Une étude révèle que la désalinisation pourrait causer une déficience en iode
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Une étude révèle que la désalinisation pourrait causer une déficience en iode

Israël a le taux d’usage d’eau désalinisée le plus élevé au monde ; certains retards mentaux seraint liés à une importante carence en iode

Une usine de désalinisation de l'eau en Israël. Illustration. (Crédit : Ben Sales/JTA)
Une usine de désalinisation de l'eau en Israël. Illustration. (Crédit : Ben Sales/JTA)

Des chercheurs israéliens affirment que les adultes israéliens qui consomment de l’eau désalinisée présentent une prévalence « étonnamment élevée » d’un apport en iode insuffisant, et de fait un dysfonctionnement de la thyroïde lié au manque d’iode.

« La désalinisation est la voie à suivre, c’est une bénédiction », a déclaré le Dr Aron Troen de l’Institut de biochimie, de science agro-alimentaire et de nutrition de l’université Hébraïque, et de la faculté Robert H. Smith de l’Agriculture, de l’Alimentation et de l’Environnement dans une interview. « Mais quand vous faites des changements qui affectent des populations entières, vous devez vous assurer qu’il n’y a pas de conséquences imprévues. Notre rôle est de surveiller que cela n’arrive pas. »

Une enquête nationale devrait être organisée pour évaluer l’apport en iode de la population israélienne, a expliqué Troen car « les conséquences des carences en iode sont sérieuses. »

Avec une hausse de la population et une pénurie d’eau dans le monde entier, la désalinisation d’eau de mer, processus dans lequel les minéraux sont retirés de l’eau pour la rendre propre à la consommation humaine ou à l’agriculture, est de plus en plus utilisée pour répondre à la demande accrue en eau.

Israël a le pourcentage le plus élevé de consommation d’eau désalinisée dans le monde, avec cinq usines de désalinisation qui produisent environ 50 % de son eau potable. On estime que 300 millions de personnes à travers le monde comptent sur plus de 17 000 usines de désalinisation dans 150 pays pour leur consommation d’eau. Et les chiffres sont susceptibles de croître, selon les chercheurs.

Parce qu’Israël est un pionnier mondial dans la désalinisation, il est naturel que les questions concernant les conséquences de ce processus sur la population viennent d’ici, a précisé Troen.

Le Dr Aron Troen de l'Institut de biochimie, des sciences agro-alimentaires et de la nutrition de l'université Hébraïque de Jérusalem. (Crédit : autorisation)
Le Dr Aron Troen de l’Institut de biochimie, des sciences agro-alimentaires et de la nutrition de l’université Hébraïque de Jérusalem. (Crédit : autorisation)

L’étude a été menée dans la ville d’Ashkelon, sur la côte sud de la Méditerranée en Israël, où se trouve l’une des plus grandes usines de désalinisation au monde. Elle a évalué la relation entre la consommation d’iode et la fonction thyroïdienne dans une zone où l’eau potable est fournie par l’eau désalinisée, pauvre en iode.

En collaboration avec le Dr Dov Gefel du centre médical de l’université Barzilai à Ashkelon et le doctorant Yaniv Ovadia, les chercheurs ont utilisé un questionnaire sur la fréquence de la consommation alimentaire d’iode pour modéliser l’effet de l’appauvrissement de la teneur en iode dans l’eau potable sur la distribution de l’apport en iode. La fonction thyroïdienne a été rigoureusement évaluée par un examen clinique, échographique et des tests sanguins, dont le taux de thyroglobuline sérique et des anticorps auto-immuns.

L’étude a révélé une prévalence « étonnamment élevée » d’un apport insuffisant en iode et une forte association avec un dysfonctionnement de la thyroïde chez les adultes lié à une faible consommation d’iode, ont expliqué les chercheurs.

« La dépendance croissante de la désalinisation pourrait contribuer à une augmentation des troubles liés à la carence en iode, ce qui pose un problème nutritionnel et de santé publique qui sera une préoccupation mondiale majeure, a déclaré Troen. Cette recherche soutient la nécessité urgente de sonder l’impact de l’eau désalinisée sur la santé de la thyroïde en Israël et ailleurs. »

Une carence grave en iode chez les mères a été associée à des fausses couches, des enfants mort-nés, des anomalies congénitales chez les bébés et des problèmes de retard mental, selon l’American Thyroid Association. Un calcul approximatif des coûts potentiels pour le traitement des enfants nés en Israël si un quart de la population a de légères déficiences mentales s’élèveraient à un milliard de shekels – soit environ 238 millions d’euros – par an, ont estimé les chercheurs.

« Heureusement, tous les problèmes liés à la consommation de l’iode qui pourrait venir de la désalinisation peuvent être facilement et à moindre frais corrigés par l’iodation du sel de table, a déclaré Troen. A la différence du magnésium, la solution est relativement simple – ioder le sel, à condition que la législation pour organiser une surveillance de la population de routine sur la prise d’iode veille à ce que l’iodation du sel ne conduise pas à une consommation excessive [de sel et d’iode]. »

L’étude a été publiée dans Public Health Nutrition.

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