Une gravure de menorah, vieille de 2 000 ans, resurgit à la veille de Hanoukka
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Une gravure de menorah, vieille de 2 000 ans, resurgit à la veille de Hanoukka

Cette gravure de menorah, oubliée pendant 40 ans, renforce l'hypothèse selon laquelle le village antique de Michmas ait pu être un village de prêtres, selon une étude

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Jonathan détruit le temple du dragon, par Gustave Doré. (Crédit : Domaine public via Wikipedia)
    Jonathan détruit le temple du dragon, par Gustave Doré. (Crédit : Domaine public via Wikipedia)
  • Une photographie prise dans les années 1980 de ce qui serait un dessin d'une menorah dans un tombeau datant du Second temple, à Mukhmas (Issu des archives du bureau d'archéologie en Judée-Samarie)
    Une photographie prise dans les années 1980 de ce qui serait un dessin d'une menorah dans un tombeau datant du Second temple, à Mukhmas (Issu des archives du bureau d'archéologie en Judée-Samarie)
  • La ménorah datant du Second temple dessinée sur une citerne dans les falaises d'al-Aliliyat, près du village contemporain de Kfar Mukhmas. (Crédit : Boaz Langford)
    La ménorah datant du Second temple dessinée sur une citerne dans les falaises d'al-Aliliyat, près du village contemporain de Kfar Mukhmas. (Crédit : Boaz Langford)
  • Un dessin de 1980 représentant la ménorah découverte gravée dans un tombeau de Mukhmas. ((Issu des archives du bureau d'archéologie en Judée-Samarie)
    Un dessin de 1980 représentant la ménorah découverte gravée dans un tombeau de Mukhmas. ((Issu des archives du bureau d'archéologie en Judée-Samarie)
  • La ménorah datant du Second temple dessinée sur une citerne, dans les falaises d'al-Aliliyat, près du village contemporain de Kfar Mukhmas. (Crédit : Boaz Langford)
    La ménorah datant du Second temple dessinée sur une citerne, dans les falaises d'al-Aliliyat, près du village contemporain de Kfar Mukhmas. (Crédit : Boaz Langford)
  • Le village de Mukhmas et les falaises d'al-Aliliyat. (Crédit : Dvir Raviv)
    Le village de Mukhmas et les falaises d'al-Aliliyat. (Crédit : Dvir Raviv)

A la veille de Hanoukka, une reproduction oubliée – et vieille de 2 000 ans – d’une ménorah gravée à l’époque du Second temple a revu pour la première fois la lumière du jour.

Ce dessin, découvert pour la première fois il y a 40 ans, au cours d’études archéologiques qui avaient été entreprises à Michmas, un bastion hasmonéen pendant la révolte des macchabées, n’avait jamais été publié par les spécialistes et il avait été oublié, prenant la poussière sur les étagères.

Alors qu’il vient d’être redécouvert, il a été inclus dans une nouvelle analyse qui a été consacrée à toutes les preuves archéologiques disponibles qui ont été amassées à Michmas – une analyse qui a permis à certains spécialistes d’avoir dorénavant la conviction que cette ville antique aura été, à une époque, un village agricole fugace habité par des prêtres.

La ville de Michmas, qui avait été édifiée sur ce qui est devenu aujourd’hui un village arabe appelé Kfar Mukhmas, se situe à environ trois kilomètres de l’implantation juive de Maaleh Michmas et à neuf kilomètres de Jérusalem. L’endroit aurait été, selon le Livre biblique des Macchabées, le premier camp de base occupé par le chef et futur grand-prêtre juif Jonathan.

Michmas est également identifié dans la Mishnah Menahot, au verset 8:1, comme le fournisseur de grains de semoule du Temple.

La nouvelle étude qui a été publiée dans le journal hébréophone « Dans les profondeurs du haut-plateau » présente des preuves matérielles supplémentaires qui viennent soutenir l’hypothèse que Michmas avait été une implantation agricole majoritairement peuplée de kohanim (prêtres).

