Un responsable chrétien américano-israélien rencontre le prince saoudien
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Un responsable chrétien américano-israélien rencontre le prince saoudien

Joel C. Rosenberg, habitant de Jérusalem, à la tête de la deuxième délégation évangélique en visite dans le royaume musulman, a été accueilli au palais royal

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Joel C. Rosenberg, gauche, est accueilli par le Prince couronnée Mohammed ben Salman dans le Palais Royal à Jeddah, en Arabie Saoudite, le 10 septembre 2019. (Crédit : Ambassade saoudienne à Washington)
Joel C. Rosenberg, gauche, est accueilli par le Prince couronnée Mohammed ben Salman dans le Palais Royal à Jeddah, en Arabie Saoudite, le 10 septembre 2019. (Crédit : Ambassade saoudienne à Washington)

Cette semaine, le prince saoudien Mohammed ben Salmane a accueilli un dirigeant chrétien israélien à Djeddah, où les deux hommes ont discuté du processus de paix israélo-palestinien.

La rencontre entre le résident de Jérusalem, Joel C. Rosenberg, et l’un des plus puissants dirigeants du Golfe est intervenue alors que Ryad a tenté de se rapprocher des responsables évangéliques pour renforcer ses relations avec Washington.

Ce citoyen binational américano-israélien est à la tête d’une délégation d’évangéliques américains pour une visite de trois jours à Djeddah, le deuxième groupe de personnalités importantes de l’Église à avoir été invité dans le royaume conservateur ces dernières années.

Joel C. Rosenberg, qui compte à la fois des ancêtres chrétiens et juifs, a parlé à son hôte de son désir de voir une détente israélo-saoudienne et de son espoir de le voir bientôt en visite à Jérusalem.

« Nous avons eu une discussion fascinante au sujet d’Israël, des Palestiniens et du processus de paix. Si ce qu’il nous a dit était officieux, nous avons passé au moins 30 minutes de notre rencontre à parler d’Israël », a déclaré Joel C. Rosenberg au Times of Israël.

« Je lui ai dit que j’aimerais voir nos deux pays faire la paix, et nous attendons avec impatience le moment où il sera prêt à inviter le Premier ministre d’Israël à Ryad, et nous serons prêts à l’inviter à Jérusalem ».

Rosenberg, dont deux enfants servent dans des unités de combat de Tsahal, a expliqué avoir raconté au futur roi saoudien l’histoire biblique de la reine de Saba, qu’il a décrite comme une « femme puissante qui a régné sur le royaume de la Péninsule arabe et a décidé de se rendre à Jérusalem pour forger une amitié et une alliance avec Salomon, le roi d’Israël ».

On sait maintenant depuis longtemps que Jérusalem et Ryad ont des contacts secrets en matière de sécurité, puisque les deux pays perçoivent l’Iran comme une menace existentielle. Le royaume du Golfe ne reconnaît cependant pas formellement l’État d’Israël. Certains soutiens pro-Israël espèrent que Mohammed ben Salmane, âgé de 34 ans, envisage d’avoir des relations diplomatiques avec Israël, mais il n’a pas encore fait le moindre geste vers une reconnaissance officielle.

La délégation de neuf membres incluaient Lynn, l’épouse de Rosenberg, qui est également dotée de la double citoyenneté américano-israélienne. Même s’ils sont chrétiens pratiquants, le couple a immigré en Israël il y a quelques années, grâce au droit au retour permis par les racines juives du père de Joel C. Rosenberg.

Au même moment où la délégation rencontrait Mohammed ben Salmane et d’autres officiels saoudiens de haut rang, y compris le vice-ministre de la Défense et le ministre d’État pour les Affaires étrangères, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé son intention d’annexer les implantations israéliennes en Cisjordanie s’il remportait les élections du 17 septembre.

