Une girafe a mangé mon loulav
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Une girafe a mangé mon loulav

Un selfie à Nairobi avec les traditionnelles espèces de Souccot a eu une conséquence inattendue, même si l’esprit de la fête a survécu

Juste après que Betty la Girafe a mangé mon loulav, j'étais choquée pendant qu'elle finissait le reste des bonbons pour girafe au Centre des girafes de Nairobi, au Kenya, le 16 octobre 2016. (Crédit : Gail DeGeorge/Global Sisters Report)
Juste après que Betty la Girafe a mangé mon loulav, j'étais choquée pendant qu'elle finissait le reste des bonbons pour girafe au Centre des girafes de Nairobi, au Kenya, le 16 octobre 2016. (Crédit : Gail DeGeorge/Global Sisters Report)

Une girafe a mangé mon loulav. Oui, c’est une histoire vraie.

C’est la troisième année que je gère le service de livraisons africaines de loulav et d’etrog du Times of Israël, en ayant emporté les quatre espèces en Ouganda et au Kenya ces dernières années.

Cette année, je le connaissais par cœur : un carton plein de six sets des quatre espèces, les traditionnels objets de Souccot : un etrog (un cédrat), une branche fermée de palmier-dattier (le loulav), des branches de myrtes (hadass), et des branches de saule (arava).

J’ai fourni les assortiments à la Congrégation hébraïque de Nairobi, une synagogue vieille d’un siècle qui soutient une communauté juive principalement expatriée. J’en ai aussi apporté un à la petite communauté juive du village de Kasuku, et un autre comme geste inter-religieux à but pédagogique à la conférence à laquelle j’assistais à Nairobi.

En plus du Times of Israël, je travaille aussi pour Global Sisters Report, un site d’informations sur les sœurs catholiques, où je couvre l’actualité des nonnes catholiques dans toute l’Afrique. Elles sont souvent fascinées par les traditions juives, y voyant un lien direct à la vie et la culture de Jésus.

Une boîte de loulav et d'etrog prête à partie pour le Kenya depuis Tel Aviv, le 16 octobre 2016. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
Une boîte de loulav et d’etrog prête à partie pour le Kenya depuis Tel Aviv, le 16 octobre 2016. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

J’étais donc ravie de pouvoir partager Souccot avec elles. Entre les sessions sur la mesure de l’impact des projets de développement humain et l’utilisation de cartes géographiques pour identifier des zones de service, j’avais prévu de les aider à secouer le loulav de toute leur force.

La veille de la conférence de la fondation Hilton pour les sœurs, j’avais convaincu mes patrons de prendre un taxi pour aller nourrir les girafes au Centre Girafe de Karen, une verte banlieue de Nairobi.

En grimpant au deuxième étage d’une plate-forme, les visiteurs peuvent prendre des poignées de « bonbons pour girafe », ou des granulés alimentaires, et nourrir les girafes à la main. Seulement deux poignées par personne, lit-on sur les panneaux, parce que les girafes sont au régime.

C’est à ce moment là que tout a dérapé. Je voulais prendre un selfie avec une girafe et le loulav pour souhaiter une bonne fête à ma famille, pour me faire pardonner d’être absente encore une fois en cette période de fêtes. Evidemment, je n’avais pas réfléchi à mon projet jusqu’au bout.

Alors que je souriais stupidement à l’appareil photo et tendait de la nourriture, la girafe a levé la tête et, avec sa longue langue noire, a adroitement arraché d’un seul coup les branches de myrte et de saule de là où elles étaient attachées, comme le veut la coutume, à monloulav. Voyant ce qu’il s’est passé, j’ai tenté de les reprendre de la bouche de la girafe, avant de réaliser que je me battais contre un animal de 900 kilogrammes pour des branches. Peut-être que ce n’était pas l’idée la plus intelligente.

Et donc, c’est ainsi que c’est arrivé : une girafe a mangé deux de mes quatre espèces.

J'ai fait ce selfie avec Betty la Girafe au centre des girafes de Nairobi le 16 octobre 2016, avant que Betty ne prenne sa collation. La prochaine fois, je ne jouerai pas à prendre un selfie avec des branches feuillues et de grands animaux. (Crédit : Gail DeGeorge/Global Sisters Report)
J’ai fait ce selfie avec Betty la Girafe au centre des girafes de Nairobi le 16 octobre 2016, avant que Betty ne prenne sa collation. La prochaine fois, je ne jouerai pas à prendre un selfie avec des branches feuillues et de grands animaux. (Crédit : Gail DeGeorge/Global Sisters Report)

Je prononce cette phrase, et je comprends d’un coup pourquoi 49 personnes sont mortes en prenant des selfies depuis 2014. Il y a ce besoin étouffant de nous montrer en train de faire des choses folles, de courir vers l’anticipation de « likes » sans vraiment penser à comment la situation pourrait se terminer, ou à ce qu’il pourrait se passer avant que nous arrivions au moment de la mise en ligne.

Heureusement, ma situation ne m’a pas mise en danger, et était simplement dommage pour mes rêves de construction de ponts entre les communautés. Mais Betty la Girafe n’est pas la meilleure mangeuse, et elle a laissé tomber exactement une branche de myrte et une branche de saule, me permettant de reconstruire le loulav et l’etrog le plus triste du monde.

Des sœurs catholiques à Nairobi, après le loulav à moitié mangé, le 17 octobre 2016. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
Des sœurs catholiques à Nairobi, après le loulav à moitié mangé, le 17 octobre 2016. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Les sœurs, toujours prêtes pour gérer les situations, ont aimé le symbolisme du loulav et de l’etrog, et ont ri de ma mésaventure avec la girafe. Alors même si un rabbin n’aurait probablement pas déclaré ces quatre espèces casher, les sœurs catholiques ne se préoccupaient pas vraiment des détails, et nous avons tout de même pu faire quelques secousses traditionnelles.

J’ai découvert plus tard qu’apparemment certaines formes de myrtes sont toxiques pour les chiens et les chats, entraînant des problèmes digestifs inconfortables mais rien de sérieux. Désolée pour cela, Betty, mais vraiment, c’est au moins en partie de ta faute.

Alors, quel que soit l’endroit du monde où vous vous trouvez, pendant que vous secouez le loulav et l’etrog à Souccot cette année, sachez que, à des milliers de kilomètres, quelque part en Afrique, le système digestif d’une girafe secoue lui aussi à moitié le loulav.

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