Le chercheur à la tête de l’étude, le docteur Dvir Raviv, a expliqué au Times of Israel, dans la journée de lundi, qu’en règle générale, « nous avons très peu de preuves de villages rassemblant des prêtres ». Le dessin de ménorah qui a été trouvé, a-t-il dit, contribue à combler cette absence d’éléments de preuve.

Jonathan détruit le temple du dragon, par Gustave Doré. (Crédit : Domaine public via Wikipedia)

La ville antique de Michmas est surtout citée dans le livre des Macchabées. Dans le Livre 1, verset 9:73, il est raconté que Jonathan, le plus jeune des cinq fils de Mattathias, le prêtre qui incitait à la révolte, avait fait la paix avec le général séleucide Bacchides et qu’il s’était établi à Michmas avant le début de son règne, qui avait duré de l’an 161 à l’an 143 avant l’ère commune. « Et l’épée fut abandonnée depuis Israël : mais Jonathan demeura à Michmas et il commença à gouverner le peuple ; et il détruisit les païens et leur fit quitter Israël ». (Bible du roi Jacques)

« Le choix fait par Jonathan d’établir son camp de base dans cette ville, d’où il a pu consolider son contrôle de la Judée, peut avoir été lié à la situation de Michmas dans un secteur densément peuplé par des Juifs qui avaient soutenu les Hasmonéens pendant les années de la révolte », note Raviv dans un communiqué de presse de l’université Bar-Ilan.

Et si les habitants de Michmas n’avaient pas été « juste » des Juifs, mais des prêtres ?

Dans le cadre de cette nouvelle étude, Raviv a publié pour la toute première fois cette rare gravure de menorah – un symbole de la prêtrise pendant la période du Second temple – qui avait été découverte dans un tombeau, dans les années 1980, avant d’être oubliée. Au total, l’enquête menée dans la région de Benjamin, dans les années 1980, par le bureau d’archéologie en Judée-Samarie avait découvert quatre groupements de tombes entourant le village arabe contemporain de Mukhmas, en Cisjordanie, rassemblant environ 70 grottes funéraires.

Une photographie prise dans les années 1980 de ce qui serait un dessin d’une menorah dans un tombeau datant du Second temple, à Mukhmas (Issu des archives du bureau d’archéologie en Judée-Samarie)

Selon le rapport qui avait été fait en 1980, cette ménorah faisait approximativement 50 centimètres de large et 30 centimètres de haut, avec une base plate d’environ 10 centimètres. Elle présentait sept branches au total, six émanant d’un pied central. Raviv écrit que la ménorah était couronnée d’une lettre de l’alphabet paléo-hébreu intrigante et indéterminée, qui avait été grattée dans le mur de la grotte.

Plutôt large, la lettre mesurait 40 centimètres de haut et 20 centimètres de large et elle pourrait bien être la nouvelle preuve d’un lien avec les prêtres qui se trouvaient sur les lieux, ajoute Raviv.

Un dessin de 1980 représentant la ménorah découverte gravée dans un tombeau de Mukhmas. ((Issu des archives du bureau d’archéologie en Judée-Samarie)

« Mais personne ne connaissait ce dessin, à l’exception des archéologues. Il était là, dans les archives de l’unité chargée de l’archéologie au sein du COGAT [en Judée et Samarie] et personne ne le connaissait avant que je ne fasse des recherches en étudiant les éléments, dans les archives, relatifs aux fouilles dans le secteur. C’est là que j’ai redécouvert ce rapport », raconte Raviv.

Ça va, ça vient

Les preuves matérielles de l’existence de ce dessin de ménorah jusqu’alors inconnu du grand public pourraient avoir d’ores et déjà disparu. Raviv dit au Times of Israel que, sur la base des données de géolocalisation précises qui avaient été enregistrées par les archéologues dans les années 1980, il avait tenté de retrouver la grotte où se trouvait le dessin. Des recherches qui se sont avérées vaines.

