire, sans limite.

Les réfugiés qui cherchaient à entrer dans le pays étaient aussi soumis à un interrogatoire approfondi à l’aéroport Ben Gurion avant d’y être placés en détention. La forte polémique entraînée par le spectacle de ces Ukrainiens retenus de force dans l’enceinte de l’aéroport avait amené le gouvernement à les loger dans des hôtels de Tel Aviv.

Même si le gouvernement a assoupli ses politiques concernant les réfugiés, les critiques continuent à déplorer la prise en charge de cette problématique. Mercredi, la chaîne Kan a fait savoir que l’Autorité de la population et de l’immigration avait expulsé des dizaines de réfugiés ukrainiens parce qu’un formulaire contenait une erreur de traduction – les candidats à l’immigration se retrouvaient ainsi à déclarer par inadvertance qu’ils avaient séjourné illégalement au sein de l’État juif dans le passé, lorsqu’ils pensaient simplement avoir précisé qu’ils avaient déjà eu l’occasion de se rendre en Israël.

Le ministre de l’Agriculture, Oded Forer, avait défendu la politique stricte mise en œuvre à l’égard des réfugiés lors d’une réunion du cabinet, lundi, disant que « l’auto-flagellation, ça suffit. On va largement au-delà de ce que font les autres pays qui ne partagent aucune frontière avec l’Ukraine » – des propos qui avaient fuité auprès des médias israéliens.

« C’est juste », a renchéri la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked. « Le gouvernement et les ministres devraient être fiers et saluer cette opération d’intégration des réfugiés. Aucun autre pays n’intègre les immigrants à une telle échelle. »

Nachman Shai, ministre de la Diaspora, a été l’un des défenseurs les plus fervents, au gouvernement, de l’accueil d’un plus grand nombre de réfugiés.

« Comme je l’ai dit et répété ces derniers jours, Israël doit tenir un rôle plus large, plus actif dans les initiatives humanitaires de secours des citoyens ukrainiens qui fuient actuellement la guerre. C’est le comportement éthique et humain que nous avons l’obligation d’adopter », a-t-il commenté, dimanche.

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