Une start-up israélienne détecte les fuites d’eau sur Terre depuis l’espace
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Une start-up israélienne détecte les fuites d’eau sur Terre depuis l’espace

Des images satellites sont utilisées pour déterminer la signature spectrale de l'eau, afin de remplacer la méthode - obsolète - des écouteurs placés sur les conduits

La start-up israélienne Utilis se sert d'images satellistes pour détecter et prévenir des fuites d'eau. (Autorisation)
La start-up israélienne Utilis se sert d'images satellistes pour détecter et prévenir des fuites d'eau. (Autorisation)

La start-up israélienne Utilis a mis au point un moyen de détecter des fuites d’eau dans l’infrastructure hydraulique d’un pays, en observant la Terre depuis l’espace, grâce à une technologie initialement développée pour trouver de l’eau sur Mars et Vénus.

La Banque mondiale estime que 32 milliards de mètres cubes d’eau potable étaient perdus chaque année dans le monde, et que cette quantité d’eau gaspillée avant même qu’elle n’arrive chez le consommateur dans les pays développés suffirait à répondre aux besoins en eau de 90 millions de personnes.

Les coûts de ces pertes sont considérables, à la fois pour les réseaux de distribution d’eau et pour le public.

Des radars à synthèse d’ouverture (RSO) sont utilisés pour détecter de l’eau dans la terre depuis quelques années, les universités et organismes de recherche y recourt depuis des années pour identifier la présence d’eau sur d’autres planètes. Lauren Guy, fondateur et directeur des nouvelles technologies chez Utilis, qui a travaillé sur ce type de projet dans le cadre de son master à l’université Ben Gurion, a décidé d’employer cette technologie pour déceler la présence d’eau traitée dans un environnement urbain, a expliqué le PDG d’Utilis Elly Perets dans une interview téléphonique.

La start-up israélienne présente aux services chargés de l’eau des rapports portant sur les fuites d’eau (Autorisation)

Utilis obtient des images radars de la surface de la planète grâce à des capteurs satellites de l’Agence d’exploration aérospatiale japonaise et du Satellite d’observation micro-ondes argentin (SAOCOM), avec lesquels il s’est associé, a expliqué Peretz.

L’imagerie non-optique peut couvrir jusqu’à 3 500 kilomètres carrés en une fois, ce qui permet à Utilis d’avoir accès à des informations sur des systèmes de distribution d’eau en place. Cette technologie analyse les images à la recherche de la signature spectrale de l’eau.

Les fuites d’eau souterraines sont difficiles à trouver. La méthode classique, utilisée depuis les années 1970, consiste à sonder les tuyaux à l’oreille pour détecter le bruit de flot, « comme lorsqu’un médecin écoute votre pouls », a indiqué Perets.

Cette recherche à l’aveugle ne permet de détecter qu’une à deux fuites par semaine. Le système de diagnostic d’Utilis permet aux équipes de trouver entre cinq à douze fuites par jour, selon Perets.

L’équipe d’Utilis dans ses bureaux de Rosh Haayin (Autorisation)

La signature spectrale peut révéler la présence d’eau potable, qui se distingue de l’eau de pluie par son niveau de salinité, détectée par le radar. L’équipe d’Utilis est en mesure de dire que l’eau mise en évidence par la signature spectrale provient d’une canalisation qui fuit, parce qu’elle « peut identifier l’interaction entre l’eau et la terre », a expliqué Peretz.

En connaissant l’emplacement des tuyaux, Utilis est désormais capable de fournir à ses clients – des organes qui gèrent des réseaux d’eau, notamment des municipalités ou des firmes privées chargées de distribuer l’eau – des rapports du Système d’information géographique dans lesquels les emplacements exacts des possibles fuites sont superposés sur des cartes montrant les rues et les canalisations. Les rapports sont communiqués sur internet ou sur l’application de la start-up, disponible dans l’App Store et Google Play.

Utilis propose également à ses clients une deuxième application appelée U-Collect, dans laquelle les clients peuvent signaler leurs découvertes de fuites suspectées en téléchargeant des photos pour les documenter ou en ajoutant des commentaires. Ces signalements sont automatiquement transférés sur un tableau de bord en ligne, où ils sont examinés et d’autres statistiques sont présentées, a déclaré Perets.

« Nous ne payons pas le prix total (de l’eau) parce que le long de la chaîne, il y a des financements, et cela coûte moins cher que cela ne devrait », a-t-il dit.

Cependant, ces investissements peuvent se révéler inutiles si les fuites ne sont pas rapidement réparées.

Peres a expliqué que la plupart des réseaux d’eaux ont été construits dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, et ces infrastructures sont désormais obsolètes, parce qu’elles n’ont été construites pour « ne durer que 30 ou 40 ans ».

Le PDG d’Utilis Elly Perets (Autorisation)

« Dans le monde entier, 20 à 30 % de l’eau retourne dans la terre, et dans certains pays, comme aux Philippines, cela peut aller jusqu’à 60 % », a-t-il dit.

Utilis, basé à Rosh Ha’ayin et qui compte 32 employés, a été enregistrée en 2013. Guy a mis au point la technologie dans son laboratoire au cours de l’année 2015. Quand la recherche et le développement ont donné satisfaction, la compagnie est entrée sur le marché et a lancé des pilotes d’essai en 2016.

Utilis travaille aujourd’hui dans 31 pays, avec plus de 120 réseaux de distribution d’eau, a fait savoir Perets, notamment le Royaume-Uni, l’Italie et certains Etats américains, comme l’Arizona et la Californie, où Utilis a une filiale à San Diego. Il a ajouté que le service que propose la société représente « une fraction » de ce que les clients paieraient avec d’autres systèmes.

Dans chaque pays où Utilis opère, un partenaire gère la distribution, comme 2F Water Ventures en Italie, a fait savoir Roberto Dell’Ariccia, directeur des ventes d’Utilis en Italie et en Amérique latine.

Dell’Ariccia a souligné la façon dont le service fourni par les start-ups comme Utilis est de plus en plus important parce que les compagnies européennes qui gèrent les réseaux d’eau doivent désormais se conformer aux paramètres imposés par les nouvelles régulations européennes sur la gestion des fuites d’eau, qui a fixé un seuil maximum de fuites autorisées chaque année.

La société Maverick Ventures basée, à Tel Aviv, à investi dans Utilis, mais Perets préfère rester discret sur ces financements, indiquant simplement qu’Utilis est une « société saine qui génère des revenus ».

Peretz a déclaré qu’Utilis cherche à améliorer l’efficacité de sa technologie, à renforcer les services qu’il propose à ses clients par le biais de son application mobile, et à créer une base de données destinées à améliorer les résultats, grâce aux outils du big data.

Il a ajouté que l’équipe d’Utilis développe actuellement une adaptation de cette technologie pour détecter et prévenir l’effondrement d’infrastructures, sachant que ces effondrements sont souvent dus à la présence d’eau. Il a ajouté que le premier exemple auquel il pense est l’effondrement du pont Morandi, un viaduc qui s’est effondré dans le ville de Gênes en Italie en août, faisant 43 morts.

D’autres entreprises israéliennes ont développé des technologies différentes pour détecter des fuites d’eau dans les canalisations, notamment TaKaDu et Aquarius Spectrum.

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