Le village moderne de Mukhmas. (Crédit : Zev Rothkoff)

« Nous nous sommes rendus à cet endroit, qui se trouve juste aux abords du village contemporain de Mukmas, et nous n’avons pas trouvé la grotte. Il est possible qu’elle n’existe tout simplement plus. Le coin s’est beaucoup développé, il y a beaucoup d’industries là-bas. C’est dur de croire que la grotte existe peut-être encore mais elle a peut-être simplement été recouverte », remarque Raviv.

Selon les preuves photographiques des années 1980, ce qui semble être une lettre de l’alphabet paléo-hébreu – soit « heh, ou « khet » – a été gratté au-dessus de la gravure de ménorah. Les premières polices de caractère en hébreu n’étaient généralement pas utilisées pendant la période du Second temple.

Elles l’étaient, en revanche, par les Juifs rebelles qui l’utilisaient pour marquer leur retour à leurs racines israélites et qui l’utilisaient sur des pièces de monnaie et dans des messages – et « cela pourrait indiquer que les propriétaires du tombeau étaient liés avec ces petits groupes qui ont continué à utiliser cette écriture pendant la période du Second temple, des groupes qui étaient probablement constitués de kohanim, » écrit Raviv.

Deux autres ménorot en charbon à Michmas

Le docteur Dvir Raviv, archéologue. (Autorisation)

Cette ménorah qui vient d’être redécouverte, ainsi que la lettre mystérieuse, rejoignent une autre trouvaille qui avait été faite dans les années 1980 dans une grotte qui servait de repaire dans la région voisine d’el-Aliliyat. Là-bas, les archéologues avaient découvert un mikvé (bain rituel), une citerne et deux ménorot dessinées à l’aide de bâtons de charbon – l’une des deux était couronnée d’une inscription écrite en araméen/hébreu.

Raviv et des scientifiques du Centre israélien de recherches sur les grottes se sont rendus récemment sur le site.

Et l’inscription retrouvée dans cette dernière pourrait bien, elle aussi, avoir un lien avec la prêtrise – ou non, selon Raviv.

Une inscription en araméen/hébreu au-dessus d’une croix de l’époque byzantine et d’une ménorah de l’ère du Second temple dessinée sur une citerne, dans les falaises d’al-Aliliyat, près du village contemporain de Kfar Mukhmas. (Crédit : Boaz Langford)

Écrite en caractères typiquement hébraïques, l’inscription dit : « Yoʿezer itʿaqar ʿalu matran[a]« , ce qui peut être déchiffré de deux manières différentes. La première, celle de l’archéologue Joseph Patric, professeur à l’université Hébraïque et qui a découvert l’inscription, fait un clin d’œil aux soldats romains : Sur la base de sa racine araméenne, Patrich traduit le mot « matrana » en araméen par « mishmarot » en hébreu et interprète l’inscription comme suit : « Joezer a été déraciné et les gardes (mishmarot) sont entrés ».

Toutefois, d’autres ont lu le mot « mishmarot » en évoquant la succession des prêtres pour les services du Temple, un usage qui a été découvert dans des sources juives datant d’une époque ultérieure.

Selon Raviv, « une analyse du mot mishmar/ot dans les textes talmudiques révèle que dans les sources tannaïtiques (Mishnah et Tosefta), il désigne toujours les divisions de prêtres tandis que sa signification de barrage routier ou d’unité militaire vient s’ajouter dans les textes amoraïques… Mais l’inscription « matarna », dans la grotte d el-’Aliliyat, doit se comprendre dans son sens le plus ancien – des divisions de prêtres ».

En tenant compte du fait que le bain rituel, les dessins de ménorahs et le nom même de Joezer (« Dieu est l’Aide ») sont liés aux familles de prêtres – et même sans une identification claire de l’inscription – il est fortement probable que la grotte était utilisée par des prêtres, explique Raviv. Le bain rituel, qui réclamait des ressources et le temps nécessaires à sa préparation, indique une pratique stricte du rituel de pureté.