Quelques heures après la rencontre, l’Arabie saoudite a publié une condamnation très ferme, critiquant la décision de Netanyahu comme « une grave escalade aux dépens du peuple palestinien », et le royaume a appelé d’autres pays à faire de même. Ryad a également convoqué une réunion d’urgence de l’Organisation de Coopération islamique (OCI) pour discuter de la question.

Celui qui a brièvement travaillé pour Netanyahu il y a plusieurs années s’est retrouvé dans une position très embarrassante.

« Avec deux citoyens israéliens – ma femme et moi – assis aux côtés du prince saoudien dans le palais royal à Djeddah pour discuter d’un chemin pour la paix entre Israël et le royaume, pouvait-il y avoir un moment plus décevant pour que le Premier ministre ne fasse une déclaration de campagne politique qui pousse les Saoudiens dans un coin en leur donnant le sentiment qu’ils doivent publier une condamnation directe et son rejet de la proposition du Premier ministre ? », a-t-il regretté.

Une délégation d’évangélistes américains dirigée par Joel C. Rosenberg, rencontre le prince saoudien Mohammed ben Salmane au palais Royal à Djeddah, en Arabie Saoudite, le 10 septembre 2019 (Crédit)

Rosenberg est un auteur de livres de fiction et d’essais à succès sur le Moyen-Orient et le responsable d’une organisation à but non lucratif qui aide les chrétiens résidant au Moyen-Orient. L’année dernière, il avait également conduit des délégations évangéliques en Égypte et en Jordanie. Il doit en faire de même au Bahreïn plus tard dans l’année.

Le déplacement de cette semaine à Djeddah a été organisé par l’ambassadrice saoudienne aux États-Unis, la princesse Reema bin Bandar Al Saud, dont le bureau a publié un bref communiqué avec plusieurs photos sur cette rencontre rare.

« Lors de la rencontre, les deux parties ont souligné l’importance de mener des efforts continus pour promouvoir la coexistence et la tolérance, et le combat contre l’extrémisme et le terrorisme », indique le communiqué. Ce dernier n’évoque pas la citoyenneté israélienne ni les racines juives de Rosenberg, tout comme celui de la délégation de Rosenberg ne mentionnait pas ces éléments. Il a plutôt remercié le prince héritier pour son hospitalité et a souligné ses efforts de réforme, pouvait-on lire dans le communiqué.

« Alors que cela pourrait sembler surprenant pour certains que nous ayons choisi la semaine du 11 septembre pour nous rendre dans le royaume, nous avons en réalité le sentiment qu’il n’y a pas de meilleur moment pour nous focaliser sur le chemin que doit suivre le royaume, celui qu’il peut emprunter, et celui qu’il emprunte actuellement », expliquait le communiqué de presse.

« En fait, notre visite ici, pendant cette semaine profondément importante, s’oppose à ceux qui veulent voir échouer les réformes dans le royaume en attisant la haine et la peur plutôt qu’en soutenant le courage et la modération ».

« La délégation, dont la première visite historique en novembre 2008 avait occupé les unes du monde entier, a déclaré être content d’avoir « approfondi ses relations » avec l’État du Golfe, « où la confiance n’a pas de prix et où le changement est un sujet de conversation quotidienne ».

« Cette confiance forte nous a donné l’opportunité de discuter ouvertement, parfois en privé, de ce que nous pensons avoir changé dans le royaume, et nous saluons ses progrès dans de nombreux autres domaines ».

Le communiqué a salué l’Arabie Saoudite pour la « diversification » de son économie et pour l’introduction de « différentes réformes d’ouverture et de modernisation », particulièrement à l’égard des droits de femmes.

« Nos rencontres se sont déroulées dans le calme, et nos discussions avaient du sens », d’après le communiqué.

« Nous sommes sincèrement ravis de l’ampleur des développements même si nous attendons avec impatience plus de changement. Nous sommes des amis patients, avec des attentes réalistes, et nous savons qu’il faudra des années pour réformer ce qui a pris des années à créer ».

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