Une compagnie aérienne israélienne condamnée à indemniser 5 Arabes
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Une compagnie aérienne israélienne condamnée à indemniser 5 Arabes

Invoquant une réglementation de sécurité inexistante, Israir avait essayé de débarquer les passagers d'un vol pour Eilat

Un avion d'Israir. Illustration. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)
Un avion d'Israir. Illustration. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

La compagnie aérienne Israir et l’Autorité israélienne des aéroports (IAA, Israeli Airport Authority) ont été condamnés à dédommager cinq passagers arabes israéliens, dont l’un à qui il avait été demandé de descendre d’un vol Tel Aviv-Eilat il y a trois ans sur la base d’une procédure de sécurité imaginaire et discriminatoire.

Selon un reportage de la Deuxième chaîne, Israir avait invoqué une prétendue procédure de profilage interdisant à des groupes de cinq « membres de minorités » ou plus de voyager sur un même vol. (L’expression fait référence à toutes les minorités en Israël, mais est souvent employée comme un euphémisme pour les Arabes israéliens.)

En fait, aucune procédure de ce type n’existe, et la décision du tribunal a indiqué que la compagnie aérienne avait essayé de débarquer le passager parce qu’elle avait besoin de son siège pour un passager célèbre.

Les cinq amis se rendaient à Eilat en août 2012. Ils avaient passé les contrôles de sécurité et étaient montés dans l’avion, mais l’un d’eux a été appelé par un membre de l’équipage qui lui a dit qu’en raison de la réglementation de la sécurité, lui ou un autre membre du groupe devrait quitter l’appareil, selon le tribunal de Rishon Lezion.

Le plaignant, Ayoub Abu Sbeit, a dit qu’il avait été « choqué ».

« Je leur ai expliqué que nous venions de voyager avec El Al une semaine plus tôt et que rien de tel ne nous avait été dit. Mais l’agent [de la sécurité] a insisté et m’a dit que l’un de nous devait quitter l’avion immédiatement pour qu’il puisse décoller », a-t-il raconté à la Deuxième chaîne.

Ayoub Abu Sbeit (Capture d'écran: Deuxième chaîne)
Ayoub Abu Sbeit (Capture d’écran: Deuxième chaîne)

» J’ai demandé à un membre de l’équipage si cela était une procédure normale et il m’a juste repondu : ‘Je ne veux pas intervenir », se souvient Abu Sbeit.

Abu Sbeit a également remarqué un jeune homme qui se tenait à l’extérieur de l’avion et attendait une place sur le vol. Le jeune homme, a indiqué la chaîne, s’est révélé plus tard être le frère d’un chanteur célèbre.

Abu Sbeit a dit à l’équipe de sécurité de l’avion, qu’il n’avait pas l’intention de sortir et retourna à son siège. Un avocat israélien qui était à bord lui a dit que la demande de l’agent de sécurité était illégale.

L’avion est resté sur le terrain pendant une heure, au cours de laquelle Abu Sbeit et ses compagnons ont été accostés par d’autres passagers. Le groupe a refusé de s’en aller, et l’avion a finalement décollé pour Eilat avec les cinq amis à son bord.

Abu Sbeit et ses amis ont poursuivi Israir et l’IAA. La compagnie aérienne a dans un premier temps affirmé avoir suivi les instructions de sécurité de l’IAA.

Cependant les responsables de l’autorité des aéroports ont réfuté cette affirmation en affirmant qu’Israir avait essayé de débarquer un passager pour des raisons qui lui sont propres, et pour y parvenir, il avait inventé une procédure de sécurité comme stratagème.

Le tribunal a jugé que tant l’Autorité israélienne des aéroports qu’Israir avaient outrepassé leur mandat en matière de sécurité, dans le but de permettre à un autre passager d’embarquer au détriment d’un membre d’un groupe minoritaire qui était dans l’avion.

« Les défendeurs ont commis une faute envers les plaignants en violant la loi interdisant la discrimination, » a statué la juge Orly Soroker.

« Ils sont aussi coupables de ne pas avoir respecté les droits constitutionnels des plaignants à l’égalité des services reçus des pouvoirs publics et d’avoir humilié les plaignants en public. Juifs et non-Juifs sont des citoyens égaux en droits et en devoirs dans l’Etat d’Israël », a conclu Soroker.

La cour a condamné Israir et l’IAA à verser une indemnité d’un montant de 25 000 shekels (environ 5 700 euros) à Abu Sbeit et 20 000 shekels (environ 4 500 euros) à chacun de ses compagnons.

En réaction, Israir a dit à la Deuxième chaîne que ses procédures de sécurité étaient dictées par le Shin Bet. L’IAA a déclaré qu’elle allait étudier le verdict.

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