Itai Amir, membre du centre de recherche des grottes israélien, dans le bain rituel situé dans les falaises de la région d’al-Aliliyat, près du village moderne de Kfar Mukhmas. (Crédit : Boaz Langford)

« La découverte du graffiti des ménorot à sept branches dans les grottes d’el-‘Aliliyat et à Kafr Mukhmas vient soutenir l’idée que l’utilisation décorative de la ménorah pendant la période du Second temple, jusqu’à la révolte de Bar-Kokhba, était associée au Temple et aux prêtres. Les découvertes archéologiques à Michmas, que nous évoquons ici, et les références faites à l’implantation dans les sources littéraires indiquent toutes deux le lien entretenu par le village avec le Temple », écrit-il.

D’autres ménorot de l’époque

Les trois ménorot de Michmas datent probablement d’une période allant environ de l’an 150 avant l’ère commune à l’an 136 de l’ère commune. Elles rejoignent quelques autres représentations de ménorot à sept branches datant de l’époque du Second temple.

Parmi ces ménorot, l’arc de Titus, à Rome, et la Pierre de Magdala, située près de Tibériade, qui date d’avant la chute du Temple. A Jérusalem, des dessins de ménorah ont été trouvés au tombeau de Jason et dans des pièces de plâtre, dans le quartier juif de la capitale. La ménorah apparaît également sur des pièces de monnaie qui avaient été frappées par Mattathias Antigonus, mort en l’an 37 avant l’ère commune.

« En raison des difficultés que nous rencontrons pour déterminer la date exacte du dessin de ménorah qui a été trouvé à Michmas et de la rareté de références explicites aux prêtres, à Michmas, pendant la période du Second temple, il est possible qu’un groupe ne soit arrivé sur le site qu’après la destruction du Second temple et qu’il ait vécu là pendant la période intermédiaire entre les révoltes », dit Raviv dans le communiqué de presse.

Le symbole de la ménorah avait été ultérieurement adopté dans l’art funéraire pour représenter la résurrection, en particulier à l’ère byzantine. Mais jusqu’à la révolte de Bar-Kochba, en l’an 132 de l’ère commune, la ménorah était largement utilisée pour désigner la catégorie des prêtres.

Représentation des Juifs prisonniers et de la ménorah en or prise à Jérusalem suite à la destruction de la ville en l’an 70 de l’ère commune, sur l’arc de Titus de Rome, en Italie, le 20 octobre 2016. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Selon des sources sous forme de textes incluant la Mishnah, deux autres sites pourraient avoir été des villages de prêtres, écrit Raviv: Beit Hakerem (devenu aujourd’hui Ein Kerem), qui avait fourni des pierres pour l’autel, et Beit Rima, qui a pu fournir le vin nécessaire pour les libations.

« C’est très difficile de mettre le doigt sur les villages de prêtres à la période du Second temple », explique Raviv.

La pierre de Magdala qui porte l’une des premières images de la menorah à sept branches du Temple juif à Jérusalem (Crédit : Yael Yulowich / Autorisation Israel Antiquities Authority)

Raviv précise que s’il y a des preuves archéologiques ultérieures de ces villages – notamment une inscription qui a été découverte à Césarée, en 1962, qui offre une liste d’implantations habitées par des prêtres après la fin du Second temple – des preuves qui attesteraient de leur existence dans des temps plus anciens restent pour le moment très rares.

Mais si, en utilisant les sources textuelles et les preuves archéologiques, les chercheurs sont finalement en mesure d’établir que Michmas a été un village regroupant des prêtres, « alors on pourra parler d’autres lieux comme Beit Hakerem et Beit Rima. Peut-être que Tekoa est une autre implantation de ce type », s’interroge-t-il.

« Percer le mystère de Michmas nous apportera une pièce essentielle du puzzle que sont les villages de prêtres », conclut-il.

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