Une exposition de vêtements tisse les histoires d’Israéliennes assassinées
Rechercher

Une exposition de vêtements tisse les histoires d’Israéliennes assassinées

"She’s Gone", un projet actuellement visible à la mairie de Tel Aviv, expose des vêtements portés par des victimes de violences conjugales ; prochaine étape, le siège de l'ONU

Des habits portés par des Israéliennes assassinées par leur conjoint sont visibles depuis lundi dans le hall de la mairie de Tel Aviv, dans le cadre d’une exposition inaugurée pour la Journée internationale pour la fin des violences faites aux femmes qui sera bientôt présentée au siège de l’ONU à New York.

L’exposition, intitulée « She’s Gone » [Elle est partie], survient alors qu’Israël a enregistré 13 féminicides cette année, dont trois le mois dernier. Ce sont environ 163 femmes qui ont été assassinées par des proches en 14 ans, d’après la Douzième chaîne.

Le projet présente des vêtements ayant appartenu à 11 femmes tuées par des proches masculins, dont certains cas ayant choqué le pays, comme celui de l’actrice et mannequin Anat Elimelech, assassinée par son petit ami le lendemain de son passage à la télévision nationale en 1997.

La robe rose qu’elle portait pendait qu’elle interprétait sa chanson « Ballerina » figure ainsi dans l’exposition, aux côtés d’autres vêtements chers aux victimes issues de toutes les communautés.

La seule information fournie au sujet de chacune d’elles est leur nom, la date de leur assassinat, l’arme utilisée et la peine infligée à leur auteur.

Une bande-son composée de berceuses chantées par des femmes en 15 langues différentes a été créée pour l’occasion.

“She’s Gone », une exposition composée de vêtements portés par des femmes victimes de violences conjugales, à voir à la municipalité de Tel Aviv, le 25 novembre 2019. (Crédit : Keren Goldstein)

« Je me demandais, qu’arrive-t-il aux vêtements de ces femmes
assassinées ? », explique l’artiste Keren Goldstein, à l’origine du projet, au Zman Israel, le site en hébreu du Times of Israel. « Un habit en dit long sur nous. Que sommes-nous ? Qu’est-ce qui nous plaît ? Comment a-t-on envie de paraître ? »

« Après un long processus de mise en confiance [des familles de victimes], certaines ont accepté de donner les vêtements, même si c’était la dernière chose qu’il leur restait de leur fille ou leur sœur ».

Depuis sa création, l’exposition a été présentée dans de nombreuses institutions du pays, y compris dans des ministères gouvernementaux et à la résidence du président à Jérusalem. Elle sera visible à New York, puis à Berlin, d’ici la fin de l’année.

Drapeaux des états membres des Nations unies devant le siège de l’organisation à New York, le 25 septembre 2015. (Crédit : Michael Gottschalk/Photothek via Getty Images)

Elle sera accueillie au siège de l’ONU et devrait être désignée par l’agence des droits des femmes de l’organisation comme l’un des projets les plus intéressants de 2020.

« C’est important d’être présent dans le plus d’endroits du monde possible, car il s’agit d’un phénomène international« , rappelle Keren Goldstein.

Les Israéliens ont marqué la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes ce lundi par une grève dans l’ensemble du pays en mémoire des 13 femmes tuées par un membre de leur famille depuis le début de l’année 2019, dont 3 le mois dernier.

La grève a eu lieu à 10 heures du matin. De nombreux immeubles et structures ont été illuminés en rouge dimanche soir en l’honneur de cette journée, notamment le Pont des Cordes à Jérusalem.

La Knesset a également entendu lundi des agences gouvernementales et des organisations consacrées aux violences domestiques, dont des témoignages de victimes.

La Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes a été établie par l’Assemblée générale des Nations unies en 2013 pour sensibiliser aux violences faites aux femmes, tout particulièrement celles commises par leur famille et leurs proches.

Ces violences, estime la professeure et thérapeute de couple Mally Shechory Bitton, concernent toutes les populations et tous les milieux socio-économiques. Mais dans les sociétés traditionalistes comme les communautés ultra-orthodoxes et arabes, elles font l’objet d’un tabou et d’une omerta, déplorent les experts.

Une photo WhatsApp de Michal Sela, qui a été retrouvée morte, poignardée, à son domicile près de Jérusalem, le 3 octobre 2019.

L’an dernier, 25 femmes ont été tuées en Israël lors d’incidents de ce genre, un chiffre record qui a donné lieu à de nombreuses manifestations et appels à l’action face à la violence croissante dirigée contre les femmes en Israël. De nombreuses victimes avaient porté plainte à la police avant leur décès, car elles craignaient pour leur sécurité.

En octobre, le ministère des Affaires sociales a émis un rapport sur la violence conjugale en 2018, lequel a mis en évidence une augmentation du nombre de signalements.

Selon le ministère, le nombre de femmes appelant les numéros d’appel dédiés ont augmenté de 160 % entre 2014 et 2018, et plus de 6 000 victimes de violences domestiques ont été soignées l’an dernier. En 2018, 1 219 femmes ont contacté le service pour signaler des violences conjugales.

Selon le rapport du ministère, 163 femmes ont été tuées par leur mari depuis 2004 – sept en 218, neuf en 2017, 11 en 2016, 12 en 2015, 10 en 2013 et 10 en 2014. Ce chiffre ne concerne que les femmes tuées par leur époux, pas celles tuées par d’autres membres de leur famille.

Un quart des femmes tuées pendant cette période étaient de nouvelles immigrantes d’ex-URSS, 20 % étaient originaires d’Ethiopie, 20 % étaient Arabes et 34 % étaient nées en Israël